‹ L'état mental des hystériquesChapitre 142 sur 290 · I. Stigmates inenlaiix. p · texte numérisé non relu

I. Stigmates inenlaiix. p

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personnos présentes, et c'est absoliiiiieiit tout ce qu Clle priil nous apprendre.

Dans d autres circonstances, Maria s'arrête au milieu dune conversation, en « fixant » un lit ou une chaise. Quand on assiste au début, on peut la réveiller j)ar une l'oite iniprt'ssion sensitive, le jet d'un siphon à la ligure, par exemple ; si on laisse ratta(|ue se développer pendant quelques minutes, on ne peut plus en tirer la malade, qui ne se réveille spontanément qu'au bout d'une heure ou deux. Tel est le phénomène sous son aspect «.général, nous ne parlons pas ici des variantes de détail qu'il peut présenter.

Nos études précédentes nous ont appris qu'il ne faut pas s'en tenir ii l'examen de cette forme extérieure du phénomène et que l'on peut, par divers procédés, pénétrer davanta<i,e dans la conscience du sujet. (( Cette étude du nua«>e, disais-je en parlant de Marcelle, a présenté de grandes ditlicultés, car pendant la crise elle ne répond pas et après la crise elle semble avoir tout oublié. Cependant peu à peu j'ai pu recueillir quelques renseignements par diverses méthodes : i" dans certains accès très légers et tiansitoires, je suis ariivé à obtenir d'elle quelques mots et quehjues signes. 2" A la fin de 1 accès dans cette période de transition caractérisée souvent par des pleurs, elle a assez de souvenirs pour donner quelques indications qu'elle oul)lie l'instant suivant. 3" En l'endormant assez profondément, on parvient à reproduire des états analogues au nuage par plusieurs caractères, mais dans lesquels elle reste en rapport avec moi et peut me ré[)ondre. 4" Enfin l'écriture automatique qui, ainsi que nous l'avons dit, existe chez ce sujet, nous a fourni dillérents renseignements que par aucun procédé nous ne pouvions obtenir oralement'. »

pour les autres malades, et en particulier pour Maria, nous n'avons pu employer que les deux derniers procédés qui sont les plus pratiques. Le somnambulisme, comme on sait, ramène le souvenir de certaines attaques et chez cette malade, ce retour de la mémoire était fort régulier, l'écriture automatique obtenue pendant la veille par le procédé de la distraction permettait également d'obtenir une manifestation de ces phénomènes subconscients.

Qu'avons-nous appris par ces procédés? Que les attaques de

r. Un cas d'abouiio et d'idées fixes. Revue phllosopJiique, 1891, I, p. ^72.

co genr(* sont dos sortes do « crisos d'idées », si I <»m peut ainsi dire. Les malades ne sont pas sans conscience, elles ne restent pas sans piMisée; au contraire, elles sont absorbées [)ar une pensée obsédante (pii n-inplil leur petit clianip de conscience. Leur insensibilité appaientc est une aneslhésie |»ar distraction i]i\r aux idées qui encombrent leur faible pensée.

Les idées qui apparaissent ainsi pendant l'attaqne sont des plus variées, mais (dles ont quelques caractères communs qu il faut signaler tout d'abord. Elles se présentent presque toujours sous la forme d'images extrêmement vives ou complexes qui ne sont contredites par rien et qui donnent ;i la malade lillusion complète de la réalité.

Passons en revue ([iicl{|ues-unes de ces ballucinations en commençant par les moins fréquentes. Marcelle n'a jamais eu, je crois, d'hallucinations du goût, de l'odorat, oli du tact. Elle a quelquefois des hallucinations de l'ouïe et me dit entendre des bruits, de la musif|ue. Quelquefois elle sursaute, tourne la tête de côté et parait écouter; c'est (ju'elle s'entend appeler dans le lointain, mais cela est rare et n'arrive que dans les très grandes attaques.

