‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 76 sur 309 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

PARCRISERDES A EIPAIE

Février 1924.

N se tromperait lourdement si l'on considérait la crise que traverse la France au début de 1924 comme une simple crise financière ou monétaire. La crise des chan-

es révèle au public la crise financiere. La crise financiere révèle la crise de l'État. Il y a crise de l'État, et même crise de régime, parce que la vie constitutionnelle rend impossible l'application des seules solutions efficaces.

On en trouvera cent preuves dans cet ouvrage. On verra que, depuis près de deux ans que la crise est ouverte, l'auteur de ce livre, en même temps que cinquante autres personnes, a multiplié les avertissements. Nous avons la certitude que tous ces avertissements ont été connus des intéressés, que ce que l'on pouvait y ajouter par la voie de la correspondance privée a été placé sous leurs yeux ; que les intéressés, avertis par cent autres voies, n'ont pas contesté la valeur des arguments présentés, et que les solutions proposées leur paraissaient conformes aux intérêts de l'État.

Comment, dans ces conditions, les mesures nécessaires n'ontelles pas été prises en tembs utile? Pourquoi a-t-on attendu le commencement de l'année 1924 pour demander au Parlement des décisions qui auraient dû être prises six mois plus 1612 Cela

s'explique d'abord par la survivance des idées de l'économie libérale qui habitent encore l'esprit de nos gouvernants. Cela s'explique surtout par l'ensemble des idées sur l'avenir des peuples qui sont le legs du & stupide xIx® siècle » et qui annulent la volonté des hommes les plus clairvoyants.

Je ne vois pas d'autre moyen de rendre sensible cette anémie de la volonté, sous l'influence des vieilles images du siècle passé, que de reproduire ici une conversation que l'auteur de ce livre a eu l'honneur d'avoir avec un grand politique de ce temps, qui est un des hommes les plus représentatifs de la république parlementaire. Je ne le nomme point. Le lecteur sera libre de penser que celte rencontre est imaginaire, et que la conversation que l'on va résumer a eu lieu hors le temps et l'espace. Je crois qu’il faut donner à mon politique le nom d'Alceste.

Alceste est grand par le cœur et par l'esprit. Sa fonction est d'enseigner la nation et de lui faire découvrir sa destinée. Il dit le vrai avec une éloquence magnifique. Il est écouté de tous, même de ses adversaires. Son autorité intellectuelle est incontestée dans toute la France. Si, dans la crise ouverte, il disait sa pensée, iln'est point douteux que la France entière, peuple, représentants, gouvernement, le suivraient dans un même élan de patriotisme.

Or, Alceste se taisant sur les événements, à l'étonnement de tous, j'ai eu l'audace d'aller le voir, dans cette région où il se tient, inaccessible aux ambitions vulgaires et d'où il peut juger choses et gens avec une parfaite sérénité. Il me reçut et je lui dis :

— O Alceste, nous ne pensons point de même sur le mouvement des mondes, mais nous avons le même amour pour notre patrie terrestre. Vous plaira-t-il d'écouter mes paroles qui blesseront votre philosophie?

— Parlez, me répondit Alceste. Notre entretien sera celui de deux hommes qui sont hors de l'espace et du temps.

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