‹ L'état mental des hystériquesChapitre 123 sur 290 · Féré, Pathologie des émotions, i8<|2. p[>. ^9 ft i'|.î · texte numérisé non relu

Féré, Pathologie des émotions, i8<|2. p[>. ^9 ft i'|.î

sa're ; juste lu veille de la eéré/nonie, elle ii une par;ilyslo fl;is(jue du bras gauche'. Une autre rêve une nuit qu'elle est j)Oursuivie par des hommes sur la place de l'Odéon, elle n'échappe que par une course précipitée et se réveille épuisée ; le lendemain on s'aperçoit qu'elle marche dillicilement. Le rêve se reproduit toutes les nuits pendant une quinzaine, il apparaît môme dans la journée, et peu ii peu Irs deux jambes se |)aralyst'iit complètement. « Ici la laiblcsse du mouvement est réellement {)roduite par linlluence jj,raduelle de la fatigue due \\ ré|)iiisement des centres moteurs pai' suite dune lapide succession de décharges inutiles pour produire des mouvements-. »

Celte hvpolhèse de l'épuisement complet et réel des centres du membre paralvsé, car ce n'est qu'une hypothèse, peut être utile et juste dans certains cas, nous crevons cependant qu'il ne faudrait pas la généraliser trop, ni la considérer comme une explication complète des faits. Ce (|ui est caractéristique dans la paralysie hvstéricjue ce n'est pas 1 engourdissement et la fatigue qui succèdent à un traumatisme ou même ii un rêve, car ce phénomène existe chez tous les hommes, il est seulement un peu exagéré chez Ihvstérique à cause de sa faiblesse générale qui est indiscutable. Ce qui est caractéristique, c'est que cet engoui;dissenient ne disparait pas en peu de temps par le repos, comme cela devrait avoir lieu même chez les êtres les plus alVaiblis, c est qu'il augmente, se tiansforme en paralysie complète et dure pendant des mois et des années. Qu'un centre ait été épuisé, soit; mais pourquoi reste-t-il épuisé pendant un an? Qu'est-ce qui empêche la réparati(»n et entretient cet épuisement perpétuel? En deuxième lieu, si les hystériques sont si facilement épuisables, on s'étonne qu'elles ne soient pas constamment paralysées ! Voilà des centres moteurs qui s'épuisent définitivement pour plusieurs mois par un rêve de course, pourijuoi les centres voisins ne s épuisent-ils pas par les convulsions quehiuelois terribles qui ont lieu chez ces mêmes malades? Isabelle a les deux jambes paralysées il la suite d'une chute légère, cette chute a donc sulli à épuiser les centres moteurs de ses jaml)es, mais la voici qui a des attaques dans lesquelles elle remue les bras de tous cùtés et se donne des coups très violents ; quand elle se réveille de son at-

I. Féré, Patholoijie ties émotions, p. i43. a. Féré, op. cit , p. i5a.

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taque, rll»' a los bias très latigués el non paralvsés. lN)nr([n()i lépulsenuMit se porle-t-il sur tel organe et survient-il à propos de tel événement, quand il ne survient pas à propos de tel autre beauei»up plus grave? Une jeune lille (|ui apprend le piano a maintes oeeasions de latiguer sa main gauehe, pourquoi donc la fatigue prend-elle la lornie de paralvsic à ce moment et juste au moment d'une cérémonie?

Tous les rêves de mouvement ne produisent pas des paralysies, Justine rêve qu'elle déménage son mobilier et se réveille avec des douleurs, des hyperalgies intoléraI)les aux deux bras; elle rêve qu'elle étudie son piano et se réveille avec une contracture svstématique de la main dans la position du pianiste qui fait une octave. Pourquoi le rêve de mouvement produirait-il l'épuisement dans un cas et non dans l'autre?

Enfin ce qui nous parait essentiel dans les accidents hystériques, c'est la persistance du rêve. Ce rêve n'existe pas seulement dans quelques cas particuliers où un songe a été le point de départ des accidents, il existe toujours le jour comme la nuit, que le sujet s'en rende compte ou qu'il l'ignore. C'est là le vrai accident hvstérique et il n est pas expliqué par l'épuisement accidentel d'un centre moteur.

Nous ne croyons donc pas que la conception de l'épuisement local d'un centre rende compte complètement de ces phénomènes. Mais prenons maintenant la question d'une manière plus générale : peut-on dire que, dans les paralysies hystériques, il existe constamment un épuisement complet des centres moteurs et que les images motrices ne puissent plus aucunement exister?

Un grand nombre de faits nous inclinent à repousser cette dernière supposition. On sait que les paralvsies en apparence les plus graves peuvent guérir subitement, à la suite d'une émotion, par un remède insignifiant ou par une suggestion. Je voudrais insister sur un caractère du même genre, observé déjà par plusieurs auteurs, et qui montre mieux encore la mobilité de ces paralysies. A de certains moments, dans des états particuliers^ elles disparaissent complètement, non pas qu'elles soient guéries, car elles réapparaissent l'instant suivant, mais parce qu'une modification très légère du système nerveux a suiW pour les supprimer momentanément. Un homme Sm..., est complètement paraplégique depuis plusieurs mois, il faut l'apporter en brancard dans le cabinet de M. Charcot. Là une violente attaque d'hysté-

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r'e se développe, il se traîne sur le sol, puis peu à peu, en proie ù un rêve, il se relève, ouvre la porte et se sruve à toutes jambes au travers de la Salpêtrière. Un jour, dans une de ses attaques, il a rrrimpé avec une atli^'ssc rnt'iveilleuse ap!i - une gouttière et s'est sauvé sur un toit; f[U(^ l'altarjuc soit terminée et il retombe complètement j)araplégi(jue. (^e que ratla([ue et le somnamhulismf produisent ici. le sommeil le produit sur d'aulrrs. Rose, paraplégifjue pendant la veille, remuait si bien ses jambes pendant le sommeil qu elle est tonibée une nuit en dehors de son lit. M. V. Kicher' rapporte une observation de M. (Vouguenheim des plus intt'n^ssantes. à notre pctint de vue : dans un cas de paralvsie coin[)lète des muscles du larvnx, le malade devenait la nuit capable d'f^xprimer ses rêves à haute voix. M. Paul Hicher rapporte lui-même un cas semblable. Il décrit une malade atteinte de paraplégie comj)lète du bras et du poignet. « Pendant la nuit, la paralvsic disparaissait, le malade remuait son membre qui prenait des positions variées. » \u réveil même, le mouvement du membre persistait jusqu'à ce que l'attention de la malade fût nettement attirée sur lui; alors il disparaissait".

Ce phénomène va être encore plus net si nous examinons ce qui se passe pendant les somnambulismes provoqués. Un magnétiseur célèbre, Despine (d'Aix). donne la description d'une hvstérique, Estelle, absolument paraplégique; il fallait pendant la veille la traîner dans une petite voiture. Mais une fois mise en somnambulisme, elle courait et sautait. « Estelle devint même, en somnambulisme, l'un de nos meilleurs nageurs, se plaisant à donner des leçons aux jeunes personnes avec qui elle se trouvait quelquefois au bain ; elle plongeait, faisait la planche, et tous les autres tours de force de ce genre d'exercice — » Réveillée, elle était impotente comme devant '.

.l'ai moi-même décrit un iait exactement semblable observé sur une malade. Rose, paraplégique depuis trois mois. M. Pitres en décrit un autre exemple de la même manière*. Enfin je viens d'en revoir un exemple nouveau. Leq... est une femme hystérique, enceinte de six mois, elle présente des svmptc^mes d avortement.

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