UNE FELI[)A ARTIFICIELLE
lement dos troubles j)hysiol(»|4i(|Ufs Ifs lésultiits priucinaux de celte longue étude. Ils ont déjà été d'ailleuis publiés eu partie par M. Charles Hichct dans les Comptes rendus de la Société de Bioloffie.
Après cette période, (jui lut eepeiidaiit pénible pour elle, Marceline reprit son travail dans d'assez bonnes conditions et se porta r(dati\ eineiit bien pendant fjuelque temps : elle resta à plusieurs re|)rises |)lMsieurs mois sans réclamer mon secours, r-'dle continuait à prendre une nourrituie e\tr(^me(n<'nt bi/arre et très réduite, mais (|Mi semblait sulfisante pnm elle ainsi (luc les recherches de laboratoire paraissaient l'avoir montré et qui lui sullisait pour ne pas maigrir et pour continuer \\ tiavailler. Les années 1896 et 97 sont parmi les meilleures que j'ai observées chez cette malade.
En 1898, Marceline réussit, un peu malgré jnoi, à se l'aire nommer inspectrice dans la maison où elle travaillait depuis longtemps. Cette nomination, par les émotions qu'elle détermina, fut d'abord l'occasion de graves perturbations et amena en particulier les troubles les plus curieux de la mémoire. Mais après quelque temps cela se calma et dans sa nouvelle situation elle eut un travail plus facile et plus agréable et cela lui fut plutôt favorable.
Des rechutes recommencèient Tannée suivante et les choses se présentèrent toujours de la môme manière : tantôt Marceline restait quelque temps en état alerte, capable de manger, d'uriner, de retrouver tous ses souvenirs, tantôt elle retombait plus ou moins dans son étatde dépression, vomissant indéfiniment et complètement désorientée par la perte d'une grande quantité de souvenirs des événements récents. A de certains moments ces rechutes survenaient tous les deux ou trois jours, dans d'autres périodes elle restait des semaines et même des mois sans avoir à demander secours.
Cependant je me lassais moi aussi d'un travail toujours le même, à la longue peu intéressant et qui représentait une grande perte de temps. J'essayais par tous les moyens possibles décarter ces séances, de les écourter et souvent je renvovais la malade insuinsamment transformée et dans un état médiocre. II se peut que cette diminution des séances ait eu une influence fâcheuse : la pauvre fille se nourrit sans doute encore moins et elle s'affaiblit. Dans le mois de janvier 1900 elle eut des accidents de con-
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2[estion pulmonaire assez sérieux dès le dcl)ul ; elK' lui tios bien soignée à Ihùpital, je m'occupai de la faire manger davantage et elle se rétablit une première fois. Mais les accidents pulmonaires ne tardèrent pas à recommencer et les signes de la tnbiMculose ])ulmonaire devinrent incontestables.
11 me semble que sous l'inlluence de l'infection tuberculeuse et de la fièvre légère (jui en fut la consé(|uence les troubles proprement nerveux et mentaux ont diminué. Mais la transformation n'a pas été complète comme je 1 ai observé dans d'autres cas sur des hystériques atteints de tuberculose. Même dans la dernière année, Marceline eut encore des périodes de dépression avec amnésie. Ce qui est vrai, c'est que ces crises furent plus rares et que la malade réussit à se nourrir davantage. Les accidents pulmonaires et les crachements de sang se répétèrent surtout à 1 époque des règles. La malade s'adaiblit beaucoup, elle lut obli gée de renoncer à faire son travail qu'elh' avait continué jusqu'aux dernières limites de ses forces. Dans les derniers mois son esprit semblait plus lucide, elle restait dans sou état alerte : elle se rendait compte de la bizarrerie de son existence : « Voici dix ans, disait-elle, que je ne vis pas, que je traîne comme une ombre, il est grand temps de finir cette sotte histoire. » Elle finit par s'éteindre le 7 novembre 1901, à l'âge de trente-cinq ans.
Ce résumé rapide de la vie d'une malade atteinte d'hystérie qui est restée anorexique depuis l'âge de seize ans jusqu'à l'âge de trente -cinq ans avec des accidents viscéraux névropathiques de toute espèce, qui pendant quinze ans a présenté les plus singulières altérations de la personnalité méritait d'être résumée dans son ensemble. Cet exposé de l'histoire de Marceline servira à situer plus facilement les phénomènes pathologiques qu'il faut maintenant étudier avec un peu plus de précision.