‹ L'état mental des hystériquesChapitre 200 sur 290 · UN TROUHLE DE LA VISION PAR ASSOCIATION BINOCULAIRE · texte numérisé non relu

UN TROUHLE DE LA VISION PAR ASSOCIATION BINOCULAIRE

tions supérieures, sur les degrés les plus élevés de la tension psvclîologifjue et d(> la tension nerveuse ne se manifestent qu'au moment du réveil complet, quand ces mêmes fonctions supérieures commencenl à se mettre en jeu.

On observe encore d'autres cas où la vision paraît se restaurer : de temps en temps, mais rarement, un éclairage particulier ou une position fortuite de la malade amène un changement subit et pendant quelques instants M""* Z... est tout étonnée de voir parfailenient, comme elle voyait autrefois; mais cette vision est courte et la malade ne sait plus ce qu'il faudiait faire pour la retrouve!'. Elle prétend avoir observé que, pour retrouver ces moments, il faut qu'elle reçoive la lumière sur le coté gauche de la figure, de telle manière que l'ombre de son nez qui est assez grand vienne complètement protéger son œil droit : aussi voitelle mieux à la lumière d'une petite lampe placée tout à fait de cùté. Elle réclame un bandeau qui serre fortement son o'il gauche : le bandeau est presque toujours insullisant, mais si l'on serre fortement cet œil gauche avec les doigts de manière à l'empêcher de bouger, on obtient ces instants de vision plus normale; dès que l'on cesse de contenir l'œil, un flot de nuages brillants vient i(>couviir le champ visuel. Enfin je remarquai que la malade usait d'une manière particulière dune grosse loupe entourée d'une épaisse monture métallique. L'œil droit avait conservé assez de vision pour que la loupe fut en elle-même inutile, et cependant la malade prétendait que cette loupe était nécessaire pour qu'elle pût lire quelques lignes. En réalité, elle plaçait cette loupe devant son œil droit obliquement de manière que la forte uionlure [)rolongeàt en quelque sorte l'ombre du nez et isolât encore plus complètement l'œil droit de l'œil gauche.

Ces quelques observations semblaient montrer que l'œil droit était capable de voir toutes les fois qu'il était isolé de l'œil gauche et que l'intervention de l'œil gauche, quoique aveugle, était l'origine du trouble de la vision. Pour le vérifier j'ai essavé quelques expériences dans lesquelles la vision monoculaire de l'œil droit fut encore plus nette. En voici une singulière: M""" Z... était autrefois habituée à tirer au pistolet et savait viser avec Tœil droit sans se servir de l'œil gauche. Je l'ai priée, en tenant un pistolet et même un simple morceau de bois, de répéter l'eflortde la visée. A sa grande surprise, elle voyait alors parfaitement net l'objet visé sans nuage et sans fourmillement. Il lui était même

possible (le toucher avec rextrémité du morceau de l)ois un point déterminé, tandis qu'elle était incapable auparavant de saisir avec la main un ^ros objet. Dans une antre e\j)érience, je la Taisais regarder au travers dune lunette d'approche et elle voyait encore ii distance les objets parlaitemenl précis. Je n'ai pas eu roccasion de lui apporter un microscope, mais il est bien probable que dans cet instrument elle aurait vu très nettement les préparations. Enfin je la faisais regarder simplement au travers de tubes de papier et elle devenait, par ce moven très simple, capable de lire sans dilliculté. Il fallait que Iç tube l'iU exactement apj)li<|ué conti'c l'u-il droit : en efl'et, il sulFisait qu'un rayon lumineux pénétrât dans l'œil du côté interne pour qu'aussitôt le nuage brillant vînt de nouveau envahir le champ visuel. Voilà tout un ensemble de faits qui semblent nous montrer que le trouble de la vision s'atténue ou disparait quand l'œil droit fonctionne seul sans la participation de l'œ'il gauche. Cette remarque n'est pas en contradiction avec la précédente qui nous a montré l'exagération du trouble dans tous les efforts de fixation et d'attention. En efl'et, dans l'attention, il v a convergence des deux yeux et l'association des deux yeux existe aloi-s au plus haut degré. Or, nous venons de voir qu'il faut précisément supprimer cette association pour rétablir la vision distincte.

Comment interpréter les phénomènes précédents ? Voici une explication que je y)ropose au moins à titie d'hypothèse. On sait qu'il existe chez l'homme normal deux visions différentes, la vision binoculaire avec convergence et la vision monoculaire dans laquelle les deux yeux fonctionnent indépendamment l'un de l'autre. Mais on n'est pas disposé à parler d'ordinaire de ces deux visions quand il n'existe plus qu'un seul œil; au premier abord on croit qu'un borgne ne peut avoir que la vision monoculaire. Il en est ainsi probablement pour ceux qui perdent un u'il dans la première enfance, mais ceux qui deviennent borgnes à l'âge adulte conservent le mécanisme cérébral de la vision binoculaire dans toutes les circonstances où cette vision s'exerce d'ordinaire et ils ne prennent le mécanisme cérébral de la vision monoculaire que dans des circonstances particulières, quand ils

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