‹ L'état mental des hystériquesChapitre 234 sur 290 · UNE F1£I.IDA ARTIFICIELLE S · texte numérisé non relu

UNE F1£I.IDA ARTIFICIELLE S

pcdre les matières dans son lit. Mais ces diarrhées étaient rares, le plus souvent Marceline souffrait d'une constipation intense : elle ne sentait aucun besoin et n'avait de selles spontanées que tous les trois ou dix jours. Souvent les périodes sans évacuation se sont prolongées bien plus longtemps et il était bien dillicile d'obtenir une selle.

On sait (|ii un des accidents les plus iVéquents de Marceline était hi n'tcntion d'urine. Cet accident était survenu vers rà<^e de vingt ans à la suite de 1 application d'un vésicatoire sur la région épigastrique. Cela s'explique assez facilement, dira-t-on, le vésicatoire a déterminé une légère cvstite avec spasmes de la vessie et du col : le sujet qui a senti ces troubles en a conclu (|u'il avait une maladie de la vessie et cette idée, par le mécanisme de la suggestion que l'on se garde bien d'expliquer, lui faisait resserrer son urètre. C'est possible, quoique je trouve l'explication un peu simple pour un accident qui a duré trois années consécutives, c|ui après avoir été supprimé a réapparu à tous propos pendant quinze ans. .le n'ose expliquer les choses aussi hardiment et je me borne h constater les caractères de tous ces phénomènesdont les explications complètes me paraissent encore lointaines. La fonction de la sécrétion urinaire était conservée mais certainement altérée et réduite. Dans les périodes de dépression Marceline n'urinait, même avec la sonde, que 200 ou 260 grammes d'urine. Elle avait perdu complètement la sensation du besoin d uriner et n'a jamais elTectué cette fonction que par raison, « parce que c'était l'heure ». Elle avait complètement perdu les sensations de la peau et des muqueuses de la région ano-urogénitale ; enfin elle était incapable d'agir volontairement sur la fonction urinaire soit pour entamer la miction, soit pour l'arrêter, quand elle était commencée. Je résume ces faits en disant que les parties les plus élevées d'une fonction sont la perception consciente et personnelle des sensations et des phénomènes relatifs à cette fonction et les modifications de cette fonction par la volonté. Je remarque que chez Marceline, sous diverses influences, les parties supérieures de la fonction urinaire avaient été supprimées et que la sécrétion de l'urine ainsi que la miction n'existaient plus que sous la forme inférieure ou automatique. Quoi qu'il en soit la miction se rétablissait h peu près dans les états les meilleurs et persistait quelque temps. Les rechutes étaient moins Iré-

quentes que celles qui aflectaient les fonctions alimentaires. Mais certaines émotions, en particulier celles qui pouvaient avoir un 1 apport avec la pudeur, déterminaient immédiatement le spasme de l'urètre et l'impossibilité pour la malade d uriner volontairement. Elle resta disposée à cet accident iiis(|u à ses derniers jours.

Après les réllexions précédentes il est intéressant de rapprocher des troubles urinaires les troubles ou plutôt les modifications que l'on pouvait constater dans la fonction respiratoire. Au début de mon observation, en 1890, Marceline ne présentait encore aucun signe de tuberculose pulmonaire, elle n'avait jamais eu aucun trouble respiratoire apparent, personne ne l'avait examinée à ce point de vue et elle n avait certainement aucune idée à ce sujet qui ait pu iidluencer sa resj)iiation. Cependant, (juanil j'ai voulu pour la première fois examiner sa fonction respiratoire et prendre des graphiques de la respiration, il était facile de constater des anomalies. La respiration paraissait normale et l'auscultation ne révélait rien de particulier. On pouvait remarquer que la respiration était un peu courte et rapide et qu'elle ne se faisait que par les côtes supérieures : le diaphragme, surtout quand il v avait un accident gastrique ou abdominal, n'intervenait guère. Mais ce qui était tout à fait caractéristique, c'est que Marceline ne pouvait aucunement gouverner sa respiration ni la modifier par un acte de volonté. Elle ne parvenait ni à la ralentir ni à l'accélérer, ni à gonfler le ventre par l'inspiration. Bien plus, quand je le lui demandai, elle ne parvint pas à rire, ni à tousser, ni à bâiller. Elle se rappela alors certains petits détails qu'elle avait toujours considérés comme insignifiants. C'est que depuis quelque temps elle ne savait plus rire ni sangloter et qu'elle pleurait en silence. Cependant ces opérations n'étaient pas du tout disparues. Il y avait des circonstances où sa respiration se précipitait : « Dès que je suis un peu pressée ou simplement quand je vois quelqu'un courir je suis essoufflée et je respire très vile malgié moi, la moindre émotion me fait tousser : on m'a dit un jour qu'une lettre de commande avait été égarée dans le magasin et que c'était ma faute, je ne pouvais plus respirer et je ne pouvais plus m'arrêter de tousser. » Ces phénomènes deviennent chez d'autres malades des accidents hystériques bien connus ; mais chez elle ils n'avaient jamais été assez graves ni assez prolongés pour qu'elle eût des idées fixes à ce sujet. En réalité elle ne

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