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CHAPITRE IV

16 et 23 mai 1921.

de deux, trois, quatre, cinq, dix, cinquante, cent milliards de francs de papier augmenterait-elle le crédit des Français et de leur État? », M. Léon Chavenon a répondu par un long article qu'il a donné à l’/nformation du 14 mai. La réponse est loin de nous donner satisfac-

\ la question posée : ( Par quel miracle l'impression

tion.

M. Chavenon se défend d'être inflationniste. Mettons qu'il

n'est pas inflationniste par principe. [l'est par accident, par opportunité, ou plutôt, il l'est parce qu'il ne voit pas d'autre moyen que l'inflation pour nous sortir de difficulté. Ce n'est pas de l'inflationnisme doctrinal. Mais, à ce point de vue des résultats, les propositions de M. Chavenon mènent au même point que les illusions des inflationnistes absolus. Voici, d'ailleurs, l'essentiel de sa réponse, laquelle répond à la question par la question :

L'émission de billets de banque pour une somme de dix milliards aurait permis à l'État de payer mieux ses fournisseurs. [Avec de la monnaie de singe, oui.] Des déconfitures imméri-

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tées, qui en ont engendré d'autres, eussent été évitées, des facilités plus grandes données à la production, à l'exportation. Car il n'y a pas de production, d'exportation, sans crédit. La reconstitution des régions envahies eût été poussée avec plus de vigueur. Le chômage aurait disparu ou presque. La vie économique du pays eût été intensifiée ; les impôts rentreraient mieux, et en plus grande abondance. [Affrmation sans l'ombre d’une preuve.]

La prospérité privée établie, la « déflation » pourrait être envisagée avec plus d'opportunité. Car ce n'est pas par la ruine du contribuable que l'État s'enrichira. [M. Chavenon ne se rend pas compte que la « déflation ), à quelque moment qu'elle se produise, engendrerait exactement les phénomènes qui caractérisent la crise actuelle]

En un mot, une augmentation rationnelle de la circulation stimulerait la production nationale, laquelle, bien que vilipendée, est la véritable richesse. Les défauts du bapier-monnaie, nous les connaissons. Mais il n'y a de papier-monnaie que le papier émis sans garantie. [Phrase incomplète ou faussée par une faute d'impression et qui doit vouloir dire le contraire de ce qu'elle dit, car: ] Or, la France a des garanties de toute sorte dans ses mines, sa houille blanche, les travaux mêmes qu'elle doit exécuter, les obligations garanties à verser par l'A lemagne, etc.

Voilà l'essentiel. De quelque manière que nous tournions ce texte, nous n y trouvons pas la réponse attendue. M. Chavenon nous dit que si l'État avait eu dix milliards, il aurait pu faire ce qu'il énumère. Dix milliards de nouveaux billets. M. Chavenon croit que ces milliards, garantis par la houille blanche ou noire, auraient été des milliards authentiques, donc des possibilités de crédit. C'est précisément ce que nous nions. Nous prétendons que ces milliards auraient été de faux milliards, de la fausse monnaie, de la monnaie de singe,

du papier imprimé, des feuilles qu'emporte le vent. Imprimons des billets, et nous aurons du crédit, dit M. Chavenon. Cela répond-l à notre question : comment l'impression des billets peut-elle créer du crédit?

La réponse de M. Chavenon ne fait que révéler, ou préciser, l'étonnante confusion qui s’est produite dans certains esprits sur les différentes formes du crédit, le rôle de la monnaie, et la monnaie elle-même. Confusion où sont la plupart des inflationnistes, et qui apparaît dans un article que le singulier M. Philouze a donné au Céblosramme, et où nous lisons : (Ce que nous réclamons, c'est qu'on augmente d'une manière ou de l'autre le chiffre des crédits mis à la disposition de notre industrie et de notre commerce. » Mais ce n'est pas à M. Philouze, c'est à M. Chavenon que nous nous adressons.