Beaucoup plus souvent, elle a des hallucinations visuelles : elle voit des bêtes noires s'agiter devant elle; elle croit son lit couvert de souris qui veulent lui ronger le poignet. Elle voit de côté des gens qui la poursuivent, qui veulent la tuer; ils ont des figures horribles et elle a une grande peur sans pouvoir cependant bouger. Pendant plusieurs mois elle a eu une crise d'hallucinations visuelles l)eaiicouj) plus importante et plus caractéristique. 11 V a à peu près six mois, pendant une courte sortie qu'elle fit hors de l'hôjiital, elle avait assisté à une scène très pénible qui avait fait sur elle la plus vive impression. Nous ne pouvons, par discrétion, décrire cette scène en détail. Depuis cet événement, Marcelle vovait dans toutes ses crises de nuage la scène se reproduire exactement ; le même décor, les mêmes personnages, les mêmes attitudes, tout se répétaitexactement et cette pauvre malade restait des journées entières absorbée dans cette contemplation pénible.

Parmi les autres malades, Maria a également nombre d'hallucinations visuelles pendant ses attaques; c'est en particulier une hallucination de ce genre qui remplissait l'attaque commencée à la chapelle et que j'ai décrite. Voici comment elle raconte ce qui s'est passé quand elle est en somnambidisme : « Tout cela est arrivé,

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ilit-elle, à oaiiso do cv honlioinint', im piuivrc lualndr iiiliniu' et laid qui était ilans la chaj)olle à ma oaurho. iv ine suis mise Ji le regardor. on me disant (|ue j'avais déjà vu ccWo allVouse tôle quelque part. J ai vu alors devant moi 1(^ cadavre (|ue j avais recfardé si lonotcnips à la Moiuue, c'ctail la inrme aiî'reuse ti'^te, boursoullée, violette et \erte, je la vovais dînant moi et je ne pouvais m'empèeher de la regarder. » Dans d'autres cas elle croil étie dans une pharmacie et sent léllier.

Cependant idiez pres([ue toutes les malades et chez Marcelle en particulier, ces hallucinations visuelles ne forment qu'une petite partie des phénomènes remplissant l'esprit pendant l'attaque, telles cèdent oïdinairement la place à une autre catégorie dimages beaucoup plus fréquentes et plus importantes. Ce sont les images verbales, les images du langage, et la crise est remplie par un long bavardage intérieur. Ces images verbales pourraient être des images auditives et je ne vois pas de raisons pour nier l'existence des hallucinations auditives spontanées chez l'hystérique, je lésai même constatées à plusieurs reprises. Pendant ces attaques, Marcelle entendait qu'on rapj)elait et même se levait quelquefois pour répondre; Maria entendait et reconnaissait la voix de son mari. Mais il faut constater que ces hallucinations auditives sont rares; le j)lus souvent ces hallucinations verbales sont la reproduction des sensations kinesthésiques que l'on éj)rouve quand on parle soi-même. C'est un simj)le langage intérieur qui répète d'une façon monotone quekpies idées toujours les mêmes.

Marcelle prétend en effet que, pendant le nuage, on lui dit une foule de choses, (ju'elle a la tête pleine d'idées. Elle exagère un peu; il nous a semblé que ces discours intérieurs si fréquents étaient peu variés et se répétaient rigoureusement les uns les autres comme les délires d'une crise d'hystérie. Nous constatons d'abord dans ces discours des idées de persécution assez importantes chez ce genre de malades. Marcelle se répète en elle-même que sa mère lui veut du mal, (|ue ses frères la détestent, que tout le monde lui veut du mal, ou bien que tout le monde la luit comme la peste, quf tout le monde a peur d'elle, etc. Ces idées très monotones Tie varient que par la personne désignée. Ainsi, à son entrée à l'hôpital, elle fut très émue quand elle vit M. Falret, qui n'a pas cependant l'air bien méchant et, dans tous ses nuages, elle se répétait : « M. Faliet, encore un qui m'en veut, encore un qui m'en veut ». Ces idées de persécution se déve-

