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MÉCANISME DE LA DÉPRÉCIATION DES BILLETS DE BANQUE

Donc, essentiellement, le billet de banque n'est rien autre qu'un morceau d'effet de commerce sur lequel la Banque substitue sa signature, connue de tous, à celle du débiteur, connue seulement de quelques personnes. Le billet de banque entre dans la circulation monétaire par le mécanisme de l'escompte, par lequel les créanciers substituent à leurs effets de commerce les billets de la Banque. L'escompte n'est pas

du tout, comme le croient un certain nombre de personnes, un intérêt prélevé par la Banque pour une avance d'argent, mais la rémunération des frais bancaires pour toutes les opérations qui découlent du remplacement des effets de commerce par les billets de banque.

Le billet de banque sort de la Banque par d'autres moyens que l'eccompte, par exemple, par les avances consenties par les banques aux industriels et commerçants sur la valeur de leurs stocks de matières premières ou de produits en magasin. Dans ce cas, encore, le billet de banque est la représentation de marchandises existant bel et bien chez les producteurs ou les marchands. C'est, au fond, la même opération que celle de l'escompte, mais faite entre deux personnes seulement, le producteur et le banquier, tandis que la première est faite entre trois personnes, le vendeur, l'acheteur et le banquier.

Enfin, le billet de banque sort encore de la Banque par un procédé plus simple : les déposants remettent à la Banque des espèces d'or et d'argent et font des retraits en billets. Dans ce cas, le billet de banque entre dans la circulation en représentation de la marchandise que constitue la monnaie métallique elle-même.

Dans tous les cas, par conséquent, le billet de banque mis en circulation est une représentation de marchandises ou de biens meubles et immeubles. Sa contre-partie véritable, ce nest pas l'encaisse métallique, qui n’est que la garantie de la fonction exercée par la Banque, ce sont les biens et produits des citoyens d'une nation. qui se trouvent engagés dans les opérations bancaires indiquées plus haut. Encore une fois, il n'est pas impossible d'imaginer une circulation de valeurs, étalonnée par l'or, sans aucune circulation d'or et sans encaisse métallique. Mais c'est là une vue purement théorique, que la pratique interdit : on peut s’en rendre compte

en considérant le cas suivant : imaginons qu'une quantité considérable des marchandises représentées par les billets de banque soit détruite par une catastrophe : les industriels et les commerçants qui ont donné du papier de commerce à la Banque seront nécessairement défaillants, puisqu'ils ne pourront faire rentrer dans leurs caisses, par la vente de leurs produits, les billets de banque sortis de la Banque par l’escompte et qu'ils doivent lui rendre au jour de l'échéance. Dans ce cas, c'est la Banque, qui a donné sa signature, qui doit se substituer à eux, et c'est elle qui donnera, non les marchandises qu'ils avaient et qui sont détruites, mais la marchandise-monnaie quelle possède dans ses caves. C'est là un des rôles de l'encaisse métallique possédée par la Banque.

Ces indications étant rappelées, on aperçoit d'un coup d'œil les voies par lesquelles peut se produire la dépréciation du billet de banque :

1° La création de faux effets de commerce. — Si, ayant besoin de monnaie, vous tirez sur votre prochain une traite sans justification, sans avoir vendu de marchandises, sans avoir de marchandises en magasin, et si vous escomptez cette traite, vous faussez le jeu de la circulation. Vous faites sortir de la Banque des billets qui ne représentent rien du tout. La quantité de billets en circulation représentant une quantité de marchandises déterminée, que nous chiffrerons par 100, si on y ajoute des billets n2 représentant rien et se chiffrant fictivement en marchandises par 10, les billets sains baisseront automatiquement de 10 %. En fait, ce jeu de ce que l'on appelle la cavalerie du commerce ne fausse pas la circulation dans cette proportion, parce que, la plupart du temps, elle est au service d'industriels ou de commerçants passagèrement gênés et qui font sortir des marchandises avant les échéances de leurs traites artificielles. Mais un développement de ce

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système D, auquel on a tendance à recourir dans les crises, bouleverserait tout le mécanisme de la circulation et entraînerait une dépréciation du billet de banque. Dans la crise où nous sommes depuis trois ans, la cavalerie du commerce a joué son petit rôle dans la dépréciation. Mais c'était l'inflation fiduciaire qui la provoquait à entrer en jeu

2° L'inflation fiduciaire. — L'inflation fiduciaire n'est pas nécessairement une cause de dépréciation du billet de banque. Si, par suite d'une augmentation absolue des prix (c'est-à-dire des frais de production), ou par suite d’une augmentation considérable de la production, le volume des transactions commerciales augmente dans une forte proportion, automatiquement le nombre vrai des effets escomptés augmente et provoque la mise en circulation d'un nombre plus grand de billets de banque. Mais, dans ce cas, les billets, continuant d'être la représentation de marchandises sohdes, ne perdent pas un centime de leur valeur.

