‹ L'état mental des hystériquesChapitre 143 sur 290 · I. Briquet, op. cit., p. i^io · texte numérisé non relu

I. Briquet, op. cit., p. i^io

nioflifior : de telles attaques oui été souvent déerites scuis le ihiih de soinineils hystériques.

Daus uu second «4inu[tt', rmus placerons les malades fort curieuses (jul ex|)rlmcnl en partie leur révc par leur attitude. M. Paul Klcher a soigneusement décrit, et même dessiné ces attaques pendant lesquelles les malades tiennent les mains en prière, ou les bras en croix', et représentent par leur expression ridée qui les agite. Les extatiques cjui prenaient la pose de llmmaculée Conception, où les attitudes représentées dans un chemin de la croix, ou hien (jul jouaient eomplètement la scène de la mort du (Christ a|»partlennent à cette catégorie". Il s'agit là, comme on le comprend, de rêves assez nets, constitués le plus souvent par des images kinesthésiques et capables de déterminer les mouvements correspondants; le fait principal reste toujours la reproduction .du rêve dans un état psychologique particulier.

Kniin, dans une troisième catégorie nous rangerons les malades qui « parlent leur rêve au lieu de le jouer », suivant l'expression de M. Paul Richer, c est-à-dlre qui ont des Images verbales kinesthésl(jues assez nettes pour s'objectiver et produire une véritable voix plus ou moins haute qui révèle à l'extérieur la pensée des malades. Le cas le plus curieux est celui de Joséphine L...; à tout moment dans la journée elle ferme les veux, reste immobile et insensible à toute excitation, elle se met à bavarder tout haut à la fols sur ses projets de mariage et de suicide, et sur les événements survenus dans la salle. « Ces médecins, quels cochons! ils ont encore emporté une pauvre femme pour la couper en morceaux... couillons, va, idiots.., si jamais je vous obéis, si je prends encore vos sales médicaments... Je vais me marier, j'aurai de beaux habits... non, j'aime mieux mourir., je ferai mon testament, X... mon petit ami aura des millions et Y... (l'interne de la salle), cette tête d'écureuil, ce cochon, il n'aura qu une tournure de six sous... » Elle continuait ainsi sans qu il fût jamais possible d'entrer en relation avec elle, et elle se réveillait toute seule sans aucun souvenir de ce qu'elle avait dit.

Les délires hystériques de ce genre peuvent se compliquer encore ; les malades au milieu d'hallucinations de toute espèce, surtout d'hallucinations visuelles, brillantes, mobiles, analogues

I. Paul Riclier, La (jrande Jiyslérie. p. l(3. a. Automatisme psyclwlogii^ue. p. 53.

IttC ACCIDENTS MENTAl \ OES HYS ri.KUJUES

à celles des alcooliques, coutimuMonl un grand rêve compliqué quelles ex{)rinient par des attitudes, des paroles, des actes de toute esjièce. On peut consiilérer à e«' point de vue l'attaque de Justine conune parfaite, elle nous montre u le dévelop|)ement complet de tontes les images (pii peuvent entrer dans une idée. » Justine est obsédée par l'idée li\e du choléra ; comment cette idée se présente-t-elle à son esprit pendant l'attaque ? La malade voit devant elle, d'abord dune manière vague, puis très nettement deux cadavres d'un bleu verdàtre, elle sent une odeur de putrélaction, elle entend des gémissements et des cris, elle sent au dedans irelle-mème, dans l'estomac, une voix (pii lui dit: u Le choléra, tu l'as, tu vas mourir du choléra! » Cette voix s'extériorise bientV)t et la malade ciie: « Choléra, choléra », elle sent le froid qui l'envahit, elle raidit ses jand)es en contracture, vomit ses aliments et même à certains moments ne peut retenir ses sellas. Le tableau n'est-il pas complet ? n'est-ce pas une idée dont tous les éléments se sont développés, ainsi qu'on l'a vu, dans les suggestions les plus parfaites ?

Depuis le premier degré de la rêverie jusqu'aux plus grands délires, les attaques ont présenté le même caraclèie ; ce sont toujours des idées qui ont envahi l'esprit du sujet, jusqu'à supprimer toute antre pensée et toute antre perception.