Qu'EST-CE QUE LE CRÉDIT? — L'erreur des inflationnistes, quelle est-elle? — Celle-ci : que l'on crée du crédit en mettant en circulation des signes monétaires. C’est une erreur énorme, monstrueuse. On peut mettre en circulation tous les signes monétaires que l'on voudra, pièces d'or, rondelles de fer-blanc, bouts de papier, ou coquilles de noix, on n’augmente pas d'un millime le crédit d'une nation. L'or vaut plus que les bouts de papier, non point parce qu'il est un signe monétaire, mais parce qu 1l est une marchandise ayant une valeur propre, dont la valeur sert d'étalon aux autres marchandises. Les signes monétaires sont là pour faciliter les échanges, et c'est tout. Le papier-monnaie ne vaut que dans la mesure où 1l est la contre-partie exacte de l’or-marchandise ou des marchandises de toutes sortes créées (et non à créer). L'élément du crédit, ce ne sont pas les signes monétaires, ce sont les produits.

Un long régime monétaire sain nous a fait perdre de vue ces vérités élémentaires. Une ouverture de crédit, c'était

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pour nous la mise à notre disposition d'un certain nombre de signes monétaires, de matelas de billets de banque. Nous avons perdu de vue que ce que l'on nous remettait, c'était un bon nous donnant droit à des marchandises créées, existant dans des magasins, et qui se trouvaient disponibles.

La somme de crédit dont dispose une nation, c’est exactement la somme de marchandises, de produits non consommés, non utilisés, qui sont l'excédent de la production sur la consommation, et qui sont représentés en signes monétaires par les chiffres des dépôts en banque, ou par les chiffres des comptes de stocks dans les entreprises.

Augmentez tant que vous voudrez le nombre de signes monétaires, vous ne changerez rien à cette somme de marchandises. Et s'il arrive que la consommation égale la production, le crédit se trouve réduit à zéro. L'État, les banques ne peuvent ouvrir de crédits aux particuliers que dans la mesure où les producteurs, par les voies de l'impôt, de l'emprunt, du dépôt ou du tnibut lui ont apporté de l'or-marchandise ou des titres représentant les marchandises et produits qu'ils ont créés et qu'ils n'ont pas consommés ou utilisés. Si l'État met en circulation des signes monétaires de papier qui ne sont pas la représentation de marchandises effectivement créées, le seul effet de l'opération est d'augmenter la valeur nominale des marchandises en magasin. Mais il n'y a pas création de crédits.

L'État, il est vrai, s'ouvre bien un crédit par cette opération. Mais exactement de la même manière qu'un faux-monnayeur. Il n'y a pas de différence essentielle entre l'impression clandestine de billets de banque par un faux monnayeur, et l'impression publique de billets de banque, non appuyés par des marchandises, par l'État. L'État ne peut s'ouvrir honnêtement de crédit qu'en escomptant des bons créés par son Trésor, dans la mesure où ceux-ci peu-

vent être couverts par les rentrées rapides de l'impôt ou de l'emprunt.

En résumé, l'ouverture d'un crédit étant le droit, concédé par le ou les détenteurs de marchandises, de disposer de ces marchandises, il est évident que l'impression et la mise en circulation de billets de banque (au delà des besoins de l’escompte commercial ou de l'avance sur titres) ne peuvent augmenter d'un atome la puissance de crédit d'une nation ou d'un État.

La GARANTIE CONSTITUÉE PAR LES RICHESSES NATURELLES PEUT-ELLE ENTRER DANS LES ÉLÉMENTS DU CRÉDIT ET ÊTRE MONNAYÉE ? — On connaît un des arguments des inflationnistes, qui apparaît dans la réponse de M. Chavenon : notre travail de demain, les richesses de notre sol, ce sont des richesses réelles, des garanties solides, qui, en fait, peuvent garantir une émission de billets de banque. — Ce raisonnement a été poussé jusqu à l'absurde par les quatre déments qui ont déposé une proposition de loi tendant à autoriser l'émission de 150 milliards de billets de banque, gagés sur la créance allemande. ( Si, disent ces personnages, cette créance est bonne, nos billets sont gagés par quelque chose de sérieux que personne, ni en France, ni à l'étranger, ne peut discuter. Si d’aucuns estiment que cette créance est illusoire, ils ne pourront combattre notre proposition qu'en le déclarant publiquement. » Avec des raisonnements de ce genre, on va tout droit aux assignats, et à l'avilissement presque total de la monnaie de papier. C'est la plus folle des confusions.

