Sollier, Anorexie. Revue de médecine. 1^91, p. O
?,. TMi. Ciiastin. La confusion mentale primitive. Annales méilico-psycholoffiques, scpl.-oct. 1892.
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faire, mais cM^la me route trop, tu ne te fioure pas ee (|u il me faut soullVir pour laire alteiilioi» et eomjiremlro, ee n'est pas naturel. » Ces exeès île travail la rendent impatiente et peu maitresse d elle-même ; à la suite île etuiliariélés légères, elle eut deux attaques de ehaeune :h) minutes, avec contorsions, trismus, contractures. Plus récemment, quelques émotions, une tentative de séduction la bouleversent, elle rentre chez elle fort agitée, parlant à tort et ii tiavers de messieurs (jui voulaient rcnicvcr et dune expédition (|u elle veut faiie en Angleteire pour diriger un grand magasin. l^>lle ne délire pas complètement, les faits sont vrais, mais elle les complique et les exagère. Après quelques jours d'une agitation semblable, elle a encore, à plusieurs reprises, une attaque de convulsions et de contractures. Le médecin de la famille et M. Gilles de la Tourette diagnostiquent avec netteté des attaques d'hystérie. On la conduit ii la Salpêtrière où nous pouvons l'examiner deux jours après la dernière attaque.
La malade est couchée, immobile, très indifférente i» ce qu'on lui lait ; le visage est étonné, ahuri, plutôt que délirant. En insistant, je puis la décider à se lever et à me suivre ; elle obéit docilement et même bêtement, car elle me suit partout, même {juand je me déplace dans la chand))c. En l'examinant, je ne puis trouver aiiciiii fitii^inale d'iirsléric, mais je constate la plus grande confusion dans les idées et suitout dans les perceptions : « Qu'est-ce qui m'est airivé t dit-elle en réponse à mes questions très répétées, mais je n'en sais rien du tout..., j'étais à l'atelier, je travaillais, pourquoi est-ce que je n'y suis plus?... Où suis-je ici ? quelle est cette chambre t ... je ne comprends pas, j'ai la tête
vide Vous êtes bien Monsieui- h\.-vous êtes bien le frère
d'André, n'est-ce pas ".''... Cette demoiselle (la surveillante), c'est M"* M..., n'est-ce pas? Est-ce que je suis toujours Déni...? Peutêtre. Mais c'est diôle, j<; ne sais plus rien, c'est d'un vide dans ma tète, je ne m'y retrouve plus du tout. » (^est bien l'aprosexie complète, avec défaut de j)ereeption, perceptions fausses, amnésie continue, etc. Le seul lail qui lend cette observation plus curieuse que les autres, c'est que cet étal est resté le môme sans modifications, deux mois et demi.
Pendant cet intervalle, la malade a (ui de Iciups en temps quelques rêves, les uns a\ant un lapport vague aux incidents du début ; elle s'agitait cl eiiait : « (Jn ^a m'emmenci- bien loin... je
LES DÉLIRES :{'.tl
ser;ii iiiic giandc (l;iiiio. jo suis lit lillc :i lîoiihiiiticr. etc. » ; les autres, de ccuileiir niélaïu'olifjiic. iesseiiil)l('iif aux interprétations (les perceptions fausses que nous avons déjà si^»nalées : « Oh ! ccunmc je suis sale... lu j)rends mes mains, tu n'es pas dégoûté. l'uur(|iioi as-tu cet aii' triste .'... je neveux pas rester dans une maison où tout le monde a 1 air triste. » L'nc fois elle a eu une colère bizarre, elle jouait avec un porte-plume qu'(dle avait pris '•t s'est mis en t^\e de l'enloncer dans la main de ceux qui a|>pr(»chaient ; on a eu (|ucl(|ut' peine à le lui cnlcxcr. De temps en temj)s, surtout (juanil elle s'agitait, <dle semblait élouHer et serrait les dents comme au début d'une attaque. Mais tout cela était très exceptionnel, elle restait en réalité tout le teinj)s immobile et très docile, dans un état de stupidité complète. P^lle se portait bien d'ailleurs, mangeait convenablement et n'a pas semblé s'amaigrir ; toutefois il faut remar(|uer que, dans les derniers temps de la maladie, elle mangeait plus et engraissait notablement.
