Ibid., I, pp. 529, 65o, II, p. 65o
L'AMNÉSIE ET LA DISSOCLU ION DE6 SOUVENIRS PAU L ÉMOTION jOλ
éiiiotions comme ses actions restaient incomplètes et insuffisantes, « la lôte comme remplie d'alVaires qu on n'ai rive jamais à finir ». Très intelligente et très travailleuse, elle était cependant incapable de rien faire, quand elle se trouvait en présence de quelques personnes; timide au point de ne pouvoii- manger devant quelqu'un, elle souhaitait « de navoii- jamais besoin de personne, de pouvoir vivre toute seule dans un coin ». Comme toutes les personnes qui présentent cetteaboulie sociale, elle avait en même temps par suite de cette contradiction (|ue nous avons si souvent étudiée le besoin d'être dirigée et d être aimée. Mais comme elle redoutait que l'on s'occupât d'elle, comme elle ne pouvait se décider à laisser voir son afFectron pour les gens, ses sentiments et son besoin même d'alTection ont toujours pris un aspect très étrange qui mériterait une longue étude psvchologique, si nous n'avions à considérer en elle d autres phénomènes.
Ces insulfisances et ces sentiments dincomplétude se rattachaient plutôt au début à la série des symptômes psvchasthéniques, tels que les présentait sa mère à un si haut degré et, si la maladie avait évolué dans ce sens, Irène serait parvenue comme celle-ci aux phobies et aux obsessions. Mais, lorsqu'elle fut parvenue ii l'âge de vingt ans, elle eut à soigner pendant un an sa mère gravement atteinte de tuberculose pulmonaiie. Cette maladie dans un pauvre ménage d'ouvriers avec un père constamment iviogne, une malade d'un caractère et d'une exigence intolérables fut pour la pauvre fille l'occasion d'un plus grand épuisement. Elle resta soixante nuits de suite sans se coucher, travaillant à la machine à coudre dans les rares instants de liberté que lui laissaient les perpétuelles réclamations de sa mère ou les scènes faites par le père, et soutenant par son travail tout le ménage. Les deiniers jours et l'agonie dans cette famille de névropathes en désordre furent épouvantablement dramatiques. Ces fatigues et ce bouleversement émotionnel semblent avoir changé la direction de la névrose et avoir définitivement constitué l'hystérie dont il nous reste à étudier les principales manifestations.
II. Délire HALLUcnATOiRE avec uypermnésie. — L'observation d'Irène, d'après ce que je viens de dire au début, doit être rapprochée des grandes amnésies émotionnelles, et cependant en constatant les symptômes les plus bruyants que cette jeune ma-
SiO ETUDES SUR DIVERS SYMPTOMES HYSTERIQUES
lade présente tous les jouis, on serait plus disposé à croire à une exagération de la mémoire. Plusieurs fois par jour, en efl'et, et souvent pendant plusieurs heures consécutives. Irène a des crises de somnambulisme spontané avec bavardage pendant lesquelles elle joue et elle raconte constamment tous les détails de la mort de sa mère. 11 est important tout d'abord d'insister sur cette crise et sur la pi'écision des souvenirs qu'elle semble manifester.
La malade qui sent un bourdonnement dans la tête et des suffocations s'étend sur son lit; elle ne tarde pas à perdre connaissance et reste étendue, immobile, les paupières frémissantes. Bientôt elle a quelques mouvements convulsifs qui semblent être surtout les expiessions émotionnelles de l'horreur qu'elle ressent et elle commence à parler. Au début, elle parle tout bas, bientôt elle s'anime, gesticule, crie et son visage présente des expressions d'une intensité et quelquefois d'une beauté remarquable : « Oh, c'est fini, je ne ferai plus de concessions, non j'en finirai moi aussi... Si l'on savait comme on soull're quand on n'a plus sa mère... J'irai la retrouver comme elle me le demande... rs 'est-ce pas ma petite maman, il vaut mieux que je meure, tu me l'as bien dit que nous devions mourir ensemble... Ah! te voilà, tu viens me chercher, tu vas mieux, tu as repris ta bonne figure et tes joues roses, tu as mis ta grosse écharpe noire pour aller avec moi à la place Royale, emmène-moi vite... (elle fait un effort pour sauter du lit). Tu sais bien que je ne peux pas rester seule avec mon père... C'est une chose qu'on ne peut pas lui pardonner de se saouler le jour où elle est morte... Non, c'était trop horrible, il a vomi sur le lit... Et ses yeux à elle qui s'ouvrent... Et cette bouche qui s'ouvre, je l'ai déjà fermée dix fois, et ces jambes qui reviennent en l'air, il faut que je monte sur le lit pour les étendre... Oh! elle tombe par terre... 11 faut que je travaille à la machine, voilà soixante nuits que je ne me suis pas couchée... Oui, maman, je vais finir ce corset pour le donner demain, je dois déjà deux cent cinquante francs, il faut encore que je passe cette nuit... Et si je m'endors sur ma machine, cet homme qui est là, que le père a amené pour boire avec lui... Quand je me suis endormie sur la descende de lit, il a dégraflfé ma robe, ah! ce que je l'ai gifllé ce sale gascon... Et quand je pense qu'il faut à mon père quatre litres par jour et des petits verres... 11 a juré hier qu'il ne me laisserait pas tout payer, qu'il