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loppeiit, mais très lentement, au bout do quel(|U('S mois; elle se disait dans ses crises : « Ma mère n'est pas ma mère, mes frères ne sont pas mes frères, je ne suis pas de leur famille..., ils m'ont enfermée pour me dépouiller ». Nous n'avons pas à insister ici sur le caractère de ces iilées de persécution, ii montrer qu'elles ne se présentent pas de la même manière que chez les véiitablcs persécutés; nous aurons à revenir sui' ce sujet en parlant des délires hysléri(jues. Kemar([uons seulement «pie de telles idées, analogues à celles qui ont été signalées dans l'aura de l'attaque émotive de Berthe, sont très fré(|uentcs dans ces rêveries et qu'elles existaient plus ou m()ins fréquemment chez presque toutes les malades. Maria passait ainsi des heures à s'indigner contre une autre malade ou contre son mari, à roulerdes ()ropos de vengeance et de suicide. A côté de ces idées de persécution, nous remar(|uons surtout chez Marcelle d'autres idées ayant une importance fort grande. Ce sont des sortes de commandements ou de défenses simples et rapides qui se répètent avec ténacité dans son esprit. Les plus importantes chez elle sont les suivantes : « Tu dois mourir..., il faut mourir le plus tôt possible », ou bien : « Ne mange pas, tu n'as pas besoin de manger... Ne parle pas, tu n'as pas de voix, tu es paralvsée..., etc. » Commandements néfastes (ju'elle ne répète avec netteté que pendant les crises de nuage, mais qui ont sur le reste de la vie une très grande influence. Chez des malades impulsives comme Maria, poursuivie par l'idée de boire de l'éther, on devine que des commandements de ce genre avaient très souvent rapport à l'impulsion dominante.

Mais chez plusieurs malades nous constatons un aulie bavardage bien plus curieux. Maria s'est « fixée » en regardant un lit; après l'avoir mise en somnamljulisme, je lui demande ii (juoi elle pensait. « Cela m'est arrivé, dit-elle, parce que j ai regardé dans le sommier du lit un ressort à boudin. Comme c'est drôle un ressort à boudin, comment cela peut-il être fait? Ils sont bien malins les ouvriers qui font des ressorts à boudin, jamais ma pauvre tête ne pourrait en faire autant... » Ou bien elle s'est 'fixée sur une chaise, un bec de gaz, un pot d'étain : « Dire qu'il y a des gens capables de faire un pot d'étain, comment peuventils s'y prendre? » Les interrogations sur les objets pendant les extases sont très Iréquentes chez Maria, elles remontent à l'enfance : déjà, à 1 âge de douze ans, elle restait fixe en regardant

un arbre; sa mère lui donnait des gifles pour la ranienei- à la réalité, mais ne pouvait pas obtenir d'elle qu'elle racontât son lève, il était toujours oublié. Aujourd'hui, mise en somnambulisme, elle se souvient (|u elle rêvait ainsi. « Rsl-ce dii^le cpie ilu buis soit si vert! comment le cerisier lait-il pour être si haut? » Après avoir étudié une malade de ce genre, nous n'avons pas été surpris de voir Berthe s'interroger pendant ses alta(|ues sui" un tuvau de cheminée, sur du fil, sur un chapeau, aussi bien que sur les grands problèmes philosophiques « qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que vivre? » ou d'apprendre que Justine debout, au milieu de sa chambre, les yeux fixes, méditait pendant des heures sur l'orthographe d'un mot. Nous avons déjà vu comment l'insuffisance de l'attention empêchait l'hystérique de peicevoir nettement les choses, et donnait naissance ;i des étonnements et à des interrogations, nous voyons maintenant que ces interrogations peuvent remplir complètement le petit champ de la conscience, empêcher toute autre perception et tout autre souvenir et constituer en somme l'attaque d idées.

Grâce au somnambulisme nous avons pu retrouver les idées qui remplissaient l'esprit, et voir combien elles sont simples et peu nombreuses. Quelques hallucinations, surtout visuelles, reproduisant un événement qui a frappé l'esprit des malades, quelques idées de persécution et de suicide et surtout des bavardages, des interrogations interminables à propos d'objets mal perçus, voilà tout ce qui remplit l'esprit pendant ces attaques. Briquet parlait des « pensées sérieuses' » qui provoquent l'extase, c'est qu'il n'avait peut-être pas pu déterminer la nature de ces pensées; je crains bien que beaucoup d'extatiques ])armi les plus révérées n'aient jamais eu en tête autre chose que les interrogations monotones de Marcelle ou de Maria.

Il nous reste à signaler en peu de mots les principales variétés de ce genre d'attaques; on peut les classer, croyons-nous, d'après la nature des manifestations extérieures qui expriment ces idées fixes. Les malades précédentes forment un premier groupe, elles ne manifestent aucunement leurs idées à l'extérieur, elles semblent endormies. Les unes sont complètement flasques, les autres présentent un certain degré de raideur et reprennent avec une sorte d'entêtement leur position primitive quand on a essayé de la

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