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MENACES A LA BANQUE DE FRANCE

Au cours de l'été de 1922, la coalition manœuvre ; elle prend ses positions de combat. Il y a quelques préparatifs apparents. Par exemple, vous trouvez dans l'Atelier, le journal de Jouhaux, des notes, des articles sur le rôle de la Banque de France, lesquels sont signés par un M. Lucien Vol (comme cela se trouve !). C'est une campagne contre la Banque, faite, au nom de l'intérêt général, avec des argu-

ments d'une sombre bêtise. Exemple : « La suppression du capital de la Banque de France et son exploitation par l'État — où mieux par le personnel de la Banque sous le contrôle de l'État — permettraient d'abaisser jusqu'à zéro le taux de l'escompte. » — (Avec quoi serait payé le personnel de la Banque?) Mais on ne s'occupe guère de fournir des arguments qui tiennent : on n'a d'autre objet que de formuler une conclusion : ( Il nous faut la nationalisation imdustrialisée de la Banque de France. »

Ça, c'est pour les lecteurs, à qui jamais personne n'a été capable d'expliquer ce que c'est que la (nationalisation industrialisée ), qui n'est qu'une farce verbale. Mais cela vous à un petit air scientifique et fayolien qui fait bien auprès des masses. Avec cela, on n'a pas l'air d'un révolutionnaire : on passe pour un citoyen qui en remontrerait à Taylor.

Cependant, sous ce vocabulaire d'organisateur, il y a la pensée du Bloc des gauches, que dirige Joseph Caillaux. Mais il faut expliquer la manœuvre.

La Banque de France, régulatrice de toute notre vie économique, est une institution autonome, dont les chefs et le personnel ont une très haute idée de leur fonction, et sont animés par la volonté arrêtée de procéder à l'assainissement monétaire. La Banque de France, fidèle à sa mission, qui est de fournir aux producteurs une monnaie saine, est opposée à toute nouvelle inflation. Et, comme c'est elle qui fabrique des billets de banque, son opposition est décisive.

On essaie donc de faire fléchir sa volonté, en lui faisant comprendre que, si elle ne donne pas satisfaction aux inflationnistes, on déclenchera contre elle une large campagne tendant à la nationalisation industrialisée et que, au besoin, lorsque l’on tiendra le gouvernement, on fera cette ( nationalisation ». La (nationalisation » faite, le gouvernement serait maître de la fabrication des billets, et la planche à assi-

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gnats fonctionnerait sans arrêt. [l est très douteux que la Banque de France se laisse troubler par des menaces de ce genre. Mais il faut que nous sachions tous que le projet du parti Caillaux est de régner par la planche à assignats.

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