CE QU'A ÉTÉ LA HAUSSE
Et d'abord, sachons bien ce qu'a été la hausse. L'inflation fiduciaire n'a pas été la cause déterminante des PIÉTIeS mouvements de hausse ; elle en a été la conséquence. Linlation fiduciaire n'engendre la hausse que lorsqu'elle est Pro” duite elle-même par la fabrication des billets pour les besoins de l'État. Or, les premières demandes d'avances de l'État à la Banque de France paraissent avoir été provoquées Par des augmentations de dépenses de l'État caustes par Une brusque augmentation des salaires et prix; l'inflation fiduciaire a été fortement engendrée par la hausse des prix nécessitait une circulation monétaire plus abondante. Mais d'où venait la hausse des prix? De causes très variées Qi les principales sont les suivantes :
19 D'une hausse absolue des prix de production €t de transport ;
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2° D'une hausse absolue des charges publiques, de ce que nous avons nommé les frais généraux nationaux ;
3° D'une hausse nominale des salaires entraînant automatiquement une hausse nominale des prix de vente par la dépréciation parallèle des monnaies de papier ;
49 De la spéculation qui jouait de la raréfaction des produits ;
59 De la diminution du pouvoir d'achat de la monnaie entraînée par la mise en circulation d’une certaine quantité de papier-monnaie malsain.
La hausse absolue des prix de production et de transport s'explique pendant la guerre par une moins bonne qualité de la main-d'œuvre, de plus grandes difficultés derecherches, d'extraction, de fabrication, de transport dans des conditions périlleuses ou avec un matériel défectueux.
La hausse absolue par l'augmentation des charges publiques a des raisons assez connues. Mais on oublie trop que ces frais généraux de la nation sont toujours incorporés aux prix de toutes choses instantanément. L'impôt sur les bénéfices supplémentaires a été une des voies de l'incorporation, parce que tous ceux qui l'ont payé ont majoré leurs prix de telle manière qu'ils pussent retrouver, en fin d'année, le bénéfice accru qui, disons-le, était indispensable pour des raisons que nous dirons plus loin.
La hausse des salaires a été une des plus grandes causes de hausse, mais hausse nominale cette fois qui a fortement contribué à nous faire entrer dans l'illusion. Il faut répéter que cette hausse des salaires a été une grande illusion, mais illusion qui a permis à un certain nombre de financiers de réaliser des rafles réelles. Il est intéressant de saisir ce qui s'est produit: devant les hausses absolues qui se produisaient, il n'y avait qu'une chose possible, se restreindre ou, la guerre terminée, produire plus. La restriction ayant paru
insupportable à certaines catégories ouvrières bien travaillées par une propagande qui poursuivait tout autre chose que la révolution sociale, on est entré dans le système des majorations. Automatiquement, on a créé l'illusion, et notre monnaie a cessé d'être une monnaie saine, parce que le mécanisme de la hausse des salaires l'a séparée de son étalon d'or. Il faut toujours se rappeler que, quoi que l'on fasse (et en ceci les vieux économistes avaient raison,et toutes les criailleries socialistes n y changeront rien), on échange des produits contre des produits, ou plus xactement du travail contre du travail, et l'on aura beau payer une journée de travail avec des morceaux de papier marqués 5, 10, 15, 20 ou 100 francs, une journée de travail d'un rendement donné ne permettra jamais d'obtenir en échange plus que le produit d'une autre journée de même rendement, toutes charges sociales déduites. On se rendra compte de ce qu'un changement nominal dans le prix de la journée de travail peut déterminer dans la situation monétaire en faisant apparaître les résultats ainsi qu'il suit :
a : 22 A ée en La même journée étant payée
papier-monnaie, dans le ne 2 Une journée de travail moyen, cor- | SOUS forcé, est payée ie ee € respondant à la somme totale de tra- | PUIS 20 francs. AO ne vail incorporée dans deux grammes papier monnae est dre 15 ou d'or, est pay e par ces deux grammes, | P®! rapporte l'or, EURE t toujours soit sensiblement /francs-or. 20 HHANCSSpa pie Fepré EDS à deux une valeur de travail égale à bas grammes d'or, ne valent jamais P a
que 7 francs d'or, ant
Ainsi, les majorations nominales de salaires, détermin une heusse nominale du prix des produits, n’augmentent PES d'un maravédis la puissance d'achat du salarié et ne et qu'à déprécier le papier-monnaie. Toutefois, les ouvriers ce ont bénéficié dans la mesure où les intellectuels et les rent121$
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en ont pâti. Mais les véritables bénéficiaires ont été les financiers et les spéculateurs qui jouaient à la baisse du franc. Et ces opérations ont peut-être joué le plus grand rôle dans la dépréciation continue de notre monnaie de papier. La dépréciation révélée par le change extérieur est une dépréciation intérieure, qu'indiquait clairement le prix de l'or, qui atteignit,en avril 1920, 10.400 francs. Les braves gens qui, pour améliorer le change, réclamaient l'augmentetion de nos exportations, ne voyaient pas que la première chose à faire eût été d'améliorer notre change intérieur, et que, au surplus, nos exportations, pendant la période de baisse nominale, étaient une cause de perte sérieuse pour la France tant quelles étaient faites en francs-papier.
Conséquences des hausses dans l'industrie. — Ces hausses nominales, engendrées par le désir de ne pas souffrir des hausses absolues, se renouvelaient elles-mêmes. La hausse engendrait la hausse, de plus en plus rapidement. Elle obhgeait l'industriel à travailler au prix de remplacement, c'està-dire en établissant les prix de revient non d’après le prix d'achat des matières premières, mais d'après le prix de ces matières au jour de mise en vente du produit fabriqué. Un industriel qui n'aurait pas agi ainsi aurait été obligé de restreindre sa production, car 1] n'aurait pas tiré de ses ventes les sommes suffñsentes à l'achat de nouvelles matières premières augmentées. Les prix de vente se trouvaient donc ainsi gonflés à l'avance, et déterminaient, à leur tour, une nouvelle inflation générale. Les prix augmentant sans cesse, les industriels et commerçants s'assurant des stocks pour se prémunir contre les plus prochaines hausses, on observait alors ce phénomène singulier, qui déroutait beaucoup de producteurs, que les gros chiffres d'affaires, accompagnés de gros bénéfices, entrainaient en général une trésorerie détestable, Ce qui s’expliquait assez par le fait que les fonds de
roulement devaient être de plus en plus élevés, et que les renouvellements de nouvelles matières exigeaient des sommes de plus en plus fortes. Et, non seulement les trésoreries étaient détestables, mais il fallait faire des augmentations de capitaux, et demander aux banques des découverts de plus en plus forts. Fameux moment pour la finance, et l'on comprend la multiplication des banques pendant cette période de création et de drainage de capitaux nominaux. Mais le mouvement a une limite. On ne peut indéfiniment créer des capitaux, même en papier, et il y a un moment où les hausses deviennent si rapides et si fortes que les banques sont essoufflées et n'ont plus le temps matériel de drainer les capitaux de papier nécessaires à l'alimentation de la hausse ; et il suffit qu'un groupe de banques soit engagé dans de rudes affaires au même moment pour que, brusquement,on touche le plafond de la hausse.