Oui, les richesses de notre sol, notre travail de demain, la créance allemande peuvent nous ouvrir des crédits, mais non auprès de nous-mêmes : auprès de l'étranger qui nous fait confiance. Si la France veut mobiliser ces promesses d'avenir elle-même, pour elle-même, elle se trouve dans la

situation d'un homme courageux qui, possédant un champ

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fertile, mais aucun outil, écrirait sur un papier qu'il est riche de tout ce que contient son champ ; ça ne lui donnerait pas le plus petit outil de défrichement ; tout change, au contraire, s'il s'adresse au possesseur d'outils pour les lui emprunter. Nous pourrions ainsi imprimer 1.000 milliards en représentation de nos créances sur nous-mêmes, l'opération ne nous donnant pas un sac de pommes de terre de plus, notre crédit ne serait pas augmenté, et le papier-monnaie émis en représentation de ces créances ne serait que du papier imprimé valant le poids du papier. La situation changerait si, sur les mêmes garanties, nous obtenons de l'étranger des crédits, c'est-à-dire des fournitures de marchandises. Mais cela, c'est l'emprunt, ce n'est pas l'émission de billets de banque.

Au surplus, 1l est matériellement impossible de gager une émission de billets de banque sur des richesses à venir, sur des créances dont la valeur varie. Les billets en circulation ne peuvent être gagés que par les marchandises et produits créés. Instruments d'échange, ils ne peuvent évidemment entrer dans la circulation que le jour même où les marchandises elles-mêmes entrent en circulation, de même que l'effet de commerce, dont le billet de banque est une représentation, ne sort que le jour où les produits sont livrés à la consommation. [l est inconcevable que l’on soit obligé de rappeler des vérités aussi simples.

Enfin, introduire dans la circulation des billets gagés sur des richesses à exploiter, sur une grosse masse de créances extérieures à très long terme, c'est créer un régime monétaire d'une extraordinaire fragilité, c'est proprement supprimer tous les avantages de la monnaie.

Le propre de la monnaie métallique, c'est d’être stable, surtout lorsqu'il s'agit de l'or, celui des métaux précieux dont la valeur varie le moins ; c'est également d’être par elle-

même une marchandise. Le propre de la bonne monnaie de papier, c'est d'être aussi stable que la monnaie métallique, parce qu'elle peut être convertie à tout moment soiten marchandises, soit en métaux précieux. Le propre du bon billet de banque, en outre,c'est (bien qu'il soit une représentation d'effets de commerce) d'être soustrait à toute influence du calcul des intérêts, parce que les intérêts ont été payés au moment de l’escompte, et d'être également soustrait à toute évaluation touchant le crédit des producteurs eux-mêmes, ceci à cause des doubles et triples garanties des producteurs et des endosseurs. Toutes ces garanties de stabilité, de convertibilité, de sécurité tombent dès que, dans la masse des billets de banque, entrent des billets garantis par des richesses inexploitées ou de grosses créances extérieures. Alors toute la masse des billets de banque se trouve soumise à l'évaluation ; la valeur des billets est aussi instable que la valeur des titres d’affaires industrielles ou commerciales. Du fait que les richesses inexploitées qui en sont la garantie ne sont pas mobilisables, la valeur du billet se trouve soumise à l'appréciation dechacun portant sur ces richesses. Et, d'autre part, la garantie des créances extérieures est soumise elle aussi à l'appréciation de chacun. Que vaut aujourd'hui le paiement de l'Allemagne pour les années à venir. Ce que vaut la politique française. Celle-ci est-elle ferme, la créance monte, le billet de banque également. La politique française faiblitelle, la créance baisse, le billet de banque également.

Dans ces conditions, le papier-monnaie n'est plus un signe monétaire, c'est un titre de créance soumis à toutes les variations d'appréciation engendrées par les événements. La monnaie n'est plus l'instrument de mesure des marchandises. Elle ne peut plus remplir son office de régulatrice des échanges loyaux. Les échanges à terme ne peuvent plus être mesurés honnêtement par les signes monétaires. Du fait des

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variations incessantes des billets, le régime économique tout entier est en état de trouble permanent.

Nous pourrions donner une longue énumération des maux qu'entraîne cette instabilité. Mais nous l'avons déjà donnée dans les études précédentes. Il s'agissait aujourd'hui de montrer que les émissions de billets de banque non appuyées par les marchandises en circulation ne peut augmenter d'un millime la somme de crédit dont dispose une nation. M. de La Palice aurait pu faire cette démonstration aussi bien que nous. Voilà la partie négative du problème du crédit. Il nous reste à en considérer la partie positive.