Au contraire, si l'État, par suite de guerre ou de révolution, manquant des ressources normales de l'impôt ou exceptionnelles de l'emprunt, demande à la Banque des billets pour ses besoins, l'inflation fictive commence, et, avec elle, la dépréciation. L'État, en effet, n'étant pas producteur, ne peut donner comme garantie en marchandises ou en produits que le rendement des impôts qui lui sont payés en produits par les producteurs, les contribuables. Or, si le bilan de l'État est déficitaire, comme c'est le cas en période de guerre ou de révolution, la contre-partie en marchandises de ses emprunts à la Banque n'existe pas. La seule chose qu1l puisse donner, c'est sa signature, qui, dans l'espèce, vaut moins que celle de n importe quel particulier ayant des marchandises en magasin. La seule contre-partie qui compte, dans ce cas-là, c’est celle que la Banque elle-même possède, c'est-à-dire ses stocks de métal précieux monnayé ou non. Les billets que la Banque

aura mis en circulation étant garantis par ses effets en portefeuille et par les titres sur lesquels elle a consenti des avances, les billets qui seront demandés par l'État ne seront garantis que jusqu à concurrence du stock métallique de Ja Banque. Cette limite dépassée, la dépréciation devient effective SSI par exemple, la Banque possède un stock d'or de 5 milliards et que l'inflation fiduciaire exigée par l'État soit chiffrée par 10 milliards, ces 10 milliards de papier n'étant garantis que par 5 milliards d'or, l'unité monétaire sera théoriquement dépréciée de moitié, et ainsi de suite. Pratiquement, la dépréciation sera moindre, parce que les 10 milliards de billets tirés par l'État, entrant dans la circulation par les paiements des caisses publiques, se mélangeront aux billets sains en circulation, les déprécieront et la dépréciation, au lieu de porter sur les seuls billets émis dans ces conditions, portera sur l'ensemble des billets circulant. Si vous voulez vous représenter par une image grossière l'effet produit par cette opération dans la circulation, imaginez ce que produirait sur un bon vin la plaisanterie suivante : dix personnes allant en pique-nique conviennent d'apporter chacune une boutaille de vin et de le verser dans une amphore commune : l'une d'elles apporte une bouteille d’eau ; il y aura bien dix bouteilles dans l'amphore, mais ce sera du vin mouillé et le mauvais plaisant boira bel et bien ses neuf dixièmes de vin au partage. Dans l'opération décrite sommairement ci-dessus, l'État verse dans la circulation des billets qui font l'effet de l'eau dans le vin, mais en échange de sa bouteille d'eau, il (touche » neuf dixièmes de vin mouillé.

L'opération ne peut se faire qu à l'abri du cours forcé, c'est-à-dire dans le régime monétaire où la monnaie dépréciée est mise sur le même pied légal que la monnaie non dépréciée. Naturellement elle a pour résultat de faire disparaître de la circulation la monnaie saine, dont les producteurs

connaissent la valeur comme marchandise. La dépréciation étant faite, la monnaie dépréciée circule seule et tous les prix s'établissent par rapport à la valeur qu’elle possède elle-même par rapport à la monnaie saine. En fait, sous le régime de la monnaie de papier dépréciée et du cours forcé, les prix sont toujours déterminés par la vraie monnaie, chez nous, pratiquement, par l'or, qui continue d'être l'étalon des prix. Chacun pourra s'en rendre compte en calculant le prix d'un objet quelconque en or : exemple, un déjeuner de 3 fr. 50 était payé en 1914 avec à peu près un gramme d'or ; on le paie aujourd'hui 10 francs environ, c'est-à-dire encore avec un gramne d'or (l'or valant 10 fr.20le gramme en novembre). Ce qui a changé, ce n'est donc pas le prix des produits, c'est la valeur de la monnaie avec laquelle on les paie (sauf, toutefois, quelques denrées et produits qui ont augmenté absolument).

Si l'on consulte les bilans de la Banque de France, difhcilement lisibles parce que les francs-or et les valeurs-or sont chiffrés de la même manière que les francs-papier, on aboutit à des évaluations sensiblement égales. L'évaluation de la garantie des billets en circulation représentée par l'encaisse métallique en France et à l'étranger, par les disponibilités à l'étranger, les effets en portefeuille, les effets prorogés, les avances sur titres, etc., fait ressortir le franc-papier à un peu plus de 0 fr. 30.en or (et non pas à 0 fr. 15, comme le disait un écrivain qui divisait simplement le chiffre de l'encaisse métallique par le chiffre des billets en circulation).

Ces indications sont rappelées ici afin de faire apparaître que, contrairement à ce qui est trop souvent publié, la dépréciation de notre monnaie à l'étranger est un phénomène intérieur et non extérieur, et sur lequel l'ascension des

exportations ne peut avoir d'autre effet que celui d'un cautère sur une jambe de bois.

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