COMPTE COURANT DE TOUS LES FRANÇAIS
Avoir
a — Francs-papier Francs-or.
Leur dépôt à Ja date du 197 décembre. . . . . 39 milliards 13 milliards Dorr Francs-papier Francs-or.
Leur retrait à la date du 3 décembre. . . . 13 milliards 13 milliards. \ En francs-or : Zéro.
Balance :
| En papier ou billets de banque : 26 milliards.
. 26 milliards, c'est-à-dire exactement le montant des avan-
ces de la Banque de France au Trésor, si l'on ne tient pas compte des trois milliards qui ont été avancés à l'État pour avances à des gouvernements étrangers, et qui, après tout, peuvent valoir un peu plus que la monnaie de singe. Le soir de cette opération, la Banque de France se trouve avoir dans ses caisses 26 milliards de billets qui ne doivent plus rien à personne, et qu'elle n'aura plus qu'à verser au compte du Trésor pour amortir sa dette d’un seul coup. Le lendemain, le cours forcé est aboli : le public se présente aux guichets de la Banque et reçoit de l'or en échange de ses billets, et paie son déjeuner 3 fr. 50 au lieu de 10 francs, Au profit de qui s'est faite l'opération? Au profit de l'État. Qui l'a payée?
Personne. Cela n'a été rien autre que la conversion des francs-
papier en francs-or; l'inflation a disparu, et la vie chère esttuée.
Dans la pratique, évidemment, l'affaire ne se fera pas avec cette simplicité charmante, puisqu'il faut tenir compte du fait que, si les comptes sont réglés par ce moyen entre l'État, la Banque et les particuliers, il reste les comptes entre particuliers qui demeurent chiffrés en francs-papier d’aujourd'hui et qu'il faut convertir en francs-or, ce qui ne se ferait pas sans pleurs ni grincements de dents, car la chose ne serait
pas entendue d'un seul COUP par tout le monde. Etil reste en
outre à régler la conversion des emprunts d'État, ce qui n'est pas une mince affaire. Mais si l'opération pouvait être instantanée, et comprise d’un bout de la France à l’autre, elle serait applicable demain matin sans autre forme de procès. Dans notre hypothèse, nous avons supprimé l'élément femps, qui joue un certain rôle dans les affaires publiques et privées. Mais c'était pour rendre plus intelligible une opération qui, au lieu de s'être faite en trois jours, pourrait être faite, par paliers, en trois mois, ou en trois ans, et bien réglée. C'était aussi pour faire apparaître, d'un.seul coup, l'importance de l'introduction d'un compte de conversion en or dans toutes les comptabilités privées et publiques, car c'est par là que nous serons garantis, dans la période de relèvement de notre monnale, contre toutes les manœuvres des financiers de notre pays ou d'ailleurs. Voies et moyens? Il serait trop long de les exposer ici, et ce ne sont guère que des questions techniques qu'il est facile de résoudre dès que la question de principe est tranchée.
En résumé, pour sortir du gâchis monétaire où nous sommes, pour entrer dans la déflation fiduciaire, nous proposons quelques mesurés assez simples, qui entreront inévitablement dans la pratique, d'ailleurs, le jour où le franc-or commencera de jouer dans les règlements internationaux, soit :
L'établissement, dans toutes les comptabilités, d'un Compte de conversion en or, qu'il s'agisse des comptabilités privées, bancaires ou publiques ;
L'obligation de chiffrer les dépôts et retraits en banque en francs-papier et en francs-or, et par conséquent l'établis- Sement d'un cours officiel du franc-or, sur les bases indiquées par la Conférence de Madrid :
L'obligation pour les banques de verser leur excédent de
billets à la Banque de France, les opérations étant contrôlées par l'État :
Des mesures, qu'il est inutile d'indiquer ici, pour rendre inutile la thésaurisation des billets de banque pendant la période d'appréciation de la monnaie.
En tout état de cause, que l'on saisisse les grandes assocations économiques du pays. Que les mesures que nous proposons soient bonnes ou mauvaises, il faut travailler à l'assainissement de la situation monétaire. Un grand pays comme le nôtre ne peut pas vivre avec une monnaie instable. Il ne suffit pas de dire, comme l'a fait la Conférence de Bruxelles, qu'il est désirable que l’on revienne à l’étalon d'or. Il faut en chercher les moyens. On n'aboutira pas sans une étroite collaboration de l'État et des grands organes économiques de la nation. Encore une fois, ne croyons pas que les choses s'arrangent d'elles-mêmes ; c'étaient les économistes libéraux qui contaient cela, mais chacun sait que tout ce qu'ils ont dit avant et depuis la guerre a été entièrement démenti par les faits. Il n'est pas plus difhcile d'assainir la monnaie que de gagner la guerre. Encore faut-il se placer résolument devant le problème avec la volonté de le résoudre. Si on laisse les choses s'arranger d'elles-mêmes, elles s'arrangeront, mais avec beaucoup de dégâts. Si l'on prévoit, si l'on organise, le seul désastre, la seule mort (que personne ne déplorera) ce sera celle de la Vie chère, que la monnaie saine enterrera proprement, aux applaudissements de toute la nation, les financiers et les mercantis exceptés.