V. L'UALU CITATION ET l'aMNÉSIE. La DÉSAGRÉGATION DES SOUVE
Miis. — Cette excitation de la mémoire semble avoir une action des plus nettes sur tous les accidents et sur tous les stijmates de la névrose: je ne relève pour le moment que ce qui a rapport aux phénomènes de la mémoire. Depuis le moment où Irène fut capable de penser volontairetnent à sa mère, elle cessa d'y penser involontairement, depuis qu'il n'y avait plus d'amnésie, il n'y eut plusd'hypermnésie. Les crises hystériques cessèrent complètement, les hallucinations, toutes les terreurs subites d'origine subsconsciente disparurent absolument.
Ces accidents semblaient ne pouvoir réapparaître que quelque temps après le retour de l'amnésie elle-même pour disparaître de nouveau quand elle cessait. On a vu, en ciTei^ que dans le début de ces progrès la mémoire ne restait pas stabh; : Irène gardait ces souvenirs à sa disposition (juelques jouis, puis elle se les représentait moins nettement et un changement se produisait en elle ordinairement pendant la nuit. Elle se réveillait en sursaut comme après un cauchemar et ne pouvait plus se rendormir aussi bien. A partir de ce moment elle était de nouveau amnésique. Dans la journée suivante, elle avait des soubresauts, des terreurs inexplicables, puis des hallucinations, elle voyait la tète de sa mère soit par terre sous ses pieds, soit dans son assiette ; et deux
ou trois jours après tout au plus les oiandes crises avec délire recommençaient. Une séance d'excitation de la mémoire, soit pendant un sommeil hypnotique, soit môme pendant la veille amenait le retour net des souvenirs et île nou^eau l:i (lisp;iiition de tous les accidents.
11 me semble que cette constatation tout ;i lait expéiinu-ntale apporte une réponse assez nette ii la question ijue je m'étais posée au début de cette étude à propos des relations de riiailucination et de ces diverses amnésies. Je me demandais si ces deux phénomènes que les malades nous présentent si souvent juxtaposés dépendaient l'un de l'autre. Dans une première étude sur M"" D., j'ai montré que la suppression de l'idée fixe amenait la suppression de 1 amnésie. Nous constatons ici que le traitement de l'amnésie sans qu'aucun ell'ort ait été dirigé contre des crises remplies par l'idée fixe amène également la suppression de celles-ci. Je peux donc dire que ces deux phénomènes en apparence opposés constituent un syndrome, qu'ils sont liés ensemble et (|ue la maladie consiste en deux choses simultanées: i" l'incapacité où est le sujet d'évoquer consciemment et volontairement les souvenirs : 2° la reproduction automatique irrésistible et inopportune de ces mêmes souvenirs. Sans entrer dans la théorie on peut dire que cliniquement la maladie consiste dans l'émancipation de certains souvenirs que la conscience générale ne gouverne plus et qui se développent indépendamment d'une manière exagérée.
Ainsi entendu ce système est beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit et il constitue véritablement une des formes que l'hystérie peut revêtir à la suite d'un accident émotionnel. Au cas que j'ai déjà décrit il faut en ajouter quelques autres. Je rappelle l'observation d'une jeune lille de dix-huit ans Lie... que j'ai déjà étudiée dans un autre travail '. Elle présente depuis deux ans des crises d'hystérie dans lesquelles elle a toujours le même rêve, elle se défend contre des voleurs et appelle à son secours un certain Lucien. Comme elle répète dans toutes ses crises la même histoire, je lui demande, quand elle est éveillée, de quoi il s'agit et qui est Lucien. Il est impossible d'obtenir d'elle aucun renseignement : elle raconte que l'on s'est déjà moqué d'elle à propos de ce Lucien qu'elle appelle la nuit pendant son sommeil comme dans ses crises, sans savoir qui il est. Tout ce qu'elle peut