L. Laurent, États seconds, 1892, p
L'HYSTÉRIE Al POINT DE M E l'SVCIKJl.or.inUE 427
brusques ; c'est là sim])leni(Mit r('\|n»'ssion psvch()l(i<ri(nie un peu plus précise de ce que lOii décriviiit d une iminièrc va|j^ue sous le nom 'de faiblesse irritable.
Nous croyons (jue l'on peut aller jdus loin et (|ue les stijrmates, l'anesthésic elle-niùnie, peuvent ôtrc considérés comme une dépendance de ce caractère psychologique. L'anesthésie se comporte comme une ilistratll(tn ; elle est vaiiable, mobile; elle disparait souvent (|uand on |)t'ut provoquer un ed'ort d attention du sujet. Elle n'est ni prolontle ni complète, car elle laisse subsister des sensations élémentaires sous forme de phénomènes subconscients faciles à constater dans bien des cas. On peut produire par les distractions elles-mêmes des insensibilités qui ont tous les caractères des anesthésies hystériques. Quand la répartition de l'anesthésie se modifie, ce qui est très fréquent, on constate des alternances, des équivalences dans les sensations disparues. « I.a sensibilité disait autrefois Cabanis, semble se comportera la manière d un fluide dont la quantité totale est déterminée, et qui, toutes les fois qu'il se jette en plus grande abondance dans un de ses canaux, diminue proportionnellement dans les autres'. » Si vous contraignez le sujet, en attirant son attention, à retrouver la sensibilité du côté gauche, il la perd du côté droit. Obtenez-vous la sensibilité tactile totale, le rétrécissement du champ visuel augmente tellement que le sujet devient momentanément aveugle, ainsi que je 1 ai observé plusieurs fois sans l'avoir piévu. Voulez vous élargir le champ visuel, l'anesthésie tactile augmentera. Ces modifications arrivent souvent d'une manière spontanée et certains sujets semblent avoir le choix entre plusieurs formes d anesthésies équivalentes. Ces alternances n'existent pas seulement pour les anesthésies, mais pour bien d'autres phénomènes, et c'est pt)ur(|uoi les hystériques ne sont pas guéries quand on leur a plus ou moins com[)lètement supprimé un svmptôme. La faiblesse de leur pensée subsiste et elles perdent d'un côté ce qu'elles ont semblé regagner d'un autre. La localisation de l'anesthésie peut dépendre d'une suggestion ou d'une idée fixe, mais l'anesthésie en elle-même et les stigmates en général sont des manifestations de l'insufTisance de la perception personnelle, du rétrécissement du champ de la conscience.
I. Cabanis. Histoire des sensations dans l'étude sur le rapport du physique et du moral. Œuvres complètes, 182A. III, p. i53.
iiS ACr.JOENTS MENTAIX DES IH STl- Rl()l ES
M. .1. Iléricolirt, quand il résumait notre élude sur ranesthésio hvstéric|iie. a employé une expression très heureuse qui exprime bien notre pensée. « C'est par une sorte de paresse que le personnage principal supprime toute une série de sensu tio/is, celles qui lui sont le nioins indispensaljles, afin de limiter le champ d'une activité dont il aurait quelque peine à faire les frais... ce rejet de tout un i^roupe d'éléments psychiques ij^énants constituerait une sorte d'autotomie psychologique spontanée dont il e.viste d'ailleurs des cas non douteu.r. Ainsi, on sait que les personnes qui louchent d'un œil suppriment complètement la vision de I'omI atteint par le strabisme et ne voient en réalité que d'un o^il, bien que leurs deux veux soient également sensibles aux sensations rétiniennes'. )) Nous pensons donc que l'on peut résumer les stigmates par la lormule suivante : « Les choses se passent comme si les phénomènes psychologiques élémentaires étaient aussi réels et aussi nombreux que chez les individus normaux, mais ne pouvaient pas à cause du rétrécissement du champ de la conscience, à cause de cette faiblesse de la faculté de synthèse, se réunir en une seule perception, en une seule conscience personnelle^. »
Cette nouvelle conception à laquelle nous avons été amené par 1 étude des stigmates est loin d'être en opposition avec les conclusions de nos précédentes études sur les accidents. Le dédoublement de la personnalité est bien plutôt la conséquence immédiate de cette faiblesse de synthèse psychologique. Celle-ci laisse subsister des phénomènes psychologiques, mais ne les réunit pas à l'idée de la personnalité. On peut se représenter les faits de somnambulisme et les actes subconscients, comme des groupements secondaires, des systématisations accessoires de ces phénomènes psychologiques négligés. « Les choses se passent comme si le système des phénomènes psychologiques qui forme la perception personnelle chez tous les hommes était chez ces individus désagrégé et donnant naissa/ice à deu.r ou plusieurs groupes simultanés ou successifs, le plus souvent incomplets et se ravissant les uns au.v autres les sensations, les images et par conséquent les mouvements (jiii doivent être réunis normalement dans une même conscience et un même pouvoir^ )> La suggeslibilité elle-môme et
1. J. Héricourt, L'activité inconsciente de l'esprit. (^Revue scientifique, 1889, II, p. 262.)