La preuve est-elle faite que l'impression de 10 ou 100 molliards de nouveaux billets de banque n'ouvrirait aucun crédit ni à la France, ni à l'État, ni aux particuliers? Nous le croyons, et 1l semble même que M. Chavenon soit tout près de nous donner raison, car il a écrit à propos de nos deux dernières chroniques : € Nous ne voyons rien à objecter À M. Valois, si ce n'est que des situations exceptionnelles appellent des remèdes du même ordre... Comment faire face au service d'une dette de 300 milliards?.. I] n'y a que deux solutions : ou réduire la dette elle-même, ou multiplier la monnaie qui en règle les arrérages. » Mais ceci n’est pas le problème du crédit ; c'est une tout autre histoire. Revenons donc au crédit.

Thème général des hommes qui demandent l'extension du crédit : il y a crise économique parce que les crédits ont été resserrés par les banques. Que les banques rouvrent les crédits, et que l'on mette des billets de banque à leur disposition, et tout partira de nouveau. Je crois bien que l'on est en train de chercher la quadrature du cercle, car, en somme, on

demande la réalisation de cette opération impossible : se créer un crédit à soi-même quand on ne possède rien, ce qui, en langage courant, pourrait être figuré par l'expression : | peigner un diable qui n’a pas de cheveux. |

Examinons. Et d’abord considérons qu'il faut se rendre compte que le problème du crédit se pose sous plusieurs as- | pects : |

1° Le crédit destiné à la reconstruction des régions dévastées ; |

29 Le crédit aux producteurs ; |

30 Le crédit aux propriétaires pour la construction de nouvelles maisons ;

49 Le crédit aux exportateurs qui ont eux-mêmes à faire | crédit à leurs acheteurs.

Nous allons découvrir que les nécessités des uns et des autres se trouvent contradictoires, parce que : a) l’appauvrisse- | ment de l'Europe oblige les producteurs à ouvrir des crédits \ sans contre-partie certaine en marchandises ; b) l'instabilité monétaire de l'Europe transforme le crédit à long terme en un jeu extrêmement dangereux.

1° LE CRÉDIT AUX RÉGIONS LIBÉRÉES. — Chacun fait cette | observation, qui paraît étrange : il y a un nombre considé- | rable de chômeurs en France, alors que tous les chômeurs | pourraient être employés dans les régions libérées. On | s'étonne de ce fait, qui est pourtant aisément explicable : les | régions libérées n'ont rien à donner en échange du travail | ou des produits que les Français des régions non dévastées | pourraient leur donner. Qu'est-ce qui a été détruit dans les | dites régions? Des villes, des usines, des terres même, qui | représentaient les économies réalisées par les habitants sur leur travail de dizaines et même de centaines d'années. Ce qui suffit à indiquer que le crédit à ouvrir pour ia reconstruction doit

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être fixé à long terme. Pratiquement, les producteurs du bâtiment qui auraient à fournir matériaux et meubles aux régions libérées ne pouvant eux-mêmes consentir ces crédits (l'amortissement de la reconstruction devant porter sur des dizaines d'années), c'est l'État seul qui peut intervenir pour les garantir immédiatement, au nom du pays tout entier. Mais comme il faut des paiements rapides, s’il n’y a pas paiement de l'Allemagne, l'État n'a pas d'autre moyen que l'emprunt. Quelle opération est faite alors? Celle-ci : les briquetiers, les charpentiers, les serruriers, etc., des régions non envahies fournissent leurs produits aux régions dévastées, et reçoivent en échange des tissus d'Elbeuf, de l'huile de Marseille, des grains de la Beauce, etc., et le montant total de leurs fournitures met à la charge de la France tout entière un intérêt de 6 %. Le crédit est ainsi ouvert aux régions libérées, mais nous sommes dans la situation d'une nation qui, au lieu de s'ouvrir du crédit à l'étranger par son travail, emploie l'excédent de sa production à réparer ses ruines. Grave menace pour notre expansion.

