LA CRISE DE L'ÉTAT
laire. C'est pourquoi je pense que le chef n'aurait à user d'aucune: rigueur, car l'assemblée et ceux qui seraient tentés de se joindre à elle seraient tenus en respect par une crainte salutaire. Je crois. même que l'assemblée serait heureuse d'être délivrée de la responsabilité du pouvoir.
ALCESTE. — Vous vous trompez en tous points.
MOI. — Mais les observations que je vous apporte.
ALCESTE. — … et tous les appels que je reçois, du haut et du bas pays. Tout cela ne signifie rien. Je le sais. C'est pourquoi je me tais, ne voulant pas conseiller à ceux qui m'écoutent une aventure sans issue.
MOI. — Si vous la conseilliez, elle serait faite.
ALCESTE. — Mais sans lendemain, car, dans le pays où nous sommes, la liberté sera toujours plus forte que l'autorité, le désordre plus fort que l'ordre...
Vous dirai-je que je tentai vainement de convaincre Alceste que l'ordre est aujourd hui beaucoup plus fort que le désordre dans les esprits? Alceste m'opposait toujours ce qu'il croit une vérité, vérité qui le remplissait d'amertume, mais qui lui donnait aussi le sentiment d'une certaine grandeur. Je distinguai qu'il avait le goût de la mort, et que les ruines lui paraissaient le décor nécessaire d'une fin qu'il jugeait proche et inévitable. J'eus l'intuition que, percevant la ruine des idées qu'il a servies, il jugeait qu'il serait beau qu'elles mourussent dans l'écroulement d'un monde. Îl se regardait comme le dernier des Ron ains. Je le quittai en comparant ses sentiments à ceux de M. de Chateaubriand, demeurant fidele à un roi qu'il croit perdu, mais voulant donner au monde le spectacle d'une fidélité résistant au malheur.
L'autorité qui tient l'État ne croit plus à elle-même : c'est pourquoi l'État est ébranlé. C'est l'aveu d'Alceste, qui ne voit pas ou ne veut pas voir renaître l'autorité dans l'esprit de la
nation. Il faut conclure que ni Alceste ni les grands ses amis ne travailleront au relèvement de cet État que leur pensée ne soutient plus. La crise du régime est ouverte : elle sera résolue bar ceux qui apportent à la nation une notion rajeunie de l'autorité et qui ne croient pas que la victoire de 1918 est le dernier acte de grandeur de la France. Cette victoire est pour eux la préface d'une nouvelle grandeur française. Les temps annoncés en |900 par Charles Maurras sont venus.