CONFIRMATION OFFICIELLE DE LA MENACE D'INFLATION
Le ministre des Finances a exposé officiellement ses projets au Parlement.
Il n'a pas démenti les informations que nous avons publiées depuis quinze jours.
Il les a confirmées.
Joseph Caillaux organise ouvertement la faillite.
Le crédit de l'Etat français, révélé par le change, a baissé aussitôt.
Le 25, le dollar était à 19,40 ; le 26, il passe à 19,60 ; le 27, à 19,80.
Voilà les premiers faits.
Après un silence de deux mois, Joseph Caillaux est obligé d'avouer quil n’a aucune autre idée que celle de la faillite des billets de banque, des bons et de la rente.
Il a abandonné les quelques idées sérieuses qu'il avait prises chez nous et qu'il mettait en avant à son arrivée au pouvoir. Il se jette à corps perdu dans la faillite.
Où est l’aveu de Joseph Caillaux? Le voici :
Ce n’est cependant pas uniquement sur la confiance générale dans le monde que nous comptons pour résoudre les difficultés de trésorerie qu'implique l'exercice courant. Nous avons dit, nous répétons, que c'est d'abord la collaboration de la nation tout entière que nous réclamons. Nous nous sentons assurés qu'elle nous la donnera, que les obligations à court terme qui viendront à
échéance, et dont on réclamera le remboursement, seront renouvelées sous une forme ou sous une autre, de même que les fonds réalisés par la présentation aux guichets de bons de la Défense nationale rentreront, t6t ou tard, dans les caisses de l'Etat.
Il se peut seulement — c'est l'unique éventualité que nous voulons considérer et qu'il y ait lieu d'envisager à cette heure — qu'il se produise des décalages ; que, à certains moments, le Trésor soit obligé de faire face à des remboursements excessifs qui ne le gêneraient en rien s’il avait une réserve. Une des plus grandes fautes commises dans le passé, c'est qu'en regard de ces multiples et lourds engagements à court terme, on n'a situé aucune possibilité de faire face à des demandes de paiement considérables, mais provisoires ; on n'a déterminé aucun moyen — analogue à une ouverture de crédit — de remédier aux embarras exceptionnels que l'affluence des remboursements peut causer au Trésor. Cette possibilité de procurer à l'Etat des sommes qui ne seront que temporairement nécessaires, nous vous la demanderons par un projet de loi qui sera ultérieurement déposé.
C'est par cette dernière phrase, où l'on a encore laissé subsister une certaine obscurité, que Joseph Caillaux annonce qu'il remboursera les Bons du Trésor et du Crédit national avec des billets de banque émis spécialement.
C'est l'inflation, qui démolit tous les autres projets présentés aux Chambres par le ministre des Finances.