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CE QU'EST LA BAISSE

On a donné différentes explications de la vague de baisse qui déferle aujourd'hui un peu partout. Il paraît assez vrai semblable que le plafond de la hausse a été atteint. Industriels et commerçants ont stocké à tour de bras très sagement’ dans le temps où il était prudent de transformer d'urgence en marchandises toute rentrée de papier-monnaie ; On à C6 beaucoup dépassé les stocks normaux, et l'on a dû emprunter largement. Les banques ont touché leur limite. Il y a Un° chose remarquable : à la Bourse de Paris, la dégringolade “ commencé quand on a été à peu près convaincu que la révo” lution échouait !. Il est plus que vraisemblable qu'un certain

:-Marsal,

1: Ce qui signifiait que l'inflation, que venait d'arrêter M. Françoisne serait pas reprise (Voie de 1925),

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nombre de financiers et de spéculateurs étaient fortement engagés à la baisse du franc qu'eût déterminée sûrement un mouvement révolutionnaire caractérisé. Dans le jeu général, il suffit d'un accident de ce genre pour tout renverser. C'est le château de cartes. Un groupe doit réaliser, et le retentissement est umiversel. De proche en proche on se couvre, et l'on arrive à découvrir les détenteurs de stocks, qui se trouvent contraints à réaliser à leur tour, même à perte, afin de rembourser les avances qui leur ont été consenties. À perte, c'est-à-dire, dans les conditions où nous sommes, à perte nominale. C'est le commencement de la déflation. Au lieu de s'éloigner sans cesse de l'étalon d’or, on s’en rapproche. Et il semble bien que nous soyons dans le mouvement de déflation, car l'or, qui coûtait, fin avril, 10.400 francspapier le kilogramme, ne valait plus en uin que 8.000 francspapier. Ainsi voit-on que les pertes sont nominales ; le détenteur de stocks qui avait acheté en avril un stock de laine valant 10.400 francs pouvait l'échanger alors contre un kilogramme d'or ; s'il la vend en juin 8.000 francs, il fera une perte nominale de 2.400 francs, mais, avec le produit de sa vente, il achètera le même kilogramme d'or qu en avril. Ainsi, pas de perte réelle, mais changement des prix normaux, dégonflement des prix 1llusoires que nous connaissons depuis plusieurs années. ; Mais ici se pose une singulière question, grosse de conséquences : l'inflation faisait apparaître des bénéfices, dont une énorme partie était 1]lusoire ; la déflation fait apparaître des pertes, illusoires elles aussi, mais que les industriels et commerçants vont lire dans leurs livres en chiffres qui leur feront dresser les cheveux sur la tête ; certains vont se voir en faillite : d’autres vont avoir la suxprise de conter que, je ils perdent d'argent, plus leur trésorerie s améliore. Et il y en aura beaucoup qui ne comprendront rien à ces singuliers

accidents. On comprend d'un seul coup lorsque l'on considère que, depuis plusieurs années, tous les producteurs ont tenu de fausses comptabilités, dans lesquelles, contrairement aux enseignements de l'arithmétique élémentaire, ils ont additionne des chevaux avec des mulets, c'est-à-dire des francs qui valaient un franc avec des francs qui valaient dix sous, et même des francs qui valaient à peu près six sous. Cela équivalait à mesurer leurs marchandises avec un mètre en caoutchouc qui aurait été tantôt long comme le bras et tantôt long comme la main, et que l'on aurait nommé mètre dans les deux cas. Or, dans les comptabilités de tous les Français, les comptes débiteurs et créditeurs de 1914 à 1920, les comptes de fabrication, d'exploitation et de marchandises, les bilans, les bénéfices ont tous été chiffrés en francs sans que personne se soit jamais demandé si les francs de 1918, de 1919 et de 1920 avaient la même valeur que ceux de 1914. Un particulier vous devait 1.000 francs en 1914 et vous paie |.000 francs en 1920 : votre comptabilité dit que le compte est balancé :la vérité est que vous êtes floué de moitié. Nos comptabilités vont nous dire maintenant que nous perdons tout ce que nous voulons. Illusion. Mais les chiffres seront là et, puisque personne n'a eu l'idée de tenir un compte de change intérieur, comment se tirera-t-on de difhculté? Cette simple question de comptabilité peut entrainer des désastres, tant par les erreurs d'interprétation que l'on en fera que par les faits qu'elle engendrera. Voilà un des premiers problèmes de la déflation, il faut que les producteurs s'en préoccupent afin de bien comprendre qu'ils ne sont pas ruinés par le mouvement qui assainira notre situation monétaire.

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Comment notre situation monétaire est le plus gros obstacle à la baisse absolue et à la baisse nominale. — Comment la comptabilité industrielle et commerciale, irrégulière depuis trois ans, rend la baisse difficile. — Comment la déflation va entraîner d'innombrables faillites fictives. — Un faux désastre qui peut engendrer un vrai désastre. — Comment un intérêt fictif de l'État s'oppose à la baisse. — Nécessité de l'étalon d'or. — L'exemple de la Banque de Hambours.

