CONTRE LA VIE CHÈRE
28 juillet 1919.
{ mesures énergiques contre la vie chère » qui ont été arrêtées en Conseil des ministres. Trois grandes colonnes, précédées de sept lignes de titres en caractères gras, annoncent, en gros et en détail, à deux millions de lecteurs, que les mesures arrêtées ( doivent apporter au problème de la vie chère un remède efficace ». Le portrait de M. Roy, le nouveau commissaire général chargé de l'application de ces mesures, accompagne le long commentaire. On voit avec plaisir, au-dessus du texte des mesures arrêtées, le visage d'un homme énergique ; cela donne quelque confiance pour l'application du programme. Mais l'énergie de M. Roy pourra-t-elle rendre efficaces les { mesures énergiques » du gouvernement ? Nous ne partageons pas du tout, sur ce point, l'enthousiasme du Petit Parisien. Ce n'est pas sans raisons, et la première est que, une fois de plus, l'État (mais c'est l'État démocratique !) veut sortir du domaine où il est compétent, armé, puissant, pour pénétrer dans un domaine où il est incompétent, désarmé, impuissant.
Répétons tout d'abord que nous considérons l'interven-
( grand quotidien du matin a fait grand état des
tion de l'État comme parfaitement légitime, quoi qu’en puissent penser ces messieurs de la rue des Prêtres-Saint- Germain-l Auxerrois. En temps de ense et de disette, lorsque les spéculateurs peuvent jouer sur la rareté des produits pour voler les consommateurs, l'État a le droit, et le devoir, d'intervenir avec la plus sévère énergie pour empêcher radicalement la spéculation de jouer. Mais la question est de savoir comment 1l peut intervenir. [l faut qu'il intervienne exclusivement avec ses moyens d'État, c'est-à-dire avec ses moyens de police et de justice. (Encore doit-il trouver les moyens de s'en servir, ce qui est assez difcile en ces matières.) Mais s'il veut se faire commerçant, producteur, acheteur, vendeur, son intervention, légitime ou non, se retourne rapidement contre lu, car il fait un métier qui n'est pas le sien, et les agents qu'il y emploie vont eux-mêmes contre le but qu'il veut atteindre.
Le vice essentiel des entreprises d'État, disait un technicien, c'est que tout le monde est irresponsable. Et 1l n'en peut être autrement, puisque personne n'est intéressé pécuniairement au succès de l'entreprise ». C'est le vice des baraques Vilgran, comme c'est le vice de l'organisme des Postes dont parlait ce technicien. Il y aurait lieu d'approuver le système des baraques Vilgran, dût-il coûter cher à l'État, comme moyen de pression sur les commerçants libres, institué en vue de provoquer une baisse des prix du commerce. Mais la multiplication des baraques, de laquelle le gouvernement paraît attendre de grands résultats, entraîne l'État à la création d'une grande institution qui l'amène au monopole commercial. Casse-cou ! Voilà un remède qui nous coûtera beaucoup plus cher que le mal.
Vingt baraques de vente, créées dans vingt arrondissements de Paris, peuvent, nous le répétons, provoquer une