‹ L'état mental des hystériquesChapitre 167 sur 290 · Cliarcot, op. cit., lll. p. /»j · texte numérisé non relu

Cliarcot, op. cit., lll. p. /»j

du même genre. Cette mélancolie peut s'ajouter aux doutes et aux amnésies que provoqueraient déjii les idées lixes, mais ici le phénomène provoqué n'est plus un stigmate, il se rapproche des délires.

Le trouble peut «''tre plus grave et modiliei- non seulement les sentiments, mais rintelligence elle-même et toute la conduite. Revenons à ce propos sur certaines modifications du caractère des hystériques qui nous semblent être dues uniquement à l'existence méconnue de quelque idée fixe. J'ai refusé de considérer le mensonge comme un stigmate général de l'esprit des hvstériques. mais je reconnais, dans certains cas, son existence. Voici une observation qui permet, je crois, de comprendre comment il se présente souvent. Une jeune femme Gab..., âgée de -j.o ans et déjà hystérique, s'était laissée entraîner, à la suite de ciiconstances assez particulières, à tromper son amant. Aussitôt après, elle eut de gros remords et résolut de tout faire pour cacher sa faute, ce qui lui fut au début assez facile. Mais il v eut it partir de ce moment deux modifications dans son état mental : d'abord elle perdit un sens sjjécial qu'elle possédait jus(nie-là fort bien et devint complètement frigide, ensuite elle se mil à dissimuler toute sa conduite. De jour en jour elle mentait davantage, d'abord en parlant à son amant, ensuite même en parlant à des étrangers. Toutes les personnes qui la voyaient s'en aperçurent avec stupéfaction, car elles ne lui connaissaient pas ce défaut. Elle mentait continuellcmonl même pour les choses les plus insignifiantes, même à la concierge de sa maison qui la trouvait folle. Un beau jour elle n'y tint plus. Au milieu d'une attaque de cris et de sanglots elle avoua toute l'affaire à son amant ; le pardon fut obtenu et à partir de cet instant Gab... retrouva comme par miracle le sens qu'elle avait perdu et cessa complètement de prononcer le plus petit mensonge. Un autre malade", X..., ment tout le temps depuis qu'elle est mariée, est-ce parce qu'elle est hystérique? Mais elle est hystérique depuis longtemps et ne mentait pas avant son mariage. C'est parce qu elle a cherché et cherche encore à dissimuler la haine qu'elle a poui' son mari, et cette haine vient de ce que celui-ci lui a donné la blennorrhagie le soir de ses noces, voilà la vérité médicale. M. Krall't- Ebing, quand il niait le caractère général de simulation attribué à l'hvstérique, montrait aussi que le penchant au mensonge et dans quelques cas :ni vol dépend de circonstances tout acciden-

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dentelles'. M. Jolly analyse aussi fort bien le mensonge des enfants hystériques; il montre comment se développe une disposition naturelle à I Ciiraïu-e ii roccasion d une laute ou d Un ehàtimciil -'. Le mensonoe des hvst<''ri<jues. (juand il n'est pas un délaut iiulividuel ou une erreur du méderin ', est pour nous un délire systématisé jnoyoqué |»ar une iilée livc'.

Il en est de même pour lérotisme : il se rencontre assez rarement il est vrai, mais il peut être extrêmement dan<^creu\ pour les actes et les dénonciations (|u il inspire aux malades; c'est un délire spécial dont il n'est pas toujours impossible de tioiixcr le point de départ. Chei... ajipartient à une iamille singulièrement prédisposée aux troubles mentaux : |)èi'e bizarre, obsédé, alc(»olique, tante paternelle imbécile, mère hystéricpie. grand'mère maternelle aliénée, deux oncles maternels dipsomanes. Cher... est la dernière de i5 enfants, les 7 premiers morts en bas âge de convulsions, le 8" aliéné, persécuté, le Ç)'" imbécile, le lu'" hystérique, le II*' neurasthénique, le 12" dipsomane, le i3'" dipsomane, le i^" dipsomane, le i5* Cherc. hystérique. Celle-ci a déjà présenté de lô h 20 ans tous les accidents possibles de l'hystérie. Sur un terrain ainsi préparé, le plus léger accident va faire naître une idée fixe qui envahira bien vite toute la conscience. Un jeune homme lui a parlé d'une manière fort convenable, puisqu'il l'a demandée en mariage à son père; c'est assez, la voici préoccupée : « On la touche, on lui fait des pattes d'araig;iée sur le ventre, on lui dit des horreurs et on lui montre devant la figure ce qu'on ne devrait pas lui montrer; après tout, elle est résignée et va prochainement accoucher d'un enfant sale par le derrière et d'un autre par le côté, puis on la guillotinera et rhc)pital où on l'emmène est une prison — » Cette malade a encore ses stigmates hystériques faciles à constater. Chez beaucoup de femmes la moindre préoccupation amoureuse amène un langage et des attitudes impudiques, on le constate souvent chez des jeunes mariées. Chez 1 hystérique la préoccupation grandit en hallucination et en délire.

Parmi ces délires les plus frécpients et ceux qui peuvent avoir

1. KrafTt-Ebing, Bine experitiienlfUc Stiiilir aiif deux liebietf des nypnotisinus. 1893, A.

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