‹ L'état mental des hystériquesChapitre 198 sur 290 · UN CAS DHÉMIANOPSIE HYSTÉRIQUE TRANSITOIRE · texte numérisé non relu

UN CAS DHÉMIANOPSIE HYSTÉRIQUE TRANSITOIRE

de la sensibilité chez les hystériques se modifie très laeilement sous l'influence des idées du sujet ou des paroles que l'on prononce devant lui. Nous savons que Ihéniianopsie peut très bien se produire par suggeslitui rt dans un travail précédent j'en ai rapporté des exemples.

Avons-nous afl'aire à un cas de ce genre ? En excitant cette malade à voir, lui ai-jc dit involontairement qu'elle voyait à moitié ? l'a-t-elle compris ainsi ? Je ne le crois pas. Rien dans mes observations antérieures d'amaurose ne me portait à penser à l'hémianopsie. Mais comme c'est toujours un danger à redouter, cette observation a besoin de confirmation.

J'espère que ceux qui auront l'occasion de traiter dans les mêmes conditions des cas d'amaurose hystérique voudront bien observer si, dans le retour de la vision, il n'y a pas une période d'hémianopsie. Si on la constatait comme je viens de le faire, ce serait un fait intéressant pour montrer les lois de la sensibilité chez l'hystérique, l^eut-être ces faits pourraient-ils nous renseigner davantage sur le rôle que les centres occipitaux, ou d'autres centres au-dessus d eux, jouent dans les troubles de la vision chez ces malades. Mais, il est iivutile de s'engager dans des hypothèses aventureuses à propos d'un fait qui a besoin de vérification et que je me borne à signaler.

CIÏAPITRF III

IN TROLHI.i: DE l.\ VISION PAR EXAC.ÉRATION DK l/ASSOCIATION

BINOCULAIRE»

Il s'agit ici dune observation curieuse qui soulève des problèmes intéressants relatifs au mécanisme de la vision, mais dont rinterprétation reste tout à fait hypothétique.

La malade M'"" Z..., âgée maintenant de 65 ans, a toujours été plus qu'une névropathe, elle a présenté pendant toute sa vie une série d'accidents de nature hystérique bien caractérisée. Bouleversée h l'âge de i4 ans par une émotion violente à la suite de la mort accidentelle de sa sœur, elle a perdu l'usage des jambes et est restée paraplégique sur son lit pendant un an. Depuis ce moment elle a eu successivement ou simultanément des attaques hvstériques avec catalepsie et somnambulisme, du mutisme, des contractures du cou, des spasmes du bras droit, des algies variées, portant sur les doigts, la nuque, la langue et diverses paralysies. Les derniers accidents nets de ce genre ont eu lieu vers l'âge de 5o ans : elle avait encore à ce moment quelques petites crises de bavardage incoercible, dernier reliquat de ses anciens somnambulismes.

Depuis ce moment les accidents proprement hystériques ont cédé la place à des phénomènes d'une auli-e nature qui avaient toujours existé mais qui ont pris un grand développement. Très arthritique, elle fut tourmentée par les migraines, les constipations opiniâtres, la colite muco-membraneuse qui s'est accompagnée d'entéroptose et de sténose évidente de l'intestin, puis par l'artériosclérose de plus en plus généralisée avec bourdonne-

I. Observation publicf; rlnnslos Annalcn rl'ocuUsIir/uc en jnillot if)oo; pn'-scMitco â la Société neurologique de New- York et publiée dans The .Medicnl Record, 1 1 mai 1907.

UN TROUBLE DE LA VISION PAR ASSOCIATION BINOCULAIRE iTl

pients d'oroilles ot dureté croissante de l'ouïe, avec troubles cardiaques et phénomènes d'aortite : les crises dasthmc cardia(|uc ont été des plus violentes, agjgravées sans doute par l'état névropathique. Mais, malgré tous ces troubles, M""" Z... conservait une intelligence remarquable, une grande activité, une énergie singulière qui lui ont permis de ne jamais se décourager et de jouer un rôle considérable dans des entreprises im|)()itantes. Ce n'est que le dernier accident qui lui a enlevé ses movens d'occupation et qui semble avoir troublé j)lus sérieusement son esprit.

