PRINCIPES DE TOUT REDRESSEMENT FINANCIER
Nos lecteurs savent que nous ne sommes en aucune manière opposés à ( l'opération chirurgicale ». Mais nous voulons que l'opération se fasse dans des conditions saines. S'il faut faire l'ablation de quelque tumeur, il ne faut pas donner la peste et le choléra au malade au cours de l'opération.
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Or, les principes de l'opération chirurgicale à faire dans le cas de maladie financière sont toujours les mêmes, qu'il s'agisse d'une entreprise privée ou de l'État. Avant de faire l'opération, on place l'être à opérer dans les conditions nécessaires à la réussite. :
Par exemple, si une entreprise, bonne en elle-même, marche mal par suite d'une mauvaise gestion qui a fait de trop grands frais généraux et a trop alourdi les charges du capital, — avant de réduire le capital, avant de faire appel à un capital nouveau, on réduit les frais généraux, on expulseles membres inutiles et coûteux, on supprime les services déficitaires, on change la direction, et, après ce nettoyage, on fait les réductions de capital nécessaires, réductions qui sont nominales, puisque le vrai capital, l'entreprise, demeure et est placé dans des conditions favorables au rendement.
Pour l'Etat, le problème est le même. Avant de procéder à l'opération chirurgicale, il faut opérer des compressions de dépenses, il faut supprimer les services déficitaires ou insufhsamment productifs (ce qui veut dire qu'il faut faire argent des monopoles d'Etat, dont la cession ou l'affermage donnera à l'Etat capitaux ou rentes annuelles), il faut enfin réaliser l'unité de commandement. Ceci fait, la confance est rétablie. On est en mesure de faire toute opération chirurgicale qui peut demeurer nécessaire, et l'on peut trouver tous les concours utiles, sans employer la contrainte.
Mais comment réaliser ce programme dans les conditions créées par le parlementarisme? Nous ne cessons de dire que c'est impossible et l’histoire de ces dernières semaines nous en fournit la preuve. Le problème financier est sans solution parlementaire :
M. Clémentel apporte un projet qui comporte l'inflation : il est renversé ;
M. de Monzie apporte un projet qui comporte la conver-
sion forcée des rentes : une partie de la majorité lui fait immédiatement opposition ;
Les socialistes apportent un projet d'impôt sur le capital et de conversion forcée des rentes : les radicaux de la Chambre et du Sénat lui font opposition ;
Joseph Caïllaux apporte son projet touchant les bons : les socialistes ne le laissent même pas le présenter.
Parlez de la cession des monopoles suivie de la réduction des frais de l'Etat et de ( l'opération chirurgicale », vous mettez contre vous les trois quarts du Parlement.
Il est impossible de trouver une majorité parlementaire pour un programme d'assainissement qui comportera toujours une partie que repoussera une fraction de la majorité.
Conclusion : il n’y a pas de solution parlementaire, c'est le vrai mystère de la rue de Rivoli. Donc : dissolution et convocation des Etats généraux.