‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 46 sur 309 · PUS · texte numérisé non relu

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il vous donne 1.000 francs, chiffre inscrit sur votre livre de comptes. Vous rend-il la valeur que vous lui aviez prêtée? I] ne vous en rend que le tiers, car les 1.000 francs d'aujourd'hui ne représentent que cent grammes d'or. Votre comptabilité vous a trompé, car vous n'y aviez inscrit qu un chiffre sans penser à la réalité qu'il recouvrait. Vous auriez mieux fait de chiffrer la dette de votre ami en sacs de blé, car elle vous serait remboursée intégralement.

Ce n'est pas là une erreur de grande conséquence entre nous, Français. Évidemment, cette erreur a causé pas mal de ruines individuelles. Mais elle n'a pas diminué d’un sou la fortune nationale. Dans nos relations avec l'étranger, c'est une autre chose. En 1914, nous étions créanciers d’un certain nombre de nations. Comment s'acquitte-t-on envers nous aujourd hui? En francs d'écriture comptable, ou en tiers de grammes d'or? C'est une toute petite question, grosse de lourdes conséquences. L'absence de réponse officielle sur ce point nuit à beaucoup d'intérêts privés, et nuit surtout au pays.

C'est le moment de rechercher comment s'est faite la transformation de notre unité monétaire. Mais il faut nous demander ce que c'est que le billet de banque qui l'exprime aujourd'hui.

Qu'est-ce que le billet de banque?

Un certain nombre de publicistes ont publié des commentaires étonnants sur le billet de banque. Au mépris de l enseignement le plus sûr, on a dit et laissé dire que le billet de banque est la représentation de l'encaisse métallique de la banque. Cela ne signifie pas grand chose ; cela ne signifie même rien du tout. Le billet de banque est la présentation de marchandises mises en circulation et chiffrées avec les unités

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monétaires dont l'étalon est dans les caves de la Banque. Théoriquement du moins.

Imaginez que, dans le cas considéré plus haut où vous avez à vendre un produit de votre fabrication, vous vous trouviez devant un acheteur qui n'a pas de monnaie commode à vous donner. L'acheteur a du bien, de la terre, des outils. Vous lui donnez votre produit. En échange, il vous donne un papier sur lequelil inscrit la valeur de votre produit quil vous donnera en marchandises plus tard, lorsque vous aurez besoin de ce qu'il produit, et 1l signe. Vous voilà en possession d'une valeur représentant des marchandises. Le lendemain, vous avez besoin de marchandises de la ville ; cela ne vous prendra que le dixième de la valeur du papier que vous possédez. Vous allez à la banque, où la signature de votre acheteur est connue. Vous présentez votre papier et l'on vous donne en échange dix morceaux de papier ou billets de banque, portant la signature de la banque et échangeables partout où est connue cette signature.

Que sont ces billets de banque? Rien d'autre que votre billet, votre effet, votre traite, divisé en dix morceaux, ou en cent ; ce sont des morceaux d'effets de commerce sur lesquels la signature de la banque est substituée à celle de votre débiteur. Que représentent-ils? Des marchandises, celles que vous avez vendues à votre débiteur. À quoi donnent-ils droit ? À une quantité égale de marchandises chez votre débiteur. Les billets mis en circulation représentent donc votre premier papier (valeur en marchandises) immobilisé dans le portefeuille de la banque. Et comme les personnes à qui vous allez présenter les billets ou coupures de la banque peuvent avoir besoin de plus petites fractions, la banque possède dans ses caves de la monnaie d'or ou d'argent, qui sert à mesurer la valeur de vos marchandises, et qu'elle donnera, à guichet ouvert, à toute personne qui viendra lui apporter en échange

une des coupures de traite qu’elle vous aura données à vousmême. Vous voyez que ce qui fait la valeur des billets de la banque, ce sont les marchandises représentées par le billet que vous a remis votre débiteur. L'encaisse métallique ne joue qu'un rôle de mesure, et l'exportation et la balance commerciale n'ont rien à faire là-dedans, et l'on peut parfaite ment imaginer le jeu régulier, stable, de cette circulation, avec une extrême division et subdivision des coupures, sans que l'on mette en circulation une seule pièce d’or ou d'argent, mais à condition que la mesure d'or qui sert à chiffrer vos marchandises demeure rigoureusement la même. Cette circulation de papier est ce que l'on a imaginé de plus commode pour les échanges. Mais lorsqu'elle se fait sans circulation métallique parallèle, elle présente cet inconvénient qu'elle permet des altérations de monnaie beaucoup plus subtiles et beaucoup plus dangereuses que celles que l’on a tant reprochées à quelques rois de France. Il suffit de provoquer la mise en circulation de billets de banque qui ne représentent pas des marchandises pour fausser l'appareil délicat de la circulation monétaire. C'est alors que l’on entre dans l'instabilité monétaire, cause permanente de troubles économiques.

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