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LA MANŒUVRE CONTRE LA BANQUE DE FRANCE POUR LE COMPTE DE FINALY

On est en droit de penser que l'inflation a été délibérement préparée par les conseillers du gouvernement. De deux choses l’une : ou le gouvernement s'y est laissé acculer par stupidité et imprévoyance, et 1l est indigne de gouverner ; ou, capable d'un peu de prévision, il s'y est laissé acculer volontairement, afin de servir ses grands protecteurs financiers.

Or, tout indique que la seconde hypothèse est la bonne. Toutes les personnes informées savent que M. Horace Finaly, dont l'ambition est sans frein, veut avoir le contrôle de la Banque de France, entreprise pour laquelle il a le concours de MM. Léon Blum et Vincent Auriol. Introduit dans la place, sa puissance deviendrait formidable. Alors, grâce à Mnflation qu'il pourrait diriger lui-même, 1l serait en mesure de faire passer sous son contrôle une énorme partie de l'industrie française.

Nous avons déjà fait une publicité aux intrigues qu'il dirigeait et par lesquelles il comptait amener le gouverneur actuel, M. Robineau, à céder la place à ses hommes. Ces intrigues ont échoué jusqu'ici. Depuis quelques jours elles recommencent sous une forme nouvelle.

Devant l'irrégularité des sorties de billets pour le compte de l'Etat, devant l'illégalité de l'augmentation aujourd'hui avouée de la circulation, une campagne a été esquissée dans quelques journaux, par laquelle on veut rendre les régents et le gouverneur de la Banque responsables de la situation. C'est la suite de la préparation de tir faite par Herriot dans ses discours. Ce n’est pas seulement parce que l'on voudrait faire du gouverneur le bouc émissaire sacrifié à la place de M. Herriot. C'est parce que l'on voudrait livrer la Banque à la bande qui la guette.

La vérité, que, depuis quelques mois, on ne possédait que fragmentairement, est aujourd'hui assez bien connue. C'est dès le 15 janvier que les régents de la Banque ont représenté au gouvernement que la situation créée fin décembre ne pouvait être prolongée. Fin janvier, on apprenait qu ils menaçaient de donner leur démission si on les mettait dans l'obligation de signer des bilans irréguliers. C'est à ce me ment que courait de semaine en semaine le Bruit de la démission de M. Robineau. Ces trois derniers mois se sont passés

en négociations entre le gouvernement et la Banque, les régents et le gouverneur cédant chaque semaine aux sollicitations de M. Herriot, qui les comblait de promesses. Herriot, à la Chambre, contait que les gens de la Banque voulaient l'étrangler, alors qu'ils se refusaient à l'irrégularité et à l'illégalité. La faute, la faiblesse de la Banque a été de faire fonds sur les promesses du gouvernement. Régents et gouverneur auraient dû, dès Janvier, opposer un refus absolu aux demandes de M. Herriot.

Je veux bien qu'ils aient cédé avec l'espérance que les quelques semaines qu'ils laissaient à M. Herriot lui permettraient d'éviter la crise ouverte aujourd'hui. C'est leur erreur: dès janvier, 1l n était plus permis d'avoir la moindre illusion sur la politique financière du gouvernement.

Les responsables, les coupables, parfaitement conscients, ce sont les hommes du gouvernement : c'est M. Herriot et, au-dessus de lui, son grand conseiller financier, M. Horace Finaly.

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