Il y a trois ans. en juin 1900, ii la suite de quelques prodromes, elle fut atteinte d'hémori-agies rétiniennes disséminées dans les deux veux. La vision lut très atteinte pendant les premiers jours (ODV= i/io : OG voit les doigts à o",5o), mais au bout de quelques semaines elle réapparut dans l'œil droit. M. Valude, qui a soigné la malade et qui m'a communiqué les renseignements consignés sur toute cette phase de la maladie, a constaté l'amélioration progressive de cet œil droit et il a noté (|ue l'hémorragie a été complètement résorbée en ne laissant que quelques petits points de sclérose insignifiants dans la partie périphérique de la rétine, incapables de gêner la vision. Au contraire, il constate, dès le début, dans l'œil gauche, un pointillé hémorragique très abondant avec localisation marquée à la macula. Aussi cet œil gauche n'a-t-il retrouvé que momentanément un peu de vision et celle-ci s'est-elle effacée définitivement par les progrès de la sclérose, si bien qu'au bout de deux mois la vue était complètement perdue dans l'œil gauche et presque intégralement restaurée dans l'œil droit.

Mais à ce moment ont commencé des troubles qui ont toujours été en s'aggravant. La malade se plaignait de voir par son œil gauche des phénomènes lumineux, « desbarres de feu, des éclairs, des raquettes, des chandelles romaines ». Ces éclairs étaient accompagnés de violentes douleurs au fond de Vœ'û. Il est dilHcile d expliquer complètement ces douleurs survenant au cours de la sclérose de la rétine. M. Valude a bien noté dans les deux yeux une tendance au glaucome chronique simple avec légère excavation du nerf optique. Mais la tension oculaii-e restait presque normale et surtout les pupilles demeuraient très mobiles; il est impossible, comme il me l'écrit, dans ces conditions, d'expliquer par un glaucome sans hvpertension oculaire de telles illuminations et de pareilles douleurs. Il est plus probable qu'il s'agit de

iTi ETUDES SLR DIVERS SYMPTOMES HYSTÉRIQUES

phénomènes il'ii ritiition du nerf optique, tels qu'ils ont été constatés à la suite îles liénionagies rétiniennes. Quoi f|u'il en soit. (( ces coups de fusil perpétuels » déterminaient des souffrances horribles et prirent graduellement un développement invraisemblable : jour et nuit la malade portait la main à son œil gauche, le serrait convulsivement et poussait des cris de douleur. Sans doute la vision était redevenue bonne de l'œil droit, et. il est bon de le lemarquer maintenant, dans l'intervalle des crises de douleur M'"*" Z... pouvait voir et même lire assez bien avec son œil dioit. Mais cette vision conservée ne lui était d'aucun usage, car elle ne pouvait ouvrir les veux sans être éblouie nai- des fulsfuiations dans l'œil oauche et sans être forcée de les refermer à cause des violentes douleurs.

Cet état intolérable se prolongea plus d'un an et la malade en arrivait à exprimer des idées de suicide : enfin, en désespoir de cause, dans une consultation entre M. Valude et M. Du four (de Lausanne), il fut décidé qu'il fallait sacrifier cet œil gauche absolument inutile, puisqu'il n'avait pas conservé l'ombre de vision et qu'il était le point de départ de l'irritation du nerf optique. L'énucléation. dont la malade ne voulait à aucun prix, ne parut pas indispensable et il fui décidé que l'on se bornerait à la section du nerf optique, opération qui fut déjà conseillée par de Gr.efe dans des circonstances semblables. L'opération fut faite par M. Valude en mars 1902: elle réussitfort bien, mais fut très pénible à cause de l'hémorragie consécutive et de l'épanchement du sang dans tous les tissus avoisinants. La région des paupières, surtout dans l'angle interne de l'œil, resta longtemps douloureuse et la malade conserva des impressions de gêne, de douleur dans le nez, dans les paupières, dans l'orbite, impressions que nous devons remarquer, car elles jouiront un rôle dans les troubles ultérieurs.

Quand ces grandes douleurs et ces troubles immédiatement consécutifs à l'opération eurent disparu, on put constater les résultats de cette intervention. Un premier résultat tout à fait essentiel était obtenu d'une manière définitive. M"*" Z... ne voyait plus les fulgurations qui traversaient l'o-il gauche et elle n'éprouvait j)lus les violentes douleurs qui auparavant avaient déterminé son désespoir. Ce premier résultat sullisait pour transloinier la vie de la malade; il n'a peut-être pas été apprécié suffisamment à cause des troubles singuliers de la vision (jui ont persisté, mais il était des plus importants.

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