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OPPOSITION DES BANQUES A LA RENTRÉE DE L ÉTALON D OR

Dès 1920, nous avons demandé, dans les assemblées professionnelles, le rétablissement de l'étalon d'or ; presque partout, industriels et commerçants ont déclaré que c'est la seule solution qui permette d'éviter les secousses de la déflation ; mais tous nous ont dit : ( Les banques s'y opposeront ». C'est possible. Nous pensons même que c'est très vraisemblable, sinon certain. l'outes les banques? Non. Mais on voit bien des banques et des groupes de banques qui regardent sans sympathie l'assainissement de notre situation monétaire. [] est, par exemple, assez compréhensible que certaines banques étrangères aient fait un calcul assez simple par où elles réaliseraient de gros bénéfices. Faisons le calcul ensemble :

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Une banque étrangère vous prête en avril 1920 un million de francs. Elle a fait venir les fonds de son siège central, qui lui a versé à cette époque 16.000 livres sterling. Vous les lui remboursez le 10 juillet, et vous lui donnez un million de francs, qui correspondent à près de 22.000 livres sterling. Si vous remboursez dans un an, dans deux ans ou dans cinq ans, vous aurez toujours à rembourser un million d'unités nommées francs, mais, le franc étant alors au pair de l'or, c'est 40.000 livres sterling que vous donnerez. Bénéfice pour la banque : 200 %, sans compter les intérêts.

Beau calcul, en vérité, et qui fait comprendre pourquoi les banques étrangères se multiplient sur notre sol, calcul qui serait réduit à rien si les prêts bancaires étaient convertis en or. Et, au surplus, calcul parfaitement illusoire, car lorsque l’on vous réclamera, dans l'exemple ci-dessus, un million de francs au pair de l'or en remboursement du million de francs-papier que vous aurez reçu en avril 1920, vous serez hors d'état de le donner : tous les prix auront baissé de deux tiers : vous ferez trois fois moins d'affaires qu'aujourd'hui, et vous serez absolument incapable de tirer de vos affaires le million que l'on vous réclamera. Vous serez en faillite : consolez-vous, vous ne serez pas seul ; des milliers de Français seront dans le même cas que vous, qu ne pourront pas rembourser la banque, même en se saignant aux quatre veines, et la banque fera faillite elle aussi. D'ailleurs il n'est pas nécessaire d'attendre que le franc soit au pair de l'or pour voir ce spectacle. Les banques seront les premières

touchées par la crise de déflation où nous sommes dès maintenant. Leur opposition au rétablissement de l'étalon d'or ne peut profiter qu à celles qui seront assez habiles pour retirer leur épingle du jeu au premier souffle des faillites industrielles et commerciales. Leur politique serait beaucoup

plus sage de pousser elles aussi à l'étalon d'or.

COMMENT L ÉTAT, EN L' ABSENCE DE L'ÉTALON D OR, VOIT SON INTÉRÊT OPPOSÉ À LA BAISSE, ALORS QUE SON VÉRITABLE INTÉRÊT LE PORTE A FAVORISER LA DÉFLATION

Que fait l'État dans cette situation? Nous pensons que État n'a pas toujours su ce qu'il faisait. On a entendu un ministre déclarer que la hausse (ou mieux l'inflation) avait cet avantage qu'elle diminuait la dette de l'État. Le gros malin ! Et la contre-partie? Et l'augmentation des dépenses qui résulte de l'inflation, cela ne figure donc pas au budget? Et comme l'inflation ne peut se poursuivre indéfiniment, comme l'on emprunte sans cesse et que les emprunts sont faits en francs de valeur variable, dans quelle situation se trouvera-t-on, la déflation terminée? Cet excellent ministre se rendait-1l compte que 20 milliards de 1920 valaient à peu près le tiers des 20 milliards du premier emprunt? Comment comptait-1l payer les intérêts de ces 70 milliards dans un temps où, le franc étant au pair de l'or, les impôts rendront nominalement trois fois moins qu'aujourd'hui? Ce serait la fallte inévitable, et aussi fictive, d'alleurs, que celle du fabricant dont nous parlions tout à l'heure. Alors? Alors l'État a, lui aussi, le plus grand intérêt à chuffrer sa dette en or. Cela l'oblige à reconnaître que le papier-monnaie n'a pas sa valeur nominale, Qui l'ignore aujourd'hui? Et si cet aveu était difhaile quand le franc-papier baissait, ce l'est beaucoup moins quand le même franc est en hausse.

