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LES CALCULS DE CAILLAUX

Ne croyez pas que Joseph Caillaux se soit engagé aveuglément dans cette voie. Il aurait préféré laisser à d'autres la

responsabilité de la banqueroute. Mis à la barre, il joue imprudemment le mauvais jeu qu'il offrait à d'autres. Il y a un mois, on disait dans son entourage :

— Caillaux sait que l'on peut ruiner impunément les rentiers. Il s'appuiera sur le capital vivant, sur les banquiers, sur les industriels, sur les paysans, sur les ouvriers à qui la ruines des rentiers donnera de gros bénéfices et de gros salaires.

Caillaux était beaucoup plus sensé lorsque, l'hiver dernier, il voulait s'épargner l'impopularité de la faillite. Il a perdu de vue, dans ses nouveaux calculs, que ce sont des banquiers, des industriels, des paysans, des ouvriers, et non les banquiers, les industriels, etc., qui profitent de l'expropriation des rentiers par l'inflation. Trop peu averti du mécanisme à double et triple renversement de la dépréciation monétaire, dans des conditions politiques données, il ne voit pas la formidable coalition quil organise contre lui.

Joseph Caillaux croit évidemment que, maître du pouvoir, il sera en mesure de briser cette coalition, de surmonter l'impopularité où le placera la faillite organisée par lui. Il ne semble pas qu'il se rende compte que l'homme qui déchainera officiellement la faillite dans ce pays sera condamné sans recours par une troupe venue de toutes les classes et de tous les partis.

Joseph Caillaux est en train de préparer, de ses propres mains cette fois, sa mort politique définitive. Revenant au pouvoir, dans ce moment où la stupeur sympathique des bourgeois lui a facilité le retour, il a joué la carte capitaliste, antisocialiste. I] s'est présenté comme l'adversaire de tout impôt sur le capital. Il va tourner contre lui tous ceux qui ont vu en lui un défenseur, peu sympathique, mais utile. L'immense troupe des épargnants, les porteurs de rente (qui ne sont pas des rentiers), les industriels et commerçants

qui seront ruinés, les paysans qui perdront leurs réserves, les ouvriers qui souffriront de la faim, le maudiront d'une seule voix.

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