§ 4- — Attaque complète. Attaque de Chaucot.

Les atta(iues que nous venons de décrire ont été choisies parmi beaucoup d'observations à cause de leur simplicité relative: chacune d'elles était constituée à peu près exclusivement, au point de vue psychologique, soit par des phénomènes émotionnels, soit par des images de mouvement, soit par des rêves. Il est raie qu'il en soit ainis, et le plus souvent les difl'érents genres d'attaques et les divers phénomènes psychologiques se cond)inent les uns avec les autres.

La combinaison la plus sim[)le se rencontre lors(|nc deux attaques de nature dillérente, causées l'une et l'autre par des phénomènes psvchologiques dilTérents et indépendants, se juxtaposent, se succèdent et semblent constituer une même crise. Is... a eu, il v a quelques années, une triste aventure, elle a été violée et a accouché clandestinement. Depuis, comme on le de-

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vinc, t<ml son ('(luilihic mciiliil a rté bouleversé par ce souvenir. Elle a eu des rùves noeturnes cl mrnies diurnes dans les(|uels elle voit l'enler, entend sa mt-re lui faire des reproehes du haut du ciel, |)r<'iid la résolution de mourir, ele. : c rst l'attaque ilextase. Mais dernièrenient elle a été épouvantée en voyant tomber un épileptique et la terreur a provoqué chez elle des sull'ocations, des tremblements, des spasmes convolsifs : c'est la crise émotionnelle. Ces deux crises se sont soudées l'une à l'autre, .\ujourd'hui Is... se sent leii'ifiée et tremble en pensant, malgré elle, au spectacle (ju'elle a vu, puis elle tombe en convulsions. Après quelques niiiuilcs elle reste immobile, les veux clos et parait dormir; en l'examinant bien on voit quelques larmes qui coulent sur ses joues, on constate que ses lèvres remuent et on entend quelques mots, comme « maman, maman... » ; c'est le rêve de remords, comme on peut le constater en endormant la malade, ou simplement en étudiant les idées fixes subconscientes qui persistent après cette attacjue. Voilà donc dans ce cas deux attaques indépendantes. Tune émotionnelle, l'autre extaticjue. (jui se juxtaposent.

Autre exemple: Dum. a été elîravée un soir en vovant un homme couché dans un fossé se dresser brusquement devant elle. Attaque de teneur très simple qui se répète régulièrement ; plus lard elle est frappée en vovant une malade atteinte de chorée bizarre et se met à l'imiter. Son attaque maintenant est double : I" période émotionnelle ; 2" période de chorée rvlhmée dans laquelle elle se redi"6sse, frappe régulièrement le sol du pied droit en donnant des coups de poing en avant.

On comprend que ces combinaisons puissent s'effectuer de bien des manières, une même idée fixe peut, par son développement, engendrer des attaques de différentes formes, suivant les phénomènes psychologiques qu'elle suscite. Pa. est une jeune lille qui rêve à un garçon boucher nommé Alexandre, rien de plus naturel. Mais comme elle n'a pas une grande puissance d'attention, ni un champ de conscience assez large, elle ne peut rêver à Alexandre sans rester les yeux mi-clos dans un état d'immobilité et d'insensibilité absolue ; c'est l'attaque d'extase qui se prolonge pendant une demi-heure. La fin du rêve est mauvaise, Alexandre a jeté son amoureuse à la porte et ce souvenir cruel revient à l'esprit de l'extatique qui gémit, ^e lamente et termine son rêve par quelques convulsions. Gib.. dont l'histoire très intéressante

Janet. — Hystérie. 22

sera étudiée plus complètement à propos du somnambulisme, est devenue malade en apprenant la mort de sa nièce qui s'est jetée par la fenêtre dans un accès de délire; elle a d\ibord eu des extases en rêvant ii Pauline, puis des rêves plus agités, accompagnés de mouvemcnls, dans lesijuols elle cherche à se jeter ellemême par la l'enêtre, des somnambulismes, enlin des attaques de convulsions provoquées certainement par 1 émotion de ce pénible souvenir dans un esprit de plus en plus faible. Enfin ces diflerentes formes d'attaques se sont combinées de manière à former la crise actuelle. En un mot, plusieurs idées fixes ou une seule, par son développement, peuvent donner lieu à des attaques beaucoup plus complexes que celles qui ont été étudiées précédemment.

