JOSEPH CAILLAUX FINANCIER
Ce qui les caractérise tous, c'est leur imntelligence de la situation. Ils ont beau savoir, et dire, et répéter, qu'il y a un grave problème financier à résoudre, ils pensent, selon leurs vieilles habitudes, qu'ils s'en tireront par des manœuvres parlementaires. Ils pressentent que les discours et les intrigues ne remplissent pas une caisse vide. Mais ils ne le sentent pas. Ils sont esclaves de leur singulière profession de politiciens. see 4
Ï]ls ne peuvent pas comprendre que la situation exige d'abord que l'on sorte du jeu parlementaire. Îls ne peuvent
Concevoir qu'un gouvernement puisse communiquer avec
la nation hors du Parlement. Ils ne peuvent pas comprendre que la nation va leur demander autre chose que des ordres du jour.
Joseph Caillaux lui-même, qui était autrefois le plus malin, est rentré dans le jeu. On Jui a ouvert la porte du cirque : il s'est précipité dans l'arène. La sagesse lui commandait de rester à Mamers, de ne pas risquer sa réputation usurpée de financier dans cette aventure : il y a trois ou quatre mois, 1] voulait, sagement, laisser à d'autres la responsabilité de la banqueroute, et venir après, en reconstructeur au milieu des ruines. La passion du théâtre parlementaire l'a emporté chez lui sur la prudence. Il n’a pas pu résister au désir de la jouissance que donnent aux parlementaires les applaudissements de leurs amis. Et, pour lui, l'appétit des ovations est doublé par l'appétit de la revanche. Ah ! être applaudi dans le lieu même où il a été condamné ! Il a voulu voir cela avant de mourir.
Il a perdu de vue, le malheureux, qu'il va lui falloir donner la preuve de sa science financière. On lui a fait, on lui refait une réputation de grand financier. Il va falloir la Justifier, et rapidement. Je vous dis tout de suite que l'entreprise me paraît de la plus folle témérité.
Joseph Caillaux pouvait passer pour un grand financier dans un temps où les finances étaient simples et n'intéressaient à peu près personne. Aujourd'hui, c'est une autre affaire. Et puis, on est allé voir ce qu'il y avait dans la pensée de Caillaux. On a été effaré devant la pauvreté de ses conceptions.
J'ai lu, en suant sang et eau, son livre informe et illisible : Où va la France? Où va l'Europe? Cela n'a ni queue ni tête. La publication de ce livre est le plus mauvais tour que Caillaux se soit joué à lui-même. Elle à montré que, en 1922, le { génie » de M. Caïllaux n'avait rien compris au problème des
changes, et qu'il faisait la plus scandaleuse confusion entre le titre de rente, le bon du Trésor et le billet de banque. Quiconque a lu les raisonnements de Caillaux sur cette question connaît la qualité des erreurs que peut commettre c prétendu grand financier. J'en conseille la lecture aux spécialistes, qui les trouveront aux pages 62 à 72 du livre que je viens de citer. Ceux qui ne les connaissent pas encore trouveront là l'explication de la première faute que vient de commettre Joseph Caillaux redevenu ministre.