\ ers la fin du troisième mois, elle eut de temps en temps, dans la journée, des moments de lucidité, elle reconnaissait les gens, se rappelait sa vie antérieure, non son délire ni sa j)ériode de stupeur dont le souvenir n'est jamais revenu, elle consentait à travailler et à coudre un peu. Dans ces instants passagers, j'ai remarqué une chose très intéressante, elle était hémidncslhésiqiie du côté i^auclie; cette hémianesthésie disparaissait dans les péliodes de stupeur (je ne parle pas du sens visuel, il a été, malgré mes ell'orts. très dillicile à mesurer chez une pareille malade). Klle a (|uitté l hôpital à demi rétablie. J'ai appris depuis que la stuj)eur a comjdètement disparu, mais que la malade a des crises d hystérie et des idées fixes, en particulier des idées erotiques comnie s'il était resté quehjuc chose de l'incident initial.
Encadrée ainsi entre des symptômes nettement hystériques, cette confusion mentale paraît se rattacher à l'hvstérie. D'ailleurs, elle ne doit pas nous surprendre, elle n'est que le développement d un svm[>tôme j)Svchologique c[ue nous avons rencontré it un degré plus ou moins élevé chez beaucoup d autres malades. Nous siunmes disposé à croire avec M. Charpentier que des phénomènes de ce genre ne sont pas en eux-mêmes bien spécifiques et qu'ils peuvent se rencontrer au cours de beaucoup de maladies mentales'.
I. Cluirpentier. La confusion mentale. Reçue rjénémle Je çUnlqiie et de tliérapeul'iijue. '\ février i8()'2.
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!^ 2. — Exagération des phénomènes automatiques. Le délire maniaque.
Les hystériques rôvent énonncniciil peiulant la iiiiil cl inf'me pendant le jour ; dans les attaques, ilaiis les extases, clans les sonmambulismes, elles jouent ou elles parlent leurs rôves. Mais ces rêves ont ordinairement deux caractères: i" ils ont lieu dans d^s états anormaux ou d une manière; suheonsciente ; ils troublent la pensée normale en diminuant la force disponible de l'attention, mais ils ne se mêleut pas avec elle. 2" Ils roulent d'ordinaire sur un petit nombre de sujets toujours les mêmes. Le rêve peut augmenter dans diverses circonstances, se compliquer à propos de tous les petits incidents et se mêler h la peic(q)tion normale. Le malade, ([ui déjii est incapable par son aboulie de comprendre nettement les choses, va confondre les sensations, les souvenirs et les rêves dans un délire inextricable.
Examinons la gradation de semblables phénomènes, des hystériques qui semblent raisonnables et qui ne sont j)as considérées comme délirantes présentent souvent cette exagération du rêve. Barb., sortie de la Salpétrière, en garde un souvenir très vil, elle rêve de riiôpital la nuit et le jour elle croit recontrer dans la jue des personnes qu elle y a vues et s arrête pour leur dire bonjour. Souvent, dans la soirée, ou dans les heures qui suivent une attaque, Berthe se met à rêver tout haut. Elle reste cependant dans un état de veille et mélange les rêves avec les perceptions Jiormales, elle voit ses parents qui dansent dans la flamme de la lumière, elle leur raconte mille histoires et se met à grim{)er à une colonne pour chercher « un bonhomme (|ui est suspendu en haut ». Quand on cause avec elh; j)endant uti de ces moments on constate une excitation toute particulière. l'^lle remue tout le temps et parle avec volubilité sans interruption. Ses actes et ses paroles paraissent au premier abord absolument désordonnés et incohérents ; ils sont déterminés en réalité par toutes les petites impressions qui frappent ses sens et par les associations d'idées qu'elles déterminent. Aucun effort d'attention pour arrêter une sensation, pour choisir une série d'idées, c'est l'automatisme pur de toutes les images (jui se heurtent et s'interrompent réciproquement. C'est le langage télégraphitjue des