Si l'Allemagne paie, il y a deux hypothèses : a) elle nous paie en titres de créances sur elle-même, c'est-à-dire qu'elle nous ouvre un crédit sur ses propres stocks : dans ce cas, nous ne pourrons réaliser qu'en faisant entrer chez nous ses marchandises, lesquelles, selon leur nature, peuvent constituer pour nous une gêne nouvelle, par la concurrence qu'elles feraient à nos propres industries : b) elle nous paie en créances sur l'étranger ou nous vendons à l'étranger des créances sur l'Allemagne : dans cette hypothèse, nos producteurs, travaillant pour les régions libérées, seront payés avec des grains et de la laine d'Amérique, des bois du Canada, du cuivre d'Espagne. Îl y aura entrée de marchandises chez nous, donc réparation de nos ruines avec des matériaux de l'extérieur, sur lesquels nous ne paierons pas d'intérêts. Mais nous

ne recevrons de matériaux et de denrées de l'étranger que dans la mesure où l'Allemagne aura exporté ses produits à l'étranger. Ainsi, le crédit aux régions libérées, ouvert sur les produits allemands, se réalisera au bénéfice de l'expansion économique allemande.

Si, au contraire, le crédit aux régions libérées est ouvert sur l'Allemagne en matériaux et produits déterminés, spécialement destinés à la reconstruction, les producteurs des régions non dévastées exporteront l'excédent de la production et ouvriront ainsi un crédit à la France sur l'étranger.

29 LE CRÉDIT AUX PRODUCTEURS. — Les marchandises créent le crédit. Nos producteurs possèdent des marchandises. Néanmoins, ils manquent de crédit. Pourquoi? Parce que le mouvement des échanges étant réduit (à l'intérieur pour des raisons se rattachant à la situation indiquée ci-dessus ; à l'extérieur parce que les marchés mondiaux sont rétrécis), les stocks ne reprendront que lentement leur valeur d'échange ; étant de réalisation incertaine, à des cours fantaisistes, ils n'offrent pas une base stable aux crédits chiffrés en monnaie. Le crédit bancaire devient donc hésitant, d'autant plus hésitant que l'on manque de prévisions sérieuses sur la remise en marche des usines. La hausse du franc (temporaire ou durable) agit contre le crédit. Si l'on prêtait 80 % de la valeur des marchandises l'an dernier, combien prêtera-t-on aujourd'hui, lorsque la hausse du franc doit déterminer automatiquement un nouvel effondrement des cours? L'organisation du crédit aux producteurs (qui n’est en somme rien d'autre qu une compensation en marchandises à l’intérieur) nécessite donc une méthode de comptabilité reposant sur d'autres chiffres que ceux fournis par le franc instable, et permettant aux producteurs d'échapper aux faillites fictives déclenchées par la baisse des prix nomi-

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naux. On aurait avantage à appliquer ici la théorie du francmarchandise, exposée par M. Peschier, le franc-marchandise étant lui-même étalonné par une ou plusieurs marchandises de valeur stable.

30 LE CRÉDIT AUX PROPRIÉTAIRES D'IMMEUBLES. — La France a besoin d'habitations nouvelles. Néanmoins on ne construit pas, et 1l y a chômage dans certaines corporations du bâtiment. Ouvre-t-on des crédits aux propriétaires ? Guère, et eux-mêmes en sollicitent peu. Pourquoi? Mêmes raisons que ci-dessus. Comment prêter sur un immeuble, dont le prix de location est fonction de la puissance d'achat du franc, lorsque prévoyant une hausse du franc, on peut également prévoir que le taux des loyers de l'an 1925 ou de lan 1930 ne permettra plus au propriétaire de payer l'intérêt des sommes avancées en 19219 Mêmes nécessités que pour le cas exposé au paragraphe précédent.

49 LE CRÉDIT AUX EXPORTATEURS. — Le problème est plus complexe. Dans l'état actuel de la planète, l'exportation a pour champ deux domaines très différents : l'un qui comprend les pays enrichis pendant la guerre : l'autre qui comprend les pays appauvris par la guerre, Les premiers ont une monnaie d'échange, leurs marchandises : les seconds n'en ont pas ou n'en ont guère. Il faut donc distinguer les exportateurs, selon qu'ils travaillent en vue de l'un ou l’autre de ces domaines, ou pour les deux. Ouvrir un crédit à un homme qui travaille pour l'Amérique du Nord ou celle du Sud, c'est jouer sur le velours. Ouvrir un crédit à un homme qui travaille pour l'Europe centrale et orientale, ce n'est pas précisément une opération de père de famille ; quelques banques en ont fait la fâcheuse expérience.

