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CONTRE L'INFLATION

Mais notre objet n'est pas de publier un guide pour le spéculateur en changes : c'est de coaliser les efforts contre l'inflation.

Il faut empêcher toute nouvelle inflation.

Je ne veux pas reproduire encore une fois tout ce que nous avons publié sur et contre l'inflation ; mais je voudrais le résumer en une seule image qui me paraît assez saisissante. Si l'on veut bien comprendre les effets des crises engendrées par l'inflation, il faut prendre les bilans d'un certain nombre d'entreprises, de 1914 à 1922, tracer leurs courbes et obtenir

les courbes moyennes. Voici les résultats de l'opération, portant sur des bilans d'affaires saines, à l'exclusion des: bilans d’affaires gonflées pendant la guerre ou demeurant encore aujourd hui en état de crise aiguë.

Voici mon tableau :

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Ce tableau, dressé d'après un trop petit nombre d'affaires, ne vaut qu'à titre d'indication. Mais il fournit une indication très proche de la vérité, ce dont pourra s'assurer le lecteur ayant en mains quelques bilans. La leçon qui s'en dégage est très claire :

Sous une prospérité apparente, avec des résultats apparemment bénéficiaires, les entreprises se sont appauvries. Sr le tableau ci-dessus était traduit en valeur-or, on se rendrait compte que les bénéfices apparents de la période 1918-1920 ont été fournis par les capitaux eux-mêmes : Les entreprises ont perdu, fin 1918 et en 1919, la valeur de la moitié de leurs créances, sans en être informées par leurs comptabilités ; les capitaux nouveaux sont venus compenser ces pertes, c'est-à-dire qu ils sont venus rendre aux entreprises la partie de pouvoir d'achat perdue par la diminution du pouvoir d'achat des créances. Toutes les opérations, comptabilisées sans que l'on distingue entre le franc de 1914 et le franc de

1919, ont fait apparaître des bénéfices alors qu'il y avait appauvrissement.

Étant donné que, sauf extension considérable de ses affaires, une entreprise doit trouver, dans les résultats d'un exercice, le pouvoir d'achat nécessaire à la campagne suivante, les entreprises peuvent considérer qu elles ont effectivement perdu le montant des capitaux appelés de 1918 à 1921 et, en plus, les crédits qu'elles ont demandés aux banques, déduction faite des sommes affectées à la constitution des stocks excessifs faits en 1919-1920, pendant la période dite de hausse.

La période d'inflation a donc été ruineuse pour la production française, et il faut tout faire pour en éviter le renouvellement.

C'est à cette vérité que quelques industriels opposent le cas de l'Allemagne « où l'État se ruine pendant que les

particuliers s'enrichissent » ; les événements actuels confirment les prévisions que nous avons faites depuis deux ans: à savoir que l'aventure monétaire allemande devait prendre fin par une crise économique et sociale de première grandeur. Cette crise est ouverte. Nous y reviendrons dans une étude spéciale. Mais je ne crois pas que les secousses économiques et sociales qui sont observées en Allemagne donnent aux producteurs le goût de créer en France le même régime. Le spectacle fortifie toutes les raisons contre l'inflation.

Il s'agit de savoir quels moyens nous avons de nous opposer à l'inflation. Je vais en énumérer quelques-uns.

1° Faire campagne contre l'inflation. C'est ce que nous faisons, et nous demandons à tous nos amis et lecteurs de nous appuyer, de répandre les tracts ou brochures où nous publierons la vérité ; de faire répandre, dans les syndicats de producteurs, les rapports et vœux de la Semaine de la Monnaie, de prendre pour base de leur campagne cette vérité, proclamée par la Semaine de la Monnaie :

L'inflation fiduciaire est la forme moderne de l'altération des monnaies.

En résumé, bien mettre dans la tête du public, avec toutes raisons à l'appui, que si l'État veut imposer l'inflation, il se conduira comme un simple faux monnayeur. Il faut créer l'état d'esprit nécessaire pour obliger l'État à se conduire honnêtement.

29 Les producteurs auront à rappeler à leurs syndicats l'engagement qui a été pris en leur nom à la Semaine de la Monnaie, à l'unanimité, par les associations adhérentes qui représentaient l'ensemble de la production française :

Condamne de façon catégorique toute émission de billets pour les besoins de l'État.

Prend acte de la décision des associations adhérentes d'unir

leurs efforts pour s'opposer à tout nouveau recours à l'inflation fiduciaire en vue de couvrir des dépenses publiques.

Il y aura lieu d'appuyer l'action qui sera engagée par le Comité exécutif de la Semaine, chargé de la réalisation des vœux et résolutions.

30 Dans le cas où cette campagne et cette action des associations économiques seraient inefhcaces, il faudra employer d'autres moyens.

Que l’on sache que nous sommes décidés à employer tous les moyens pour épargner au pays une nouvelle crise économique et sociale. Le problème monétaire est commandé par le problème financier : le problème financier par la politique générale. Il faut que le gouvernement français soit mis dans l'obligation de prendre les mesures extérieures et intérieures qui conduisent à l'assainissement. Il faut lui fermer la voie dangereuse, mais facile au début, de l'inflation, qui n'est pas une solution.

Mais supposons que tous nos efforts soient impuissants, que le gouvernement, n osant pas prendre les mesures utiles, se laisse acculer à l'inflation.

Dans ce cas, il faut que les citoyens s'organisent pour annuler entre eux les effets de l'inflation. I] faut nous préparer à sortir carrément de la fiction monétaire créée par le cours forcé. On a cru pendant deux ans que c'était impossible. C'est parfaitement possible. Il y a des moyens pratiques d'annuler, entre citoyens, les effets de l'inflation. Nous les publierons, car leur seule publication est aussi un moyen de lutter préventivement contre l'inflation.

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