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CHAPITRE II

2 mai 1921.

’EST en vain que, depuis quelques années, les minis- C tres des Finances de ce pays ont fermé les yeux devant l'erreur monétaire à laquelle ils participaient. Nier

une erreur, cen est pas lasupprimer, ni en empêcher les effets. L'erreur a joué, entraînant des difficultés innombrables, engendrant une fausse comptabilité publique ou privée, qui a créé une situation où les producteurs et, avec eux, les hommes publics, perdent la tête. [1n y a pas, actuellement, en France, une seule comptabilité intelligible. Quant à la comptabilité de l'État, c'est le chaos. Veut-on l'expliquer, s'appuyer sur les indications que donnent ses chiffres, afin de faire des prévisions? On aboutit à des résultats qui défient le bon sens. Et selon les interprétations de la valeur de l'unité de compte, les prévisions accusent des écarts formidables qui se chiffrent par dizaines de milliards. Si l'on veut s'en rendre compte, que l'on lise de près la lettre de Tardieu zu président du Conseil, lettre qui est un monument, tant par ce qu'elle révèle de la pensée de son auteur que par ce qu'elle met en lumière des pensées de ceux qu'elle critique. C'est une effroyable confusion. Son Excellence le Franc-Or, que l’on a cessé de res-

112 LES INTRIGUES INFLATIONNISTES (1921-1922)

pecter 1] y a quelques années, se venge aujourd'hui et bouscule, en même temps que les idées des parlementaires et des financiers, le sieur Franc-Papier, qui n'a jamais été qu'un vulgaire chevalier d'industrie. Comme il est le seul instru ment de mesure, on est obligé de tout rapporter à lui : mais comme le franc-papier est, et sera peut-être encore longtemps, le seul moyen de paiement, il faut faire des prévisions en francs-papier. Quelle gageure! Nos parlementaires et nos financiers sont comme ces architectes qui, selon l'expression de Coquelle, ayant établi leurs plans sur la base du mètreplatine, mesureraient les matériaux avec un mètre en caoutchouc, dont la dimension varierait suivant la force des muscles de ceux qui l'étireraient. Allez donc construire un monument avec de pareilles méthodes. C'est pourtant ces méthodes que l'on applique aux budgets de la France, de 19211932 et les au-delà. Essayez de suivre les discussions

engagées là-dessus entre M. Loucheur et M. Tardieu et vous nous en direz des nouvelles.

Mais essayons de les résumer :

LE COMPTE TARDIEU. — Tardieu négociateur, vous savez ce qu'il vaut. Maurras et Bainville vous l'ont dit cent fois. Voyons ici ce que vaut Tardieu calculateur. Il attaque les négociateurs actuels qui ont fixé le montant de la créance française à (68 milliards de marks-or, c'est-à-dire 85 milliards de francs-or, qui donneront un capital de 106 milliards de francs-papier ». Tardieu montre alors que ces chiffres réduisent la créance française de 35 à 49 % sur les anciennes éva-

Juations, qui apparaissent, selon ses chiffres, dans le tableau que nous donnons ci-dessous :

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