LES MAUVAISES RAISONS
On peut considérer comme acquis désormais que les informations publiées par la Petite Gironde, et que nous avons reproduites il y a quinze jours, étaient parfaitement exactes. L'article de la Petite Gironde, expliquant « l'idée nouvelle et hardie» de Caillaux, ouvrait la campagne de mauvaises
raisons destinée à tromper les Français et à leur faire prendre les vessies pour des lanternes.
La principale des mauvaises raisons est la suivante : les Bons du Trésor, de la Défense, etc., sont une monnaie au même titre que le billet de banque ; en fait, ils servent d'instrument de paiement. Donc, le vrai ( plafond » de la circulation monétaire est celui qui comprend les billets et tous les bons.
Cette énorme sottise a été présentée plusieurs fois par quelques mystificateurs et aussi par des personnages d'apparence sérieuse, mais qui pensaient avec un autre organe que leur cerveau.
Il y a une différence essentielle entre les billets de banque et les bons :
Les billets de banque représentent des marchandises en circulation ou l'or de la Banque, donc des biens aisément mobilisables ou récupérables (sauf la partie créance sur l'Etat qu'ils contiennent actuellement) ;
Les bons sont intégralement une créance sur l'Etat, un titre de revenu, et ne représentent que des marchandises détruites pendant la guerre ou des capitaux investis dans la reconstruction des régions dévastées, ou des frais généraux d'Etat irrécupérables. Bref, aucune valeur mobilisable.
Il ne peut y avoir assimilation entre les uns et les autres, pas plus que l'on ne saurait assimiler aux billets de banque les titres de rentes, les titres de toutes sortes, qui servent éventuellement de moyens de paiement, mais à la volonté du preneur.
La vérité est que l'Etat n'a aucun moyen de rembourser la dette flottante représentée par les bons de toutes sortes. Tout ce qu'il peut faire, c'est entretenir la confiance dans ses moyens de payer les revenus, afin de substituer sans arrêt
un porteur à un autre. Et ce qu'il doit faire, c'est consolider ce flottant.
À la question que posent les échéances de 1925 : 22 milliards arrivant à échéance, il n'y a que deux réponses :
Renouvellement ou consolidation, parce que le remboursement est absolument impossible.
Pour le renouvellement ou la consolidation, 1l faut créer les conditions rigoureuses de la confiance. C'est ce que Joseph Caillaux n’a pas fait. Il en a eu l'idée: dictature financière, cession des monopoles et compression des dépenses. Cela n'a pas tenu quinze jours, et c'est le contraire qu'il prépare.
Il renoncé à la grande réhabilitation qu il avait entrevue un instant. Il ne veut plus être le restaurateur des finances ; il ne veut être que le liquidateur d’un Etat en faillite.
Il n'y a plus à se faire d'illusions sur ce point. Le désastre qu'il prépare peut encore être évité. Mais il faut obtenir le rejet total des projets Caillaux touchant l'inflation.
Maintenant que nous savons nettement ce qui est préparé, nous faisons appel à la presse, aux associations de producteurs, aux épargnants, aux combattants pour empêcher Joseph Caillaux d'organiser la banqueroute.