‹ L'état mental des hystériquesChapitre 199 sur 290 · IN TROUHLK I)F. LA VISION PAU ASSOCIATION BINOCILAIRE · texte numérisé non relu

IN TROUHLK I)F. LA VISION PAU ASSOCIATION BINOCILAIRE

Au premier ex;imen, l'état des veux semblait cepcncliinl ^tre salislaisiiut. Kii l'Ilct, quand lliémorra^ie fui résorbée et que le pansement |)ut être enlevé, on constata (jue l'œil gauche avait admirablement conservé sa vitalité, .le dois avouer mon ignorance : je ne soupçonnais pas que l'on pût sectionner le nerf optique en conservant à ce degré l'aspect normal de l'œil. Seuls les mouvements ocidaircs ont été sérieusement troiihlt-s. l'oui' ;it teindre le nerf ()pti(|ue on est obligé de sectionner le droit externe qui est recousu après lopération ; peut-être aussi, comme M. Valude est disposé il le croire, la |)oiMle des ciseaux a-t elle légèrement entamé le droit interne. Après l'opération l'o'il se portait fortement dans l'angle externe, plus tard il reprit plus de mouvement et put s avancer fortement du aSté droit, quand la malade faisait un efTort, Mais encore maintenant ces mouvements ne sont pas récupérés entièrement et il reste un certain degré de strabisme divergent. L'état de la pupille de cet œil est à noter, celle-ci est presque constamment très contractée, en état de mvosis, malgré l'absence de perception lumineuse, peut-être en raison d'excitations qui persistent dans l'œil. Cette pupille n'est pas absolument immobile, un léger massage de l'œil gauche sulUt pour qu'elle se dilate, mais elle ne tarde pas à se resserrer. L'œil droit n'avait aucunement soufTert ni de l'opération, ni de ses suites; quand on enleva les pansements, on constata qu'il était resté normal et un examen sommaire montra que la vision était conservée, l'acuité visuelle était suirisante et le champ visuel étendu'. On en conclut que la malade pouvait désormais se servir de son œil droit et que, n'étant plus troublée par les douleurs de Vœi\ gauche, elle pouvait voir correctement.

C'est ici que commence la perturbation singulière de la vision qui se développa ;i la suite de cette opération et qui a donné lieu à nos recherches psvchologiques. M""* Z... voyait correctement au premier moment, mais elle se plaignait de ne pas pouvoir profiter de cette vision, car, disait-elle, il y avait devant elle un nuage bizarre toujours en mouvement qui lui dérobait la vue des objets. En vain faisait-elle tous ses efl'orts pour fixer un objet, pour suivre une ligne, la vision était troublée par ce nuage en mou-

vement et il lui était impossible de rien saisir avec netteté. Non seulement la lecture était impossible, mais même la vision des objets de la chambre était si dillicile que la malade avait de la peine à se conduire. Bien j)Ius, ce nuage mouvant no tarchiil pas à déterminer du vertige et un état nauséeux, si bien que pour retrouver le calme il fallait refermer les yeux. En un mot la malade était sans doute délivrée des douleurs et des éclairs qui la tourmentaient précédemment, mais elle se plaignait de n'avoir fait aucun progrès, car elle se sentait encore plus incapable de se servir de son œil droit. Ces troubles singuliers allèrent en augmentant pendant près d'une année sans qu'aucun progrès se manifestât et le désespoir de cette malade très névropathe ajoutait encore à tous les troubles piécédents.

Évidemment des phénomènes de ce genre méritent d'être appelés des troubles nerveux de la çisio/i, et il est tout naturel que l'on ait considéré comme névropathiques des troubles qui ne justifiait aucunement l'état organique des yeux. Mais, quand on désire remédier quelque peu à ces troubles par un traitement psychothérapique, comme cela est presque toujours nécessaire dans les névroses, il faut préciser davantage, sinon l'altération cérébrale encore bien inconnue, au moins les modifications psychologiques qui déterminent ces troubles dits névropathiques. Est-il possible, pour arriver à ce résultat, d'apporter un peu plus de précision dans ce diagnostic?

'On a prononcé souvent à propos de ce cas le mot de ?nigraine ophtalmique. Sans doute ce mot est pris souvent aujourd'hui dans un sens plus large qu'autrefois et on peut insister à ce propos sur la souffrance cérébrale souvent considérable qu'accuse la malade. Elle localise cette douleur d'une manière assez vague au vertex et à l'occiput : (( Il v a, dit-elle, comme des fils qui tirent les yeux jusque dans le cou. » Il ne faut pas oublier que M""* Z... a longtemps souffert d'une contracture des muscles de la nuque consécutive à un choc et qu'elle a encore souvent des^ douleurs à cet endroit. Quand elle désigne la région occipitale comme siège des grandes douleurs, il ne faut pas conclure trop vite, comme on l'a fait trop souvent, qu'elle sent un trouble dans les centres occipitaux de la vision. Ces souffrances dans la tête ne surviennent pas sous forrne de crises comme dans les migraines; elles peuvent survenir à tout moment dès que le sujet essaye de voir : on ne peut parler ici de migraine ophtalmique que dans un sens

UN TROnU.E DE I..\ VISION PAR ASSOCIATION lUNOClLAIRE iir,

excessivement v;i<^ii(' on adinettanl, ce qui est bien vraisemblable, un épuisement, un trouble dans les centres corticaux de la vision.

