‹ L'état mental des hystériquesChapitre 163 sur 290 · Breucr el l'rcd, np. cit.. p · texte numérisé non relu

Breucr el l'rcd, np. cit.. p

:\vi8 ACCIDENTS MENTAUX lU-S IIYSTI-.RIQUES

^ I. KXACKUATION HT l' V H( U M I- CoMlSION Ml-NTALK.

Tous les stigmates hvstérlfjuos (lépeucleiit (riinc insuirisance psychologique qui se manifeste, comme on la vu, |)ar les troubles lie lattention et de la volonté, par la distraction, l'amnésie continue, etc. 11 est vrai que d'oiilinaire la synthèse mentale est très diminuée, mais non supprimée : le malade perçoit peu, oublie beaucoup, agit mal, mais, dans une certaine mesure, il perçoit, se souvient et agit. Cette faiblesse amène des troubles intellectuels, distractions, doutes, étonnemenls en présence des objets nouveaux, erreurs de mémoii-e, etc., mais elle ne va pas d'ordinaire jusqu'au délire proprement dil.

Celte aboulie peut grandir à certains moments et se manifester par des troubles beaucoup plus accusés de l'intelligence. Pendant les quelques heures qui précèdent l atla(|ue et quelquefois pendant une journée entière, Marguerite devient comme stupide, elle ne fait plus rien, ou marche au hasard, elle répond tout de travers aux questions et même, une fois, elle est restée tout interloquée quand je lui demandais son nom. Elle essave de comprendre et de répondre, n'y parvient pas ; alors elle se fâche, frappe du pied gauche et gesticule : « C'est trop fort, je suis embarrassée pour dire mon nom..., tout s'embrouille..., est-ce que je rêve... (juoi... je n'en sais rien... je pense un tas de choses,

toute ma vie, tout défile ()u est-ce que vous me voulez?

Comme il fait noir dans ma cervelle ! » Ce n'est pas, comme on voit, l'inintelligence complète, mais c'est un trouble de perception bien |)liis loii que son a|)roscxie ordinaire. Nous constatons des phénomènes analogues chez Berthe et chez Renée, avec cette difîérence que, chez cette dernière, cette exagération de l'aboulie se manifeste j)lutùl après les attaques. On constate même chez cette malade des interprétations délirantes de son état qui sont particulièrement curieuses : « C'est stupide, dit-elle, j'ose à peine le dire, il me semble que je suis morte. » Une autre, Mus., qui, dans les mêmes circonstances, est également incapable de comprendre et de répondre, interprète singulièrement son état: « Je suis bête, bonne à rien — .le suis comme une criminelle que l'on va punii' w Nous voici bien près d'un délire.

(Jn sait que les hystériques sont, oi général, fort indifférentes,

elles répètent volontiers des émotions anciennes, mais elles sont incapables de former tles émotions nonvelles en rapport avec la situation présente'. M. SoUier insiste sur cette indillérence chez, les anorexiques qui se nourrissent très insulfisamment. « I/indillérence n'existe plus seulement dans Tordre inlellectiiel, niais dans l'ordre moral ; leurs lamilles s'étonnent souvent de les voir supporter, sans jamais rien manilesler, sans joie et sans douleur, sans lires et sans larmes, les événements }^ais ou |ieMililes (inon leur annonce-. » J'ai vu, dans les mômes circonstances, cette indillérence étonner les malades elles-mêmes. « .1 ai bien changé, disait Lee, je n ai plus la lorce de déteslei' mon mai-i, (»n dirait que toutes les personnes me sont sorties de l'idée..» L'absence d'ém()tion se joint à l'absencede perception pinir constituer un état mental de plus en plus près de l'aliénation.

Ces svniptômes peuvent augmenter encore, sup|)rimer à peu près complètement toute svnthèsc mentale et plongt-r le sujet dans un état de stupeur complète. Cet état a été décrit sous bien des noms, aujourd hui il est surtout connu en France sous le nom de « confusion mentale ». ^L Chaslin a surtout insisté sur la confusion mentale primitive qui se produit ii peu près subitement chez un sujet justjue-là bien portant, au moins en a[)parence^. Celle qui se produit chez les hystériques n'est pas de ce genre, puisiju'elle n'est que l'exagération momentanée dune laiblesse mentale antérieure. Klle a cependant, ii notre avis, à peu près les mêmes caractères. L'observation suivante. rapjK>rtee en résumé, fera connaître mieux qu'une description cet accident.

Déni., âgée de 20 ans, présente des antécédents héréditaires assez nets. Sa mère est une hystérique (]ui a eu des attaques de i5 à 27 ans, son oncle maternel est bizarre et j)eu intelligent, son père est mort de tuberculose pulmonaire à 3o ans. Cette jeune lille elle-même a eu la rougeole dans l'enfance et une fièvre tvphoïdc très grave a i3 ans. Depuis, son intelligence et surtout sa puissance d'attention sont restées très allaiblies ; elle travaille bien, devient même une excellente ouviière dans un atelier de modes, mais ne réussit (juavec une application et une peine énormes. «C'est vrai, disait-elle à sa mère, j arrive a bien

1. Stigmates mentaux des hystériques, i'" édition, p. 3i5; 2« édition p. 177.

Page 1