S il en est ainsi, il peut se faire que chez des hystériques très malades, avant subi toutes sortes d'émotions, toutes les formes de l attaque se réunissent en une seule. Cette crise méritera le nom d'attaque complète, parce qu'elle renfermera à peu près tout ce qu'il est possible d'observer pendant une attaque d'hystérie. Ce sont, si je ne me trompe, des cas de ce genre que M. Charcot et M. Paul Richer ont décrits sous le nom de grande attacjue d'hygtérie'. Ces descriptions i-emarquables, laites autrefois sans aucune préoccupation psychologique, sont extrêmement importantes, même à ce nouveau point de vue. La première phase de la grande attaque, la période épileptoïde nous paraît correspondre, au moins en partie, à l'attaque émotionnelle. L'immixtion de phénomènes d'apparence épileptlque dans la manifestation des émotions violentes ne doit pas surprendre. Des phénomènes de ce genre ont été souvent signalés ; ils appartiennent à cette vaste catégorie de troubles organiques qui accompagnent l'émotion et qui sont loin d'être encore nettement étudiés. La seconde phase, la période de clownisme, avec ses grands mouvements, régulièrement rythmés, rappelle les tics, les contorsions étranges, si fréquentes chez les hystériques qui répètent indéfiniment un mouvement absurde dès qu'elles l'ont commencé. La 3" et la 4* phases, les périodes des attitudes passionnelles et du délire ne sont, comme AL Paul Richer le remarque souvent, (]ue des variétés de l'extase, des rêves joués ou parlés. Nous ne reproduisons

I. Charcoi, Maladies du système nerveux, I, p. ^>')-j cl appcnrlice par M. Paul Riclicr, I, p. /j'jj.

pas ici los exemples décrits par M. Paul Richer, car ils sont connus de tous ; il sulPit de les rappelei- pour montrer (|u'il s'agit d'un mélange, d une juxtaposition des phénomènes (|ue nous avons étudiés à l'état d'isolement.

Cette description de la <>;rande altaf|ue dhvstérie a été l'objet de beaucoup de controverses : on a fait remarquer, ce qui est parfaitement exact, (jue les attacpies d'hystérie se modifient par imitation ou par dressage, et on a prétendu cjue de pareilles attaques ne se développaient pas naturellement, mais étaient dues à une construction artificielle. Il est incontestable, à notre avis, (|u<' dans beaucoup d'hôpitaux et môme à la Salpêtrière, certaines attacjues ont été modifiées par imitation d'après ce modèle. Mais e\iste-t-il des attaques survenues naturellement (jui correspondent à cette description ?^ Beaucoup d'auteurs ont déjà décrit des cas absolument semblables'. Nous demandons la permission de rappeler à ce propos deux de nos observations anciennes : elles n'ont quek|ue intérêt qu'en raison des circonstances dans lesquelles elles ont été prises. Il s'agit de deux malades, habitant une ville de province, le Havre, dont lune au moins n'a jamais été à Paris et n'a jamais mis les pieds dans un hôpital ([uelconque. Leurs attaques se sont développées chez elles, dans leur domicile, sans qu'il y ait eu aucun exemple devant leurs veux. J'ai recueilli les observations à une époque où je n'avais pas encore l'honneur d'être élève de la Salpêtrière et où certainement je n'avais pas la notion exacte des discussions relatives aux attaques d'hystérie.

« La grande crise nerveuse de Rose se développe de cette manière. Après un malaise initial plus ou moins long, elle tombe brusquement évanouie. Les muscles sont flasques, la figure est pâle, aucun geste, ni aucun mouvement ne manifeste la conscience. Très souvent, cette syncope initiale qui se prolonge assez longtemps chez elle, amène des troubles respiratoires profonds et dangereux : la respiration tantôt est rapide et haletante, tantôt s'arrête pendant une minute entière. Ce sont d abord de petites trémulations dans chaque muscle, sans mouvement d'ensemble, puis des mouvements des meriibres, mais complètement incoordonnés... Il me semble que les mouvements, d'abord 'tout à fait isolés et incohérents, deviennent de plus en plus généraux

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