Les accidents nerveux incontestables que la malade a présentés jusqu'à l'âge de 5n ans nous conduisent tout naturellement à songer à quel(|ue trouble de nature bystéricjue. Ce[)endant il n'est guère possible d'admettre Vdmhlyopie hystérujiie banale. Si Ton peut constater sur les deux veux, mais ii un faible degié, un peu d'anesthésie de la conjonctive, il n'v a certainement aucune anesthésie des paupières et surtout, comme on l'a remarqué, la vue semble intacte au moment de l'examen médical, l'acuité visuelle se montre au premier abord presque normale, il n'y a pas de dyscbromatopsie et le cliamp visuel s'étend à ()()" du côté externe, à 60" du côté interne. Le trouble hystérique, s'il existe, doit être d'une nature toute particulière.

Pour le découvrir, il faut analyser avec plus de précision les circonstances dans lesquelles la vue se trouve particulièrement altérée et les circonstances, s'il en existe de semblables, dans lesquelles le trouble diminue et dans lesquelles la vue se restaure momentanément.

La vision n'est conservée au premier moment ([u'à une condition, c'est que la malade se borne à décrire l'objet placé devant elle, quel qu'il soit, sans choisir elle-même un objet. Dès qu'il s'agit de fixer, d'accommoder la vision, le trouble commence. C'est un nuage qui semble venir du côté gauche et qui graduellement s'étend à droite pour recouvrir à peu près tout le champ visuel. Notons qu'il ne le recouvre pas complètement; du côté externe une bande semble toujours rester plus claire. Ce nuage est brillant ; il est composé de petits points, « c'est comme un fourmillement luuîineux, comme les nuages blanc d'argent au moment de l'orage ». Ces points brillants sont mouvants, « c'est un grouillement de lumière qui danse devant moi, un tournoiement perpétuel, un papillotement comme lorsqu'on a regardé le soleil. Les objets qui restent encore visibles semblent vus comme s'ils étaient placés au fond d'un bassin plein d'eau qui a des vagues brillantes, au fond d'une cuvette d'eau que l'on secoue ». Plus la malade essave de fixer, plus ce grouillement lumineux augmente, plus les objets deviennent vagues, mobiles, indistincts.

11 est facile de mettre en évidence par bien des exemples cette

aggravation des troubles visuels que déterminent tous les elVorts de fixation ou simplement tous les eflorts d'attention. M""" Z... peut liie des mots au hasard dans un livre (juon ouvre devant elle, mais tout est tMivahi par le nuage brillant, si elle cherche à suivre une ligne des yeux. Elle est incapable de faire une addition, quoiqu elle voie les chiflVes, « parce que les chill'res dansent et qu'elle est incapable d'attraper ceux (jiii sont au-dessous les uns des autres ». Il lui est impossible de laire passer un ruban dans les trous d'une dentelle, une tentative de ce genre lui fait perdre tout à fait la vision. Il est curieux de remarquer que les efforts moraux pour fixer l'attention déterminent le même résultat. Elle voit vaguement devant elle, si elle est bien tranquille et si elle se laisse aller à rêver; mais « qu'une personne vienne en visite, qu'il faille écouter la conversation, chercher à répondre, m'animer un peu et je suis de nouveau perdue, c'est comme une trombe qui envahit tout... ». Le moindre efi'ort physique pour soulever un poids amène aussi le même résultat inattendu et trouble tout à fait la vision.

11 avait été convenu, au début, que j'essayerais par des suggestions de dresser la malade à faire usage de ses yeux, à regarder fixement, à suivre un objet du regard. Ces premiers essais ont eu un résultat plutôt mauvais : plus la malade obéissait à la suggestion et faisait des eflorts pour regarder avec fixité et avec attention, plus le trouble visuel paraissait augmenter.

Toutes ces remarques aboutissent à la même conclusion : les circonstances qui, directement ou par association, éveillent le fonctionnement supérieur de la vision, la fixation attentive, sont roccasion du trouble visuel.

Inversement, il faut noter un certain nombre de circonstances assez singulières dans lesquelles ce trouble se trouve sinon supprimé, du moins singulièrement réduit. On a vu qu'au moment de l'ouverture des yeux, la vision vague sans choix, sans effort de fixation ou d'accommodation était assez bien conservée. Il faut noter beaucoup d'autres circonstances du même genre : le matin au moment du réveil, quand elle reste encore à demi assoupie, M""' Z... remarque elle-même qu'elle voit très bien. « Il faudrait, dit-elle, ne jamais me réveiller complètement. » J'ai montré bien souvent ailleurs que cette remarque est également vraie pour beaucoup d'autres troubles nerveux et même pour certaines formes d'aliénation. Ces troubles qui ne portent que sur les fonc-

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