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LA BANQUEROUTE DES BILLETS DE BANQUE, DES BONS ET DE LA RENTE

0S lecteurs se rappellent que, dans notre dernier article, reproduisant une nouvelle d'une gravité exceptionnelle publiée par la Petite Gironde, nous

avons demandé au gouvernement un démenti.

Le démenti n’est pas venu.

Îl y a plus, l'information a été confirmée par le silence que M. Painlevé a gardé à Grenoble sur ce point.

Cela devient donc très sérieux. L'idée d'une faillite par l'assimilation des bons aux billets de banque paraît donc être retenue par Joseph Caillaux.

On se rappelle que, d'après la Petite Gironde, « l'idée hardie et nouvelle du ministre des Finances consiste à faire un bloc de la circulation des billets et de celle des bons, à fixer un pla- Jord unique pour la circulation totale et à remplacer les bons non renouvelés par une quantité égale de billets de banque }.

Ce qui revient à dire que les bons venus à échéance et

non renouvelés par les porteurs seraient remboursés par des billets de banque émis spécialement, et qui ne seraient rien d'autre que de la monnaie de singe. Ce serait 50 à 60 milliards d'inflation.

L'information donnée par la Petite Gironde, reproduite par nous, avait été publiée également par d'autres journaux de province, dont le Lyon républicain. Elle a été confirmée par le Sans-Fil, par l'Information, et très longuement par l'officieuse Êre nouvelle, qui a publié un long article de M. Hyacinthe Philouze. Enfin, le Journal des Finances, rédigé par des amis du gouvernement, a laissé entendre que cette nouvelle concernait des mesures auxquelles le gouvernement penserait le cas échéant.

Tout cela est déjà très grave : alors que l'on attendait un démenti catégorique, ces confirmations ambiguës ou nettes des amis du ministre, cela donne À penser que la faillite est parfaitement prévue.

Mais, là-dessus, les déclarations de M. Painlevé à Grenoble ont été tout à fait inquiétantes. Le président du Conseil, invitant les Français à la confiance, a énuméré les bruits auxquels ils ne devaient pas prendre garde, et il n'a pascompris, dans cette énumération, l'affaire des bons remplacés par des billets de banque ! Voici, en effet, ses paroles :

La seconde phase, ce sont les quelques mois où vont s'accumulerles échéances considérables, imprudemment rapprochées, dont il a été tant question. Les porteurs de bons à court terme exercent à chaque échéance sur le gouvernement comme une sorte de plébiscite. Nous faisons appel à leur clairvoyance, à leur sangfroid. Il dépend d'eux que la dette flottante se stabilise sans encombre. Qu'ils ferment l'oreille aux informations perverses, aux buits de moratoire, de transformation forcée en titres perpétuels ou à long terme. Les engagements de l'Etat seront tenus quoi qu'il arrive. Mais les répercussions que peut avoir la dette flottante sur le cours de notre franc ne sont nullement à redouter, pourvu

que le crédit de la France, durant les mois prochains, reste solide. Or ce crédit dépend au premier chef de l'équilibre définitif de notre budget.

Ainsi, le président du Conseil oppose un démenti aux bruits inconsistants, et se tait en ce qui concerne l’autre nouvelle, lancée par Havas en province, et commentée favorablement par sa presse officieuse ! Le silence de P.-P. Painlevé équivaut à une confirmation.

Nous sommes donc aujourd'hui devant l'annonce officieuse d'une inflation de 50 milliards.

Le gouvernement va-t-il enfin publier un démenti?

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