NÉCESSITÉ DE L'ÉTALON OR. — POSSIBILITÉ DE LE RÉTABLIR SANS REMETTRE L' OR EN CIRCULATION. — LE VIEIL EXEMPLE DE LA BANQUE DE HAMBOURG

Quels que soient les intérêts que l'on considère, on voit la nécessité de l'étalon d'or. Un Américain avait proposé une

D oo à

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autre base, établie mathématiquement sur les prix vrais de la production, par une savante combinaison de coefficients. Mais l'or, l'or qui sonne et qui trébuche, a une valeur universelle infiniment supérieure à toutes les combinaisons établies sur des calculs qu’un petit nombre de personnes pourraient comprendre. Une pièce d'or possède son sens plein à Paris, à Londres, à Rio-de- Janeiro, aussi bien que sur la côte des Somalis et à Tombouctou. Mais évidemment, ce n'est pas le moment, pour les nations en état de sous-production, de laisser l'or circuler librement. La libre circulation de l'or viderait l'Europe de tout son or avec une rapidité foudroyante. Mais il n'est pas nécessaire de faire circuler les pièces d'or pour que les échanges, au moins les achats et ventes en gros, se fassent sur la base de l'or. Il suffit d'émettre des bons-or, qui auraient cet avantage d'être internationaux. Et pour simplifier encore, il suffit d'organiser un système de compensation bancaire sur la base de l'or fin. Gros avantage, qui permet la circulation du papier-monnaie pour toutes les opérations courantes jusqu'à la déflation absolue, et qui permet, en outre, d'attendre le rétablissement complet de la situation économique en même temps qu'il permet la réduction progressive de la circulation fiduclaire.

Nous avons des exemples. Le meilleur paraît être celui de la Banque de Hambourg, que nos contemporains, même ceux qui travaillent dans la finance, connaissent fort peu. La Banque de Hambourg avait institué une monnaie idéale, le mark banco, qui correspondait à une valeur déterminée d'argent fin, et qui servait de base pour la conversion de toutes autres monnaies déposées à la Banque. Ce système, qui a rendu de très grands services, pourrait être repris aujourd hui non sur la base de l'argent fin, sujet à des variations de valeur sensibles, mais sur la base de l'or fin, qui subit des varia-

tions beaucoup moins sensibles. Dans une période où la situation monétaire de tous les pays d'Europe est la cause de troubles incessants et cause une gêne considérable, non seulement dans la vie intérieure des États, mais dans les échanges internationaux, une monnaie idéale, appuyée sur la valeur de l'or, instituée par un État ou par un groupe d'États, rendrait à l'Europe d'immenses services.

Nous posons la question : nous croyons qu'il est urgent de la résoudre. Mais c'est un problème d'État. À moins que quelque banque privée, de France ou d'ailleurs, n'ait l'idée de reprendre un rôle analogue à celui de la Banque de Hambourg. Mais il serait fou de s'en remettre au libre jeu des forces en mouvement, car, dans ce cas, la déflation nous fera passer par une crise plus grave peut-être que toutes celles que nous avons connues pendant l'inflation.

L'État doit à ses nationaux une monnaie stable, sinon il les fait dépouiller et se fait dépouiller par l'étranger, surtout par l'étranger qui jouit d'une monnaie saine. — L'État doit à ses nationaux une monnaie stable pour éviter les crises économiques et sociales.

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