UN CAS DU RYTHME DE CHEYNE-STOKES DANS L HYSTÉRIE
malade aurait pris l'habitude et qui disparaîtrait quand l'attention serait dirigée sur quelque autre point. Ce phénomène se rapprocherait de beaucoup d'autres accidents semblables chez les hysté-
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. A et B, respiration pendant le rêve; en C. La malade se réveille; )iralion thoraciqiic ; a, Resp. abdominale; S, secondes.
riques. Nous objectons à cette interprétation simple que la malade a souvent en même temps d'autres accidents : contracture douloureuse des pieds, tic de tremblement de la mâchoire, etc. Ces phénomènes devraient la distraire suffisamment et lui taire oublier son tic de respiration. Il n'en est pas ainsi puisqu'il persiste. Cependant, il y a dans cette explication quelque chose qui nous parait vrai. La malade a sur bien des points du thorax et de l'abdomen des contractures incomplètes. Ces contractures n'em-
pèchent pas la respiration puisque nous lavons vue devenir complète ; mais ces contractures des muscles intercostaux et abdominaux rendent la respiration douloureuse, surtout au début. La malade le sait très bien : elle se plaint que nous lui faisons du mal quand nous la forçons à respirer. Elle est plus à son aise quand elle ne respire pas. Cette douleur et l'appréhension peuvent contribuer à réduire la respiration au minimum. Chez certains sujets dans ce cas, la respiration se réduit en amplitude. Ici, elle se réduit en fréquence par des pauses. L attention pourrait avoir comme résultat de distraire l'esprit de cette douleur et de laisser, par conséquent, la respiration s'efTectuer. Comme la précédente, cette explication ne nous semble pas complète, parce que, d'autres accidents et même des idées fixes absorbantes qui devraient également distraire de la douleur ne suppriment pas le Cheyne-Stokes.
Il faut, évidemment, entrer dans des suppositions plus intéressantes, mais évidemment moins solides. Le fait principal, c'est la coïncidence d'un état d'aprosexie, de distraction avec cette respiration en Cheyne-Stokes et la disparition de cette respiration quand lactivité de l'attention parait se restaurer. Il est donc probable que l'activité de l'attention, c'est-à-dire une activité cérébrale supérieure, est liée avec une certaine activité respiratoire. La respiration ne dépend pas uniquement du bulbe, mais encore de l'écorce cérébrale.
C'est la conclusion à laquelle sont parvenus tous ceux qui ont essavé d'analyser et d'interpréter le syndrome de la respiration périodique. Les anciennes interprétations de Traube 1869, ^^ Filehne iSyi, de Cufer 1878, qui faisaient jouer uniquement un rôle aux phénomènes bulbaires ne semblent plus aujourd'hui suffisantes. Les recherches de Lépine, de Kichet, de Fr. Franck, les observations de Biot, de Saloz, de Stein, de Pick 1896, etc., ont montré que ce symptôn. se présentait au cours de maladies où le cerveau lui-même présentait une altération «^rave. On le note dans les hémorragies et dans les tumeurs cérébrales', dans les méningites, dans la paralysie générale, dans les maladies qui déterminent une intoxication des centres cérébraux et qui s'accompagnent d'état délirant, la fièvre typhoïde, la variole, la pneumonie et sur-
I. Noie sur un cas de tumeur cérébr 'e, Arcliives fjénéralrs 'le médecine, octobre 1891, Sévroses et idées fixes, 1898, p. 587.
UN CAS DU RYTHME DE CHEYNE-STOKES DANS L'HYSTÉRIE V.t?
tout ruréniie. Ces études sont résumées avec beaucouj) de netteté dans le travail de M. Rabé sur la théorie cérébrale du Chevne- Stokes'. A ces études sur les lésions organiques du cerveau, il faut ajouter les travaux sur les modifications de la respiration dans la folie : M. II. Kellog- montre la IVéfiuence de la respiration périodique dans les étals de mélancolie ou simplement de dépiession.
Dans un autre groupe d'études, les intoxications d'origine «'Xterne, surtout celles qui sont déterminées par le chloral ou la morphine et qui sont évidemment caractérisées par une diminution de l'activité cérébrale, produisent souvent cette respiration intermittente '.
Enfin le beau travail de Mosso sur la respiration périodique* nous présente des observations et des graphiques tout à fait analogues à ceux que n»)us étudions ici. « Les mouvements de la respiration, dit-il, ne sont pas toujours uniformes ; dans le repos et spécialement dans le sommeil apparaissent chez l'homme comme chez les animaux des périodes, c'est-à-dire des groupes d'inspirations qui augmentent et diminuent successivement d'amplitude, c'est la respiration périodi(|ue par opposition à la respiration uniforme. » Dans le graphique respiratoire pris pendant le sommeil profond d'un homme de ~- ans, Mosso nous présente un véritable type de Cheyne-Stokes, qui dispaïaît non seulement au réveil, mais même pendant les rêves ou dans le sommeil incomplet du sujet.
Il est facile de constater l'analogie au moins apparente entre certains phénomènes de l'hystérie et les états de sommeil et d'engourdissement cérébral, aussi n'est-il pas surprenant de retrouver dans l'hvstérie cette respiration que ^losso observait dans le sommeil. D'ailleurs, un des sujets à respiration périodique c[ue nous avons déjà décrits. Sa ', prése *e en même temps une apathie, une indilTércnce remarquables et une tendance continuelle au sommeil.
1. Rabé, Théorie cérébrale de Clieyne-Stokes, Presse médicale, 1899, p. aaS.
2. II. Kello^', The jovirnal of ncrvous and mental disease. mars i8y3, p. 3o8.
■3. Cf. en particvilier V. Pachon, Recherches erpérimentales et cliniques sur la fréquence et le rythme de lu resinration. 1892.
t^. Mosso, Respiration périodique et respiration superilue ou de luxe. Archives italiennes de biologie, i885, t. \l\, p. ^g.