Or, nécessairement, les exportateurs, recherchant les plus grandes garanties, se tournent de préférence vers les pays non appauvris. Mais, recherchant aussi les plus grands pro-

fits, actuels et à venir, ils voudraient bien (et ils ont raison) fournir nos produits à ceux qui en manquent le plus. L'intérêt et l'humanité s'accordent heureusement pour cette opération. Mais, ici, le problème du crédit devient presque insoluble, dans l’état actuel de l'Europe, au point de vue économique et monétaire.

L'exportateur qui fournit aux pays appauvris est obligé de consentir un crédit à ses acheteurs, crédit parfois fort long. L'intérêt national est, d'ailleurs, que ce crédit soit très long. Dans ces conditions, il est obligé lui-même de se faire ouvrir un crédit en France. Mais qui lui fera les avances nécessaires soit directement, soit en escomptant du papier à échéance très lointaine, ou, pratiquement, sans échéance? Chacun sachant que ces pays paient difficilement ou pas du tout, parce qu'ils ont peu ou point de marchandises à exporter, les crédits s'ouvrent très difficilement, ou sont limités aux opérations qui se compensent rapidement. Et, dans ce cas, l'exportation se trouve limitée aux produits dont les pays appauvris manquent absolument.

Remède : il faut organiser la compensation en marchandises à longue échéance, comme le demande M. Peschier, la compensation en faveur des exportateurs qui travaillent pour les pays appauvris étant assurée par l'utilisation des importations des pays enrichis. L'opération est réalisable, même individuellement, puisque un exportateur peut faire cette compensation à l'intérieur même de son entreprise. Mais il lui faut une certaine qualité héroïque que l'on ne peut tout de même demander à tout le monde. Il y aurait donc lieu de chercher les moyens de donner à ces exportations destinées aux pays appauvris une garantie d'État. Une organisation nationale de compensation pourrait réaliser les créances à long terme sur les pays appauvris auprès des pays enrichis. Dans ce cas, on aurait, pour faciliter ces opérations, à provo-

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quer la constitution d'organes corporatifs réunissant les créances de toute une corporation sur un pays déterminé, afin de les utiliser pour des compensations en marchandises choisies, le transfert des créances à l'étranger enrichi ne portant que sur des marchandises que la France peut laisser diriger sur d'autres pays.

Mais, encore une fois, le problème monétaire domine les opérations. S1 les exportateurs, les organismes corporatifs et un organisme national parviennent à organiser ces compensations en marchandises à longue échéance, comment les chiffrera-t-on? La compensation (donc le paiement) ne devant se faire qu'à six mois, un an, deux ans, si onlachifire en francs, et si le franc entre en hausse continue, les pays acheteurs auront à fournir une quantité de marchandises beaucoup plus élevée que celles qu'ils auraient dû fournir au moment de la fourniture. S'ils doivent faire cette prévision, 1ls refuseront eux-mêmes le crédit ; partant, réduction d'exportation de notre part, perte de marchés, menaces pour notre avenir. Si, au contraire, les compensations sont chiffrées dans l'une des monnaies incertaines de l'Europe, à quels risques sont alors exposés les exportateurs français? Menacés d'émissions de papier-monnaie dans tel ou tel pays malade, ils savent que leur créance risque de perdre 20 ou 50 % de sa valeur. Dans ce cas, c'est l'exportation française qui ne consent pas le crédit, et qui refuse celui que l'État français peut lui garantir ; mêmes menaces pour son avenir que dans le cas précédent. Et, encore un coup, mêmes nécessités que pour les deux formes de crédit que nous avons considérées plus haut.

Voilà donc quelques aspects du problème du crédit. Il en est d'autres encore. Mais nous nous limitons à ceux qui nous paraissent les plus caractéristiques. Nos réflexions montrentelles que l'émission des nouveaux billets de banque aurait,

dans les différents cas, autant d'efficacité qu’un cautère sur une jambe de bois? Au lecteur d'en juger. C’est à lui qu'il appartient de voir si vraiment les difhcultés du crédit sont engendrées par la mauvaise volonté de la Banque de France, ou, comme nous croyons le démontrer, par l'appauvrissement de l'Europe et par l'absence de saines monnaies dans les pays qui ont eu le malheur de croire que l'on se donnait du crédit en faisant marcher les planches à billets.

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