L'OPÉRATION DIFFICILE : LA TRANSFORMATION DE LA DETTE À COURT TERME
Lorsque Joseph Caillaux se fait traiter, par le rédacteur de son communiqué, de conservateur, de type dans le genre de
Jean-Baptiste Say, de financier classique ; lorsqu'il vous expose des projets financiers par lesquels il a l'air de traiter l'énorme problème financier actuel comme un problème ordinaire d'avant-guerre, c'est pour vous faire oublier l'es-
sentiel.
Toutes ces histoires sur l'équilibre budgétaire, les recettes
nouvelles, etc., cela ne résout pas le grand problème de l'année, celui de la T'ésorerie. Mais, là-dessus, Joseph Caillaux fait une pirouette dans son grand communiqué. Je reproduis ce quil dit :
Le ministre retient seulement le chiffre total de notre dette intérieure — 280 milliards —et sa répartition singulière : 150 milliards en rentes consolidées, 130 milliards en engagements à court terme de toute nature.
Il n'insiste pas sur les périls que peut faire courir à la vie même d'une nation l'existence d'une masse aussi formidable de dettes à courte échéance. Il en déduit simplement que le problème de la dette, de sa composition, des novations utiles de créances, des amortissements indispensables, sera l'objet des constantes préoccupations du gouvernement et qu'il sera abordé aussitôt qu auront été parcourues les étapes nécessaires.
LES DIFFICULTÉS DE L'EXERCICE 1925. — Le ministre a conclu en représentant tout ce que l'exercice en cours impliquait de difhcultés exceptionnelles. Les nouveaux impôts ne pourront, en effet, fonctionner au plein en 1925.Le Trésor sera donc forcément appelé d'ici au 31 décembre à survenir encore aux charges de l'Etat. Chacun sait d'autre part que l'année est lourde d’échéances.
M. Caillaux est convaincu qu'on y fera face à la seule condition que le concours de tous les Français soit acquis à l’œuvre de restauration progressive de nos finances. ]l dépendra, en effet, de nos concitoyens, de la confiance qu'ils auront en eux-mêmes, dans les destinées de leur race, que les passes dangereuses soient aisément franchies.
Le gouvernement, comme les Chambres sans nul doute, est persuadé que l'appel pour l'ultime effort qui « dégagera définitivement le vaisseau des récifs », sera entendu de tous. Il exclut
de ses propositions toutes les «clauses de sauvegarde » qu'il aurait pu être amené à considérer. Il s’en repose sur la France. Ile doute pas, il n’a pas le droit de douter d'elle.
Ne mâchons pas les mots : ici, Joseph Caillaux se f... du public.
Voyez-vous un général arrivé avec ses troupes devant un fleuve, ne construisant pas de ponts et disant à son armée :
— Le passage du fleuve dépend de la confiance que l'armée a dans les destinées de sa race |
— Mais les ponts, ou le gué? demande l'armée.
— Je ne doute pas de vous, ô gué, répond le général. Je nai pas le droit de douter de l'armée.
Lhdessus l'armée se noie, où noie le général, selon le sens qu'elle a de ses destinées. On ne cesse d'affirmer que le
général des finances a l'intention de noyer l'armée des rentiers.
JIT