maniaques dont parlent M. F;ilirl cf M. Ma<i;n;iii ' : « < )li ! ce papier rose, je vais faire une roix' à ma poupée, je remportais toujours en voyage, Saiiit-(]loucl ne vaut pas le hord île la mer
Oh ! cette ficelle, laissez-moi lii-ei- la méeaniipie, tiens f|u est-ce (pie vous avez dans ce hocal, c est- ma tante. Dieu (|u'elle est laide... cette dame a l'aii- de revenir de confesse, vous savez je n'v vais jamais,... comme il v a des mouches ici, elles ont de grandes ailes avec des diamants dessus, oh ! Maxime il est vif comme un escargot, regardez donc ses cornes, etc., etc. » (]e bavardage dure des heures ; pendant tout ce temps elle n'est pas précisément sans conscience de ce (|U('ile lait. Mlle iccoiinail bien les gens, elle m'écoute un peu et m'obéit un moment si je lui parle avec sévérité ; elle reconnaît (|u'elle est ridicule et promet de se mieux tenir, mais elle recommence au bout de (piehpies minutes. On peut remaripier un fait assez singulier à propos de cette excitation de Berthe, c'est que cet état plus ou moins fort se prolonge pendant plusieurs jours et (fu'il alterne avec un état tie confusion mentale et de tristesse (pii remplit ensuite une (pjinzaine de jouis. 11 semble (ju'ici chez une hvstéricpie il y ait une ébauche de délire circulaire.
Chez d'autres malades, ce même état est encoie plus accusé ; P..., âgée de 20 ans, avait d'ordinitire des attaques assez courtes, depuis un mois elle n'a pas eu d'attaques ; mais elle est continuellement jour et nuit dans un état d'agitation plus fort encore que celui de Berthe. L'excitation de Gélestine est plus dangereuse, car la malade est continuellement hallucinée, elle entend qu'on l'injurie et voit des hommes et des chevaux qui se battent, qui saignent, elle serre les poings et serait capable de frapper; ce délire ne se prolonge chez elle que peu de temps ; il se termine au bout d'une heure par l'attaque. Merc. a été chloroformisée pour une petite opération, elle s'est réveillée tout étourdie et riant aux éclats. Depuis elle est restée pendant trois semaines dans un état d'excitation, elle ne délire pas précisément, seulement elle rêve tout haut, parle sans cesse, fait mille lolies et ne peut arriver ni à se taire ni à dormii'. DiMail particulier, elle peut comme Berthe être endormie par suggestion même au milieu de son excitation ; ses rêveries automatiques sont également arrêtées par suggestion, elles reprennent cependant leur cours au
I. Magnan. Leçons cliniques sur les inalailies mentaU's. 1870, p. 380.
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bout de «|uelqiu's heuies. RemarijiMiiis ([iic, clic/ les malades |)rt'' cédentes dont Icxcitation j)()uvait encore èhe arri^tée et réi^lée, les stigmates hystériques persistaient ; d'auli-e part le délire était momentané ; il disparaissait comme une attaipie. Il n'en est plus de même si nous arrivons à Téhule d'accidenls plus graves.
