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CONSÉQUENCES DE L OPÉRATION

Donc, Caillaux organise l'inflation, c’est-à-dire la grande faillite à l’allemande. Sait-il où 1l va? C'est le problème des intentions, qui ne sera intéressant qu'au jour du jugement. Certains prétendent que Joseph Caillaux sait parfaitement quil va à la grande inflation ; d’autres disent qu'il croit pouvoir arrêter l'inflation où 1l le voudra ; d’autres enfin, qui donnent des informations précises, affirment que, dès aujourd'hui, toutes les dispositions matérielles sont prises pour la grande inflation. Nous ne pouvons prendre parti pour une thèse ou l'autre : Caillaux est-il tout à fait conscient ou non? c'est en somme, une question secondaire. Ses intentions seront sans influence sur les conséquences de l'opération qu'il projette. Le mouvement déclenché, il ne sera plus maître des événements.

Je pense que le lecteur se rend bien compte que rembourser des Bons du Trésor et des Bons du Crédit national avec des billets de banque dépassant la limite des avances à l'Etat, c'est exactement comme si l'on avait imprimé directement du papier-monnaie au lieu d'émettre les bons. Donc, inflation sans contre-partie réelle : donc, fausse monnaie.

Quelles que soient les raisons par lesquelles on essaiera de justifier l'opération, voici ce qui se produirait dès que le remboursement commencerait par ce procédé :

Des Français peuvent être abusés, mais, l'étranger ne se méprenant pas un instant sur la signification de ce fait, le dollar monterait d'une manière sensible. Et c'est cette

hausse des changes qui avertirait les Français. Aussitôt, arrêt dans le renouvellement des Bons de la Défense ; demandes plus nombreuses de remboursement des Bons du Trésor et du Crédit national. Conséquences : augmentation de la circulation des billets : nouvelle hausse des devises, très forte : et alors ruée des porteurs de bons aux guichets de remboursement. Au bout de trois à quatre mois, c'est la grande panique et la grande inflation, irrésistible, que personne ne peut plus maîtriser.

Joseph Caillaux dit et fait dire que seul l'esprit de prudence l'engage à solliciter ces ( moyens de paiement » et quil attend » que le simple fait de les lui accorder limitera les demandes de remboursement ». C'est exactement le contraire qui est vrai : le simple fait d'annoncer qu'il demandera de la monnaie de singe pour rembourser les bons, ce simple fait engendre une baisse du franc et prépare la panique. Caillaux peut être assuré que, l'opération étant déclenchée, il n'aurait plus jamais l'occasion de tirer des billets de la arculation grâce à des prises de bons. Il ne se trouverait plus

de Français assez fous pour prendre des bons, sous quelque nom que ce soit.

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