I.LS ANKSTlir.SIKS
somciit qu'un morceau di- vci ri' lui lit une itidloiMli' cMlallIc à la lace inférieure ilii poioiict droit, juste au-dessous de réniincnce tliénar. On airèla riiénionagie e| la plaie se cicatrisait tant bien (|ue uial, (|uand la jeune fille, peu de jours api-ès l'accident, se présentait :i la eonsidlation. Mlle éj)rouvait un certain enrr(,urdissenient dans la niaiii <li(iile, mais la paiaKsie n était pas manifeste. I^lle se plaioiiait surtout dune insensibilité persistante et des plus nênantes si(''fr(>anl à la paume de la main : cette aneslli(''sie huhie aux cloiots était en ellet complète au niveau de l'éminence tliénar. Il salissait évidemment d une section plus ou moins complète du médian et surtout de ses filets superficiels. Mais en prenant 1 observation de la malade, on fit une singulière dé'couverte : c'était une livstérifjue et elle avait sur tout le cAté gauclie, du Iiaut en bas, une anesthésie complète dont elle n'avait pas dit un mot. Le médecin se moqua d'elle et lui dit : « Comment, Mademoiselle, venez-vous gémir pour une insensibilité (pii occupe une toute petite région de la paume de votre main droite, tandis que vous ne vous apercevez môme pas que vous ne sentez absolument rien sur le côté gauche? » I^a pauvre fille fut interloquée et très honteuse ; à mon avis elle aurait pu répondre avec plus d'assurance et dire au médecin : « Que voulez-vous ? Je constate ce (pie j'éprouve ; mon insensibilité de la paume de la main droite me gêne et mon insensibilité de tout le côté gauche ne^ m'a jamais gênée. Quanta vous, médecin, explicpiez cela comme vous pourrez. »
La même remarque peut se faire, je crois, pour tous les sens, même pour le sens visuel. Il est une maladie bien connue des"*" oculistes, la rétinite pigmentaire, (jui consiste en une sclérose de la rétine, |)rogressive et marchant de la périphérie vers le centre. Xatuieliement une lésion pareille produit un rétrécissement progressif et concentrique du champ visuel. Mais ces malades sont extrêmement malheureux ; ils arrivent à peine à se conduire dans la rue et font de perpétuels eflbrts pour remuer dans tous les sens leur œil dont le champ visuel est rétréci. Estce que les hvstériques ont des soull'rances ? Compensent-elles leur rétrécissement par des convulsions du globe oculaire? Au contraire, j ai vu souvent des jeunes filles avant aux deux yeux le champ visuel réduit à 5° c'est-à-dire tout à lait j)unctilorme, jouer au ballon dans la cour comme des personnes normales. Klles suivent un ballon dans l'air et le rattiapjx'nl au \u\. tandis qu'un
aO LES STir.MATKS MliMAlV
malade atteint ih' létinite j)icrineiitaire a peine à se guider dans la rue avec un rétrécissement de i')".
L'anesthésie hystérique a donc, dans toutes ses formes, des caractères qui lui sont propres. Dans sa répartition systématisée ou localisée, elle dépend des idées du sujet beaucoup plus (|,ue de la construction anatomique des organes. Même lors{|u elle est générale, elle nu>ditie très peu et le plus souvent aucunement le fonctionnement physiologique des membres. Elle est absolument indill'érente au malade qui l'ignore même, avant qu'on ne la lui ait signalée. Déjà maintenant cette insensibilité nous semble bien distincte des anesthésies de cause organique.
§ 2. — Le problème de l'.\>"Estuésie.
Aussitôt que l'anesthésie hystérique fut bien constatée et que son importance lut reconnue, surtout depuis les leçons de M. Charcot, on s'occupa de tous côtés d'analyser ses caractères et de déterminer sa nature. Les observateurs rencontrèrent rapidement de très grandes ditlîcultés et s'aperçurent (jue l'anesthésie hystérique, si nette au premier abord semblait se transformer, et se dérober dès qu'on voulait l'étudier avec précision. Lasègue, qui avait entrevu la nature véritable de ce phénomène, insisté à plusieurs reprises pour montrer combien cette insensibilité est singulière ; il veut qu'on la sépare nettement des insensibilités dues à des lésions nerveuses et il va jusqu'à en faire une sorte d'aliénation mentale. « J'inclinerais volontiers à croire, dit-il, que l'hystérique est, sous une autre forme et à un autre degré, dans une condition mentale analogue (à celle du paralytique général) qui explique également son indifTérence '. » Examinons les faits qui vont nous amener peu à peu à une opinion du môme genre.
Ordlnaii-ement une anesthésie est due à une lésion plus ou moins grave du système nerveux; il en résulte cju elle est le plus souvent définitive, ou, en tous cas, ne disparait que très lentement il mesure que s'effectue la réparation des organes. Or il n'en est pas ainsi de l'anesthésie hystérique dont un des premiers caractères est la mobilité.
I. Lasèfnif;, Anosltiésifi et ataxie fiystériques, Archives générales de médecine, i8G4. FJtudes médicales, i884, II, p. 3a.
LES ANESTHflSIES H
Mobilité des anesthésies. — Ccrtainomont f|iiplqiies malades gardent leurs stigmates toute leur vie : « Auiéi... est encore hémianesthésique h 70 ans; Ler... a gardé une liéniianesthésie et un rétrécissement du ejiamp visuel pendant .'jo ans'. » Nous aurons à tenir oonijjte de ces cas; mais, le plus souvent et peutêtre même chez ces malades, sans cju'on l'ait observé, l'anesthésie se modifie et disparait tout d'un coup pendant des j)ériodes plus ou moins longues". « Elle varie d'un instant ii l'autre, dit M. Feré, sous l'inlluence de causes tellement légères qu'elles peuvent passer inajierçues'. » Quoique raj)id<'s. f|u«'l(|ues-uns de ces changements peuvent cependant être étudiés et on peut noter au moins (juelques-unes des ciiconstances dans lesquelles ils s'ellectuent le plus souvent.
1" Les attaques modilient considérahlenicnt la répaititiou de la sensibilité. Beaucoup d'auteurs ont constaté que les anesthésies augmentent souvent dans les moments qui précèdent l'attaque •; par exem|»le. Marguerite, qui d'ordinaire est hémianesthésique droite, champ visuel à droite 60", à gauche 80", devient, pendiint les heures qui précèdent l'attaque, anesthésique totale, champ visuel à droite et à gauche 20". Je signale un cas beaucoup plus rare, c'est le phénomène inverse : Célestine, ordinairement anesthésique totale, champ visuel 10" des deux côtés, retrouve quelquefois pendant une sorte d'excitation qui dure une demi-heure avant l'attaque, la sensibilité complète.
Pendant l'attaque elle-même, quand on peut obtenir quelques signes intelligents (nous verrons que c'est en général possible), la sensibilité se modifie; souvent, comme cela arrive chez Berthe, elle se rétablit complètement. Après 1 attaque, beaucoup de malades, comme Marguerite, reviennent à leur état habituel; d'autres ont pendant quelque temps des anesthésies plus étendues qu'à l'ordinaire. Berthe, d'ordinaire hémianesthésique gauche, champ visuel â" des deux côtés, reste, après l'attaque, anesthésique totale et quelquefois complètement aveugle pendant plusieurs heures.