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CHAPITRE VIII

Rapport présenté à la Semaine de la Monnaie le 9 juin 1922.

comptabilité double en francs-or et en francs-papier

soulèvent une question d'une importance considérable, soit que, par malheur, nous entrions dans une nouvelle période d'inflation, soit que nous soyons définitivement dans la période de déflation.

L'emploi du franc-or peut être considéré en effet, en temps d'instabilité monétaire, comme un des moyens de protection les plus efficaces contre les variations de la monnaie. Le franc-or, c'est l'instrument de mesure stable, qui permet de corriger les erreurs entraînées par l'emploi d'un instrument de mesure variable.

Si, dans la période d'inflation, les industriels et les commerçants avaient traité un certain nombre d'opérations en francs-or, ils se seraient épargné un nombre considérable de difficultés ; s'ils avaient, au moins, examiné leur situation à l'aide du franc-or, ils auraient su que certains bénéfices, accusés par des comptabilités faussées par une unité monétaire qui se dépréciait sans cesse, étaient beaucoup moins forts qu'il ne paraissait, et que, dans quelques cas, ces béné-

I ES rapports de MM. Émile Delavelle et Peschier sur la

170 LES INTRIGUES INFLATIONNISTES (1921-1922)

fices étaient entièrement fictifs. La conduite des affaires eût été singulièrement facilitée. D'autre part, si les proprictaires d'immeubles ou de terre avaient pu établir des baux en francs-or, la propriété bâtie, la terre n'auraient pas souffert de cette dépréciation formidable de revenu qui a ruiné des propriétaires et a jou un rôle considérable dans l'arrêt de la construction.

Mais il ne s'agit pas de gémir sur le passé. Quelles que soient les pertes que nous avons à peu près tous subies, le mieux que nous ayons à faire est de n'en plus parler et de passer définitivement par profits et pertes le résultat de ces opérations. Nous sommes confants dans l'avenir pour rétablir notre situation. Mais nous avons le devoir d'organiser cet avenir à la lumière des expériences acquises dans la période close de l'inflation.

Or, dans quelle situation sommes-nous au point de vue monétaire ? La situation de fait est que nous sommes en période de déflation, et il ressort de l’ensemble des rapports déjà présentés, des discussions engagées, que, l'inflation étant condamnée par l'unanimité des personnes qui ont pris part à nos travaux, la dévalorisation (c'est-à-dire la stabilisation rapide de la monnaie) doit être écartée, sinon dans son principe et d'une manière absolue, au moins quant à sa réalisation proche, et pour un temps que l'on ne saurait mesurer aujourd hui. Ce qui est considéré, c'est le retour au pair par la voie de la revalorisation progressive et lente du franc, conséquence elle-même de l'observation des engagements pris par l'État à l'égard de la Banque de France. Nous avons donc à considérer que nous sommes en période de déflation ou de revalorisation du franc, l'opération devant durer de douze à quinze ans.

Du fait de la déflation, un très gros problème va se poser pour les industriels et les commerçants qui, en période

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d'inflation, ont contracté des emprunts, sous plusieurs formes, en monnaie faible, et qui auront soit à se libérer, soit à pratiquer des amortissements en monnaie forte.

Vous savez que le problème est particulièrement angoissant pour l'État. M. de Chaligny nous a fait apparaître, en un raccourci saisissant, l'impossibilité où serait l'État, dans quelques années, de tenir ses engagements, s'il devait les tenir en monnaie forte. Mais nous ne sommes pas chargés ici des affaires de l'État: Nous nous occupons des nôtres, ce qui nous suffit. |

Nous allons donc examiner nos affaires à deux points de vue : [9 en ce qui concerne les engagements du passé qui doivent être tenus dans l'avenir (capitaux, emprunts obligatoires, crédits) ; 2° en ce qui concerne nos engagements à prendre pour l'avenir (contrats à long terme, baux, etc.). |

1° SITUATION DES ENTREPRISES PAR SUITE DES ENGAGE- MENTS CONTRACTÉS EN PÉRIODE DE MONNAIE FAIBLE. — Écartons les entreprises qui vivent sur des capitaux familiaux : | la question que je veux traiter ne se pose pas pour elles ; la déflation entraînera pour elles une diminution nominale des capitaux, mais sans aucun accident apparent. |

Tout autre est l'avenir des sociétés et particulièrement des sociétés par actions.

Dans la période d'inflation, ces entreprises ont eu des | besoins considérables de capitaux. Elles ont toutes procédé | à des augmentations de capital, qui ont multiplié par deux, trois et plus, leur capital initial ; elles ont émis des obliga- | tions. Bref, leur situation est la suivante : elles sont débitrices: |

Par actions ; |

Par obligations : |

Par crédits en banque

et parfois par ces opérations bancaires, singulièrement

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