LE PLUS GRAND SCANDALE FINANCIER
Cette affaire, dont meurt le ministère Herriot, ce n'est pas seulement la preuve éclatante de l'impuissance parlementaire, c'est aussi et surtout le plus grand scandale financier de tout un siècle. Il n'y a pas eu, depuis la Révolution et ses assignats, de plus grand acte de piraterie. Sachez bien que l'inertie du Parlement dans la crise financière est une inertie favorable aux intérêts des écumeurs de la finance.
Depuis trois ans, les producteurs, le pays, réclament l'assainissement financier, qui est parfaitement possible. Le Parlement et les divers gouvernements n'ont rien fait. Par
crainte de leurs comités électoraux. Mais aussi par la volonté des pirates de la finance, qui ont à leur tête M. Horace Finaly. Parce que l'instabilité monétaire, qui est le produit de la mauvaise politique financière, crée des conditions extraordinairement favorables au pillage de la nation. Les énormes variations de la valeur du franc, qui ruinent des milliers d'épargnants et de producteurs, ne détruisent pas les richesses, mais elles permettent le transfert des fortunes.
Quiconque est en possession des secrets d'Etat, quiconque est en mesure d'agir en même temps sur la conduite de l'Etat et sur la marche des affaires privées, est également en mesure de jouer à coup sûr à la hausse et à la baisse.
Or, M. Horace Finaly, maître de la plus grande banque d'affaires de ce pays, a été, depuis le 1 1 mai, grâce à sa position de grand financier du Cartel, le maître de la politique française. Il était le véritable ministre des Finances. En échange des services qu'il a rendus au Cartel, on lui a livré l'épargne et la production françaises. Et, depuis l'été dernier, grâce à la situation qu'il occupait, la banque qu'il dirige a pu faire des opérations énormes qui, ont été autant de rafles sur les épargnants et les producteurs. Elle a brisé le marché des valeurs industrielles, sous prétexte de défendre les rentes qu'elle a abandonnées ensuite ; puis elle a brisé le marché des valeurs à change. Ce sont là les grandes opérations, qui ont été accompagnées d'autres de moindre envergure, par lesquelles M. Finaly cassait les reins de telle ou telle compagnie française, toutes opérations rendues extrêmement faciles par l'instabilité monétaire.
Mais ces opérations n'étaient que la préparation d'une opération gigantesque que devait permettre l'inflation. Si M. Finaly, grand conseiller financier du Cartel, a laissé le Cartel acculé à l'inflation, c'est parce qu'il sait les formidables profits qu'un financier comme lui peut tirer de l'inflation.
En période d'inflation, toutes les trésoreries privées sont vidées avec une rapidité extrême. Alors il faut demander des crédits aux banques, puis faire des augmentations de capital, puis demander de nouveaux crédits. Une grande banque d'affaires, mettant ses propres capitaux à l'abri de la dépréciation, devient alors maîtresse de la situation et fait passer sous son contrôle toutes les entreprises qu'elle a la possibilité matérielle d'atteindre. Elle n'a d'autres limites que celles de son estomac.
Or, depuis le 11 mai, le jeu politique et le jeu financier ont été menés en vue de ce résultat. Tandis que les hommes de paille de Finaly rassuraient les producteurs en leur jurant qu'ils ne feraient pas d'inflation, afin de les empêcher de se garer, ils préparaient l'inflation : ils la faisaient en proclamant qu'ils la tenaient pour le dernier des crimes politiques. Horace Finaly, mis au courant jour par jour, heure par heure, de la situation, et son complice Herriot, préparaient le plus formidable coup qui ait jamais été tenté contre l'épargne et la production françaises.
Tout était préparé pour cela : les Français anesthésiés par les déclarations gouvernementales : les valeurs industrielles et les valeurs à change bousculées afin de retirer aux épargnants et aux producteurs les moyens de se mettre à l'abri. Enfin arrivait le coup de l'inflation « pour les besoins du commerce et de l'industrie », conçu pour tourner la colère populaire, dans deux ou trois mois, contre les industriels et les commerçants. Alors, ligotés par la grande finance, dénoncés par le Cartel, assaillis par les socialistes et les communistes, les producteurs auraient été dépouillés, dans le torrent de l'inflation, par Finalv et ses requins.