On rencontre souvent des délires hvstériques assez permanents elle/ les enlants' : M. Jollv a récemment insisté sur ces petits malades qui commettent mille sottises et sendjlent jouer la comédie devant leurs parents épouvantés-. Beaucouj) d'auteurs, Briquet, Marcé, Morel, .1. Falret, Grasset, Kraft-Ebing, Schule ont constaté que les hystériques même adultes pouvaient avoir des délires à forme maniaque très prolongés et sans rapports précis avec l'attaque. Constatons d'abord les faits avant de chercher a les interpréter. Par., âgée de i~ ans, présente des antécédents héréditaiies très graves : grand nière maternelle hvstérique, grand-oncle maternel aliéné, mèie hvstérique, père hystérique, tante paternelle bizarre obsédée. Dans son enfance, Par. était très gaie et très vive, elle paraissait intelligente mais ne pouvait apprendre que très difficilement. Quand elle fut réglée ii l'âge de i4 ans, elle devint nonchalante et triste, elle semblait préoccupée et devenait de plus en plus incapable de comj)rendre et de retenir ce qu'on lui enseignait. A i(3 ans elle fut prise d'une toux nerveuse qui n'arrêtait ni jour ni nuit et qui avec des rémissions se prolongea plus d'un an. Otte année, à la suite d'une émotion et de petits ennuis, elle lut prise de douleurs d'estomac, de vomissements incoercibles et d'attaques convulsives. De temps en temps elle commençait à déraisonner, elle s'efTravait surtout de la moindre chose, se mettait à trembler et disait qu'on allait lui cou[)er le cou, (|u'il fallait se sauver chez les voisins, etc. Le médecin qui l'a examinée à ce moment a constaté de l'hémianesihésie gauche et a réussi à l'hypnotiser, il pouvait lui faire des suggestions et lui rendre le calme pendant j)lusieurs heures. Cependant les accidents convulsifs ont disparu et le délire s'est développé : on se décide à la conduire à la Salpêtrière.
C'est une petite jeune fille qui au premier abord paraît intelligente et ne semble pas délirer, elle comprend les fpiestions et
I. Gilles fif; la Tourelle, op. cit., p. 5/i5. '2. Jolly, Lcber hystérie bei Kindeni.
rénond assez bien. Nous iir pouvons constater aucun sticmaie
Il O
d'hvstério ol nous n'avons jamais \u che/ elle un élat soninambullque ni un acte Milxonscicnt . (.r (|ui si-nihli; la caractériser, c'est (ju au milieu d actes cl de |)aioles sensées, «die mêle sans cesse des absurdités, des rêves. l'^le ne veut pas nie hiisser retairdcr un de ses bras autour duquel elle a cousu un ruban noir « pour lempécher tl'ètre crucifiée » ; au milii-u d inif plirase elle s'arrête, lernie les yeux et tire la langue, ou bien elle cesse de répondre et répète un mot très vite et indéliniment : « J'ai faim...; j'ai mal au cœur, » ou elle récite une fable. Tout d un coup elle se couche par terre et se déshabille ; (juand (lie est couchée dans son lit, elle sort des draps et se met à gâter au milieu de la couvertuie. Pendant des jouinées entières, elle j)re.nd un tic. elle se suce la lèvre, ou bien met deux doiirts en croix et ne veut j)lus les bouger. Enfin quand on la laisse livrée ii elle-même, elle remue constamment, bavarde intléfiniment en répétant pendant des heures la môme phrase sur un ton emphatique, comme dans la verbigération. « Je suis assurée, je suis assurée contre la vie, contre la mort. » Pour terminer l'observation, nous devons dire que cet état a subsisté sans grande modification pendant près de sept niois ; la malade a paru rétablie momentanément pendant (juclijues mois, mais restait peu intelligente. Un second accès du même genre a amené i rès rapidement un état d'afl'aiblissement intellectuel cjue l'on peut considérer comme avantcoureur de la démence précoce. Cette terminaison fatale est bien d'accord avec l'enseignement de notre excellent maître M. J. Falret qui considère ce genre de délire, décrit le plus souvent sous le nom de délire hystéiique, comme très grave et de pronostic beaucouj) plus sondjre qu'on ne le croit généralement.
Nous remarquons dans l'observation précédente la plupart des caractères que des aliénisles comme ^loreau (de Tours), Falret ont décrits dans la manie des hystériques ; « un délire qui porte sur les actes encore plus que sur les paroles, des impulsions variées, une sorte d'automatisme and:)ulafoire plutôt qu'une agitation incoordoniK-e ' », des actes extravagants cjui send^lenl faits exprès pour attirer 1 attention ; en même temps, une succession rapide de rêveries variées, inspirées par les laits environnants ou rattachées à quelque obsession dominante. Les sujets habituels