Monsieur le ministre des Finances, et vous, messieurs des Chambres de commerce, et vous producteurs, transformateurs et négociants, c'est à vous que nous nous adressons en vous suppliant de nous entendre, d'arrêter votre pensée sur le grave, très grave problème que nous vous soumettons. Nous vivons depuis trois ans dans la fiction monétaire. Voici que nous commençons d'en sortir, et voici l'assainissement qui commence, voici le salut. Mais cet acheminement vers une situation saine peut engendrer des difficultés plus grandes que celles de la hausse, si vous laissez les choses s’arranger toutes seules. Monsieur le ministre des Finances, vous avez en ces circonstances un pouvoir immense. Selon vos décisions, le pays descendra la pente avec le sentiment du vertige et de la ruine ou avec le sentiment de la délivrance. Monsieur le ministre des Finances, c'est à vous qu il appartient de nous aider à sortir de la fiction sans que de faux désastres n’engendrent de vrais désastres.

UNE ABSURDE QUESTION DE COMPTABILITÉ QUI S'OPPOSE FICTIVEMENT A LA DÉFLATION

La déflation, que l'on nomme improprement la baisse, devrait pouvoir se produire mécaniquement et devrait être

ressentie quasi instantanément dans le prix des denrées et des produits. Or toutes les comptabilités s'y opposent, et toute entreprise ayant un fort découvert en banque se trouve FICTI- VEMENT exposée à la faillite, par suite du caractère de nos comptabilités. Ainsi la déflation, qui devrait être pour nous tous la délivrance, apparaît comme une cause de ruine et agit dans le sens de l'arrêt de la production !. Tout le mal vient, et vient uniquement du fait que nous avons continué de nommer franc, pendant trois ans, une unité monétaire qui n'était plus un franc. Ayant fait cette énorme erreur, nous en avons commis une seconde : nous l'avons appliquée dans nos comptabilités, et nous avons additionné, dans nos livres, des unités dont la valeur variait tous les jours. Que diriezvous d'un négociant en vins qui, pour tenir la comptabilité de son stock, additionnerait les demi-muids avec les barriques et les feuillettes, et donnerait au total le nom de tonneaux, sans se préoccuper de la contenance respective de chaque espèce de tonneau? Nous avons fait comme aurait fait ce fantaisiste négociant, et nous sommes tombés dans l'absurde d'où nous avons grand'peine à sortir. D'un trait de plume, l'État pourrait nous délivrer. Nous verrons comment tout à l'heure. Auparavant, expliquons ce qui se passe.

Exemple : un fabricant de tissus a acheté pour 10 millions de francs de laine au mois d'avril 1920. Il la reçoit en juillet, alors que la laine a baissé de 30 %. Pour quelle somme va-t-il faire figurer sa laine dans son prix de revient? Pour 10 ou pour 7 millions? Vous pouvez lui conseiller de faire ce qu'il faisait dans la période de hausse, c'est-à-dire de la compter au prix de remplacement, il ne vous écoutera pas, et sa comptabilité lui dira qu'il a raison.

1: Ces prévisions, faites en juillet 1920, ont été vérifiées en novembre de la même année,

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En effet, alors qu'il n'avait aucune peine à comprendre, pendant la période de hausse, qu'il devait compter pour douze ce qu'il avait payé dix, parce qu'il lui fallait trouver douze pour remplacer la matière première qu'il utilisait (sinon 1l était obligé de réduire sa production), il ne pourra se mettre dans la tête qu'il doit compter pour sept ce qu'il a payé dix ; vous pourrez lui dire (ce que l'auteur de cette chronique expose depuis longtemps à ses confrères de l'édi tion et à d'autres) que, avec sept, il aura demain la même quantité de matière première qu'avec dix hier, vous n'arriverez pas à l'arracher au désespoir de l'homme qui constate, sur ses livres, que dix millions n'en valent plus que sept et qu il en perd trois. Dites-lui que c'est la déflation, et que ces sept millions valent autant que dix hier, il vous ramène à son bilan mensuel et vous le montre en déficit. Et là-dessus, il introduit sa laine pour dix millions à son prix de revient. Effet de la baisse sur la vente du produit : néant. Mais il y a plus.

Supposons, et ce ne sera pasqune hypothèse fantaisiste, supposons que ce fabricant ait acheté sa laine en livres e ling, et que, pour se couvrir en avril de toute hausse de la livre, ilait acheté des livres en avril, en empruntant les fonds à une banque. Dans ce cas-là, aucun raisonnement ne l amènera à baisser le prix de son produit, CERS il est obligé de baisser, ce sera la faillite certaine, mais, ce qui est tout afait absurde, ce sera la faillite fictive, génératrice quand même de désastres. Au moment où il a fait acheter des livres par sa banque, la livre valait soixante francs, la Banque a passé

l'écriture suivante :

Achat de £ 166.666, à 60 francs — 10.000.000 francs.

