QUE PEUT FAIRE L'ÉTAT POUR LA DÉFLATION
Que peut faire l'État pour la déflation et la baisse? Tout. Mais pas par les moyens qui lui ont été suggérés. On lui a conseillé de réduire la circulation fiduciaire. Par quels moyens? Se figure-t-on que les particuliers vont rendre à l'État les vignettes qu'ils détiennent en échange des sourires du minis-
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tre des Finances? Que l'œuf vienne de la poule ou la poule de l'œuf, les billets sont en circulation : en 1914, un producteur, ayant vendu un million de francs de marchandises à trois mois, escompte ses traites à Ja Banque de France, c'est-à-dire qu'il demande à la Banque de lui remettre pour un million de coupures de tous prix, qui sont autant de petites traites, payables à vue, en marchandises, chez tous les producteurs et commerçants qui ont confiance dans la signature de la Banque. En 1920, pour une même quantité de marchandises vendues, le producteur, obligé d'escompter ses traites, doit demander à la Banque non plus un, mais 3, 4 ou 5 millions de coupures. Quand les billets de banque sont mis en circulation, ils y sont bien 2 les faire rentrer est une opération singulièrement difhaile. Si la déflation des prix se produit, les billets de banque en circulation se valorisent de jour en jour, et les particuhers les thésaurisent. C'est précisément, en 1920, le danger de la situation nouvelle où nous nous trouvons : pendant Î inflation des prix, les producteurs ct COMMEENNE n EE Jamais assez de billets de banque et en demandaient toujours de nouveaux à la Banque de France ; pendant la période de déflation, chaque dégonflement de prix libérera une certaine quantité de papier-monnale qui, AGREE automatiquement üne plus-value, deviendra une véritable marchandise ns Il y aura là pour l'étranger un nouveau moyen de ne . pouiller sans effort : l'étranger jouait autrefois à la baisse la franc, il va jouer maintenant à la hausse. Voulez-vous ee le résultat? Calculez : au 1% avril dernier, un citoyen des États-Unis a acheté en France 1.040 billets de Co ne soit 104 mille francs-papier qu'il a payés en ee .. a provoqué l'entrée en France de dix kilogrammes d'or fin ;
il revend en juillet, en France, ses 1.040 billets de 100 francs :
ur les lui racheter, la France devra sortir non plus dix, po &
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mais plus de freize kilogrammes d'or. Faites porter ce calcul sur les 20 milliards de papier-monnaie environ que, théoriquement, la déflation doit libérer, et vous aurez idée des bénéfices monstrueux que les acheteurs étrangers de notre papier-monnaie pourraient réaliser pendant la période denotre
assainissement monétaire qui, dans cette hypothèse, nous coûterait la bagatelle de 10 milliards. Au surplus, que l'opération soit faite par des étrangers ou par nos concitoyens, le résultat est différent pour le pays, mais, d'individu àindividu, c'est le même. Quiconque, pendant la déflation, pourra thésauriser du papier-monnaie, gagnera automatiquement 100% entre le jour d'aujourd'hui, où le franc-papier représente environ un demi-franc-or, et le jour où il aura rejoint le pair de l'or.
Baisse et hausse du papier-monnaie, c'est-à-dire instabilité monétaire, c'est, en définitive, le moyen de dépouiller le producteur. Nous nous félicitons de voir monter notre franc ; prenons garde que certaines gens s'en félicitent encore plus que nous : ce sont ceux pour qui la monnaie (celle de papier, d'argent ou d'or) est une marchandise et qui, pendant la période où les vraies marchandises baisseront sans cesse de prix, pourront accumuler des stocks de monnaie de papier dont la puissance d'achat augmentera dans la proportion où les prix des marchandises baisseront.
Qui peut nous garantir contre cette opération ruineuse ? L'État, et l'État seul. Mais l'on est en droit de se demander si notre État a une vue assez claire de la situation pour prendre les mesures utiles, ou si, ayant cette vue, 1l est assez libre pour agir conformément à nos intérêts nationaux. Que l'État français, dominé par les idées absurdes de l'ancienne économie, ait mis un très long temps à voir clair dans la situation monétaire, on peut le penser quand on l'a vu acheter de l'argent en lingots à 2 francs ou 2 fr. 50 les > grammes, et le
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revendre un franc sous la forme de pièces de vingt sous. Il a fallu beaucoup d'énergie à M. François-Marsal pour obliger l'État à abandonner une pratique aussi sotte. Pour le reste, nous ne savons pas ce que pense l'État. Nous ne pouvons le soupçonner qu à travers le Mémorandum économique des Alliés, auquel l'État français a souscrit. Nous osons dire que si ce document exprime la doctrine financière, monétaire, économique de notre gouvernement, les Français ont le droit d'être pleins d'inquiétude, car cet étonnant papier, quand il ne reproduit pas purement et simplement les plus vieilles erreurs de l'économie politique libérale, est d'une incroyable naïveté. (Il est, au reste, permis de penser que certains de ses rédacteurs n'étaient pas si naïfs et qu'ils escomptaient tout le profit qu'un État à monnaie saine peut tirer de la situation européenne : dans ces conditions, ils n avaient aucun intérêt à projeter de vives clartés sur cette situation ; mais, dans ce cas, comment le gouvernement français peut-il souscrire à un document si obscur ?) Quand on voit le Mémorandum donner gravement l'explication de l'effondrement des changes par l'insuffisance d'exportations, provoquant des enchères sur le petit nombre de lettres de change disponibles sur le marché, on se demande quels extraordinaires spécialistes des changes avaient été envoyés à Londres pour faire une pareille découverte, ces messieurs paraissant ignorer que les monnaies servant aux règlements internationaux sont évaluées, nécessairement, selon la quantité d'or qu'elles permettent d'acquérir dans checun des pays émetteurs. Et quand ces messieurs déclarent non moins gravement que le remède à la crise des changes est ( d'augmenter les exportations jusqu'à la somme voulue, ce qu'il faudrait faire comprendre à tous les milieux commerciaux intéressés », on se demande si l’on ne se trouve pas devant des hommes pour qui les premiers principes de la vie économique sont de l'ordre de celui que