‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 60 sur 309 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

18 et 25 juillet 1921.

LES KRACHS

du 15 juillet 1921 une excellente « Philosophie du

* Krach ». Il s'agit du krach financier qui a mis

à terre la Banque industrielle de Chine, qui a fortement ébranlé une autre banque, et qui ne tardera pas à toucher d'autres banques, aussi solides soient-elles. Le krach est commencé, dit M. Tisserand, et rien ne l’arrêtera. M. Tisserand s'en félicite, premièrement parce qu 1l l'a annoncé en 1920, deuxièmement parce qu'il le considère comme l'assainissement du pays. Nous serions tentés de danser avec lui la danse du scalp, pour les mêmes raisons, car nous noussommes rencontrés dans les mêmes prévisions l'an dernier, et nous regardons, nous aussi, l'effondrement de quelques banques comme le premier signe de l'assainissement économique. Le scandale de la multiplication et de l'épanouissement des banques au milieu de l’appauvrissement général a assez

NV Ernest Tisserand a donné à la Revue Universelle

duré. Nous verrons le mouvement inverse d'un æil sec, et même avec une certaine joie. Mais comme nous sommes inévitablement acteurs ou figurants dans la pièce qui se joue (rares sont ceux qui ne sont que spectateurs), nous serions sages d'écarter le plaisir de la vengeance, et d'essayer de tirer parti des premiers événements du krach afin d'organiser l'assainissement, même de concert avec ceux qui en sont ou peuvent en être les victimes, les banquiers.

Le krach est en cours, et rien ne peut l'arrêter. Mais on peut le diriger et l'utiliser. Sinon, 1l risque de se produire en cyclone et de causer, au moins pendant un certain temps, de graves troubles économiques et politiques. Les banquiers en seront les premiers victimes ; mais ils ne seront pas seuls touchés. Avec eux seront atteints les déposants, épargnants et producteurs. Et c'est ici que l'événement prévu devient inquiétant. Quand les producteurs seront touchés, il y aura une période difficile, période de chômage industriel intense qu'il s'agirait précisément d'éviter. Nous savons bien que, cette période passée, la situation sera tout à fait assainie et que nous rebondirons en peu de temps vers une prospérité insoupçonnée aujourd'hui. Oui, mais à condition que la période difhcile ne soit pas génératrice de troubles économiques et politiques qui mettraient l'État, la Nation en péril. Prévoyons et organisons les événements, et associons à la prévision et à l’organisation ceux qui sont aujourd hui en état de comprendre qu'ils sont menacés les premiers. Si nous voulions détruire totalement la Banque, il n'y aurait qu'à laisser jouer les événements. Mais ce n'est pas là notre objet. Nous ne pouvons pas plus nous passer de banques que de chemins de fer. Le moment est venu d'essayer d'intéresser la Banque elle-même à l'assainissement, étant bien entendu que l'opération comportera de sérieuses amputations, nécessaires et heureuses. En somme la Banque aura à choisir

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entre un effondrement quasi général et une amputation limitée à des membres superflus et d'ailleurs fortement gangrenés. Se trouvera-t-1l des banquiers pour entendre notre appel? Nous verrons bien.

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