Cette écriture étant acquise, le franc peut monter ou des-

r demain, dans dix ans ou cendre, l'homme peut rembourse ; +

dans trente ans, il doit toujours dix millions de francs, sans parler des intérêts. Devant ce chiffre irréductible, 1l se tuera plutôt que d'introduire sa laine pour sept millions dans son prix de revient. Lä-dessus, le public, qui attend la baisse, n'achète plus;les magasins, pressés par le public, exigent une baisse. Le fabricant larefuse. Lescommandess'arrétenttotalement. La banque réclame ses fonds; le fabricant a des stocks, mais pas de fonds. Nouvelle pression de la banque. Si le fabricant ne vend pas, c'est la failhite ; s'il vend à la baisse, ce sera encore la faillite, car sa vente ne lui permettra pas de recouvrer, tous frais payés, les dix millions qu'il doit à la banque. Suites : arrêt de la production, chômage, crise générale. Et voilà les réalités qui sont engendrées par la fiction monétaire où nous sommes. Car ce qui est absurde, et terriblement absurde, dans cette situation, c'est que ces désastres ne viennent que de fictions, et que tout cela pourrait être aisément évité. Rendez-vous compte que la situation du fabricant de laine que nous venons de vous exposer est, aujourd'hui, celle de tous les fabricants de France, qui attendaient la baisse avec impatience et qui, la voyant enfin venir, se voient tout à coup devant d'innombrables désastres prochains auxquels ils ne comprennent pas grand chose, sinon que la sombre faillite est imminente. Faillite fictive, ne cessons de le répéter, mais faillite réelle pour eux, du fait qu'il n'a été pris aucune mesure pour parer à ces difficultés.

CHANGEMENT À VUE : LA BAISSE DEVIENT L OPÉRATION LA PLUS SIMPLE SI TOUTES LES COMPTABILITÉS COMPORTENT UN CHANGEMENT DE COMPTES EN OR

Qu'est-ce que le phénomène de la déflation? C'est tout simplement la réduction des chiffres de la fortune nominale

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en chiffres vrais. Un établissement industriel valait avant la guerre un million de francs ; si on l'évalue en 1920, on dit qu'il vaut trois millions de francs. La déflation va ramener sa valeur à un million. Et ainsi de toutes choses. Qu'était le million de francs de 19142 Un million de francsor. Qu étaient les trois millions de francs d'avril 19209 Trois millions de francs-papier. Que valaient-ils en francsor? Exactement (l'or valant 10.400 francs le kilogramme en avril) un million ; exactement la même somme qu'en 1914, comme la logique l'indique. Un industriel qui aurait conservé ses stocks de 1914 à 1920 et qui, ayant un stock valant un million en 1914, aurait considéré que son stock valant, au cours du jour, trois millions en 1920, il réalisait un bénéfice de deux millions, cet industriel aurait raisonné contre tout bon sens, mais conformément aux indications officielles. La vérité, c'est qu'un stock de trois millions de francs en 1920, valait en francs-or exactement la même somme qu'en [914. On a généralement négligé de faire ces constatations si simples : industriels et commerçants éblouis par des chiffres illusoires, acceptaient de vivre dans cette féerie des chiffres qui gonflaient les fortunes. Mais la déflation nous oblige à examiner de près ce phénomène. Et l'on n’a pas de peine à se rendre compte que les mille difhcultés de la déflation s'évanouissent si toutes les opérations sont chiffrées en or dans toutes les entreprises.

Reprenons le cas du fabricant de laine considéré plus haut. Du moment où sa comptabilité et celle de sa banque comporteront un compte de conversion en or, sa situation change du tout au tout. Au 28 avril, date de son emprunt de dix mil-

lions à sa banque, son débit s'établit ainsi :

Achat de £ 166.666 à 60 francs :

Papier : 10.000.000 fr. — Or : 3.300.000 fr.

En -

52 LA MONNAIE SAINE TUERA LA VIE CHÈRE S'il rembourse en juillet, son crédit s'étabhira ainsi :

Son versement du 10 juillet :

Papier : 7.000.000 fr. — Or : 3.300.000 fr.

l'or étant au cours de 7.700 francs contre 10.400 en avril.

Il ne versera donc à la banque que 7 millions de francs, ce qui correspond exactement au prix de sa laine qui a subi une baisse de 30 %. Du même coup, il peut compter sa laine, dans son prix de revient, pour sep{ et non pour dix millions. Il est devant une situation vraie, chiffrée en chifires absolus et non plus en chiffres relaüfs, et en nombres dont la valeur est variable. La faillite est évitée, les achats et les commandes continuent, la production n'est pas arrêtée. Étendez cela à l'ensemble de l'industrie et du commerce, et imaginez les résultats : la déflation se produit en pente douce ou rapide, elle ne provoque aucun désastre.

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