Aévroses el idées Jixes, II, p. 'ïôli
LAMNESIE et la dissociation des souvenirs PAU LfiMOTION oi>9
dire c'est que depuis quelque temps elle est préoccupée par l'argent et songe sans cesse au moyen de conserver les quelques sous qu'elle possède tandis (ju'ollo n'avait autrefois aucun sentiment de ce gt'iiie. Ce n'est (iiit- plusieurs mois après que. avant reçu des renseignements tie sa lamille pour me guider, j ai pu lui faire retrouver les souvenirs pendant l'état hvpnofi(jtie. A I âge de seize ans, elle avait été domesticjuc dans une maison ilc campagne qui avait été réellement incendiée et pillée par des cambrioleurs et Lucien était un domestique qui l'avait aidée à se sauver. L'oubli était tel que cette jeune fille venue à Paris quelcjue temps après chez d'autres personnes n'avait jamais j)u raconter l'accident (jui l'avait rendue malade, car c fst depuis ce moment qu'elle avait ses crises ;i lorme de somnambulisme spécial. Chez elle aussi comme chez Irène, j ai travaillé à la restaulation des souvenirs qui fut d'ailleurs obtenue beaucoup plus facilement et qui amena immédiatement d'une façon beaucoup plus simple la disparition des crises.
Je retrouve dans mes anciennes observations le cas de Gib... jeune femme bouleversée par le suicide de sa nièce tombée d'une fenêtre devant elle. Elle a oublié tout ce qui concerne sa nièce ainsi f|ue les jouiiiées qui précèdent l'aventure, mais elle a constamment des somnambulismes spontanés dans lesquels elle cherche à se précipiter par les lenôtres et des écritures automatiques dans lesquelles elle dessine constamment des fenêtres.
Dans l'observation remarquable de Marceline que j'espère reprendre un jour complètement on observe une quantité de faits de ce genre : amnésie rétrograde de quinze jours avec images obsédantes et subconscientes d'un cheval, parce qu'elle a failli être écrasée en traveisant une rue, amnésie rétrograde de deux ans avec terreur automatique et image obsédante, parce qu'elle a rencontré dans la rue une personne qui lui rappelle un laboratoire où elle ne veut pas aller, etc. Ile... que j'ai présentée dans un précédent travail a en même temps l'hallucination et l'amnésie de la lionne qui lui a fait peur.
Quand j'ai présenté un résumé de l'observation d'Irène à la Société médico-psychologique, INI. Briand a bien voulu ajouter un cas très net du même genre qu'il venait d'observer : une jeune femme a commencé des troubles hystériques après avoir vu le cadavre de son père ii la salle des morts d'un hôpital. Elle a des crises délirantes et hallucinatoires dans lesquelles elle répète Janet. — Hvstcrie. 34
tous les détails de la scène ; en mt'^me temps elle a une amnésie complète de tout ce qui a rapport à la mahulie et à la moit de son père.
En dehors de l'hystérie, dans les états psvchasléniques le même svndrome existe, mais il prend alors une forme particulière à cause de la dillerence du terrain. Une femme de trentesix ans, Bre. ', est très bouleversée par la mort de son mari (|u'()n lui apprend très brusquement. Fdle a exactement comme Irène une amnésie de la (iuure de st)n mari : « elle en a seulement le souvenir intellectuel, elle peut en parler, elle peut raisonner sur lui, elle peut même le décrire : il était assez mince, nous dit-elle, très grand, le nez était fort, etc. ». Mais cette description est théorique, Bre. est incapable de se représenter aucun de ses traits, elle ne peut pas non plus évoquer le souvenir de sa voix, en un mot, elle prétend ne plus avoir aucune représentation sensible relative à son mari. En même temps, c'est une obsédée et elle est précisément obsédée par cette figure de son mari. 11 y a comme une sorte de délire de l'interrogation qui vient se greffer sur une amnésie, elle a constamment la pensée dirigée vers ce mari dont elle ne se souvient pas. Les caractères psychologiques sont ici transformés, l'amnésie est incomplète, il n'y a pas d'hallucination véritable, et surtout il y a des manies d'interrogation, des sentiments de besoin, d'insuffisance qui n'existent pas dans l'hystérie : la lacune de la mémoire est sentie d'autant plus douloureusement qu'elle est plus incomplète. Nous n'avons pas à étudier ces formes diverses que prend le syndrome en dehors de l'hystérie, il nous suffit d'avoir constaté que cette association des deux phénomènes est fréquente et qu'elle constitue vn svndrome clinique important.
VI. Les MODiriCATioxs de la conscience personnelle et de l'action. — L'interprétation psychologique de ces faits est beaucoup moins avancée que leur interprétation clinique, il ne faut pas songer dans notre ignorance du fonctionnement du système nerveux central à en chercher une explication complète, il suffit de relever peu à peu quelques caractères psychologiques qui serviront de base aux explications futures. Un certain nombre de ces caractères ont déjii été mis on lumière dans ma première étude sur cette ques-