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DES PÉRILS OÙ LA SITUATION DE L'ÉTAT MET LA PRODUCTION FRANÇAISE

4 septembre 1922,

sur [920-21, la France en bonne position, mais pensée

flottante, direction hésitante dans les grands groupements professionnels, péril politique possible à cause d’une faiblesse du gouvernement, de l'appétit d'affaires de quelques corps et de fâcheuses combinaisons politico-économiques dues à l'absence de solution du problème allemand, voilà le résumé d'une analyse faite à l'entrée de l'automne de 1922. Au total, situation pleine de promesses, à condition que les producteurs se donnent un organisme central, national, très fort, ayant à sa tête une bonne douzaine d'hommes de valeur, qui existent. Avec cela, la France est prête pour une destinée brillante,

Mais il y a une contre-partie : c'est la situation de l'État. N'allons pas chercher midi à quatorze heures : la situation de l'État est sombre. M. Jacques Arthuys l’a décrite dans un livre qui est bien le meilleur que l'on ait publié sur la question : Comment éviter la Banqueroute. J'y renvoie le lecteur avide d'informations précises. La question essentielle est la

SC économique générale sensiblement améliorée

1. Ce chapitre et les trois suivants sont extraits de la brochure : Le Point.

L'État et la Production.

suivante : comment faire face à des dépenses qui s'élèvent, une année dans l'autre, à 50 milliards, avec des recettes qui se tiennent aux environs de 20 milliards? On s'en est tiré jusqu'ici avec tous les systèmes possibles d'emprunts. Mais la dette s'accroît, aggravant la situation d'année en année, de mois en mois, et l'État est à la merci d'une crise de trésorerie.

Les solutions existent : leur application serait dure, très dure, mais moins dure finalement que l'aggravation de la situation. Mais le régime parlementaire se refuse énergiquement, non seulement à les appliquer, mais même à les rechercher. Il lui faudrait accuser la situation, devant laquelle :l imite l’autruche, et, pour appliquer les solutions, il lui faudrait employer des moyens dictatoriaux qu'il n'ose même pas envisager. Un de ces quatre matins, il se trouvera dans une situation sans issue, et il ne saura plus que faire. C’est l'instant de faiblesse du pouvoir que guettent les socialistes et les caillautistes pour tenter un coup. Ou bien ils essayent d'entraîner le gouvernement à une folle politique financière qui leur livrerait la direction des affaires publiques. Soyons prêts à nous opposer, et par tous les moyens, à une tentative

ou à l’autre.

Notre confrère M. Lucien Romier, donnant à la Journée industrielle, selon sa coutume, une série d'excellents articles, demandait comment la majorité parlementaire « se défendra demain, par exemple, devant une campagne pour l'inflation monétaire, s'appuyant sur la promesse des affaires faciles, des hauts salaires, de la reconstitution hâtée, des lois sociales et de l'impôt sur le capital? »

La question posée par M. Lucien Romier est de première importance : comme notre confrère l'indique, les adversaires de la majorité vont précisément manœuvrer sur les questions sociales, financières et économiques, et un de leurs moyens d'action, c'est de provoquer une nouvelle inflation, déguisée, mais qui n'en sera pas moins une inflation fiduciaire caractérisée. Or, sur ce point, la majorité parlementaire comprend beaucoup d'éléments qui manquent de résistance, et qui sont obsédés par la pensée d'apporter au problème financier, non des remèdes vrais, et difhciles à administrer, mais des remèdes 1llusoires, qui permettraient d'attendre l'année 1924. I] n'y a pas un enfant qui ne sache que, pour avoir des sous, 1l faut travailler : les députés, comme hommes privés, en savent autant et plus que les enfants sur cette question ; mais comme parlementaires, ils sont portés à croire que l'on peut faire des milliards avec rien. Il n'est pas douteux que, devant une nouvelle campagne pour l'inflation monétaire, ils se défendront très mal, ou pas du tout, et l'on peut même craindre que l'on ne trouve une majorité de gauche, du centre et de droite pour se jeter tête baissée dans une aventure monétaire assez habilement présentée pour sauver quelques apparences.

Il peut paraître invraisemblable à nos lecteurs qu'il y ait à craindre une nouvelle inflation : nul n a plus le droit de se méprendre sur le caractère de l'inflation, et, après les catastrophes autrichienne (presque achevée), allemande (en cours), l'inflationnisme n'est plus une erreur, c'est un crime qui mérite la corde.

Les inflationnistes ne l'ignorent pas, mais il y a parmi eux :

a) Les inflationnistes de fait, qui y sont contraints en quelque sorte par la situation : ce sont ceux qui tiennent les cordons de la bourse, et qui, lorsque le Parlement a vidé la

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bourse, n'ont aucun autre moyen de la remplir que d'aller demander de nouvelles avances à la Banque de France ; ce sont des victimes ;

b) Les inflationnistes professionnels : ce sont ceux qui savent quelles belles rafles on peut faire dans les fortunes privées, grâce à l'inflation, quand on a des amis bien placés pour vous informer ; ce sont des bénéficiaires, pour qui le poteau, le garrot, la potence seraient des supplices trop doux ;

c) Les inflationnistes par tactique : ce sont les gens du Bloc des gauches, des radicaux-socialistes aux communistes, qui savent que l'inflation engendre les troubles sociaux et économiques dans lesquels ils feraient une nouvelle fortune politique. Au bout de l'aventure, leurs têtes parcourraient probablement Paris au bout des piques, mais ils ferment les yeux sur cette possibilité.

Ces trois catégories forment une coalition imposante, dont je me hâte de dire qu'elle est beaucoup plus imposante que solide et que l'on peut la faire sauter sans grand effort. Encore faut-il être prêt à lui tenir tête, puis à la refouler et à la dissoudre.

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