‹ L'état mental des hystériquesChapitre 237 sur 290 · UNE K1:LII)\ AHTIFICIEI.LE · texte numérisé non relu

UNE K1:LII)\ AHTIFICIEI.LE

son père et s'imagine qu'elle est coupable de cette mort. Rlle se l'appelle qu'en iSqô, |)ondant son séjour au laboratoire de phys'ologie, M. Riclict a fait prendre d'cllf une pliolograpliie dans un costume loit primitif et ollc ci'oit avoir ainsi oH'ensé la pudeur, ou bien elle a des remoids à propos de la conduite d'un individu (jui autrefois lui a manque de respect. Les idées les plus remar- (juables sont les idées relatives à l'alimentation. Ce sont les idées les plus anciennes, celles qui ont joué un très grand rôle dans les débuts de la maladie, elles réapparaissent à tout propos dans les nouvelles périodes de dépression : « C'est une chose immorale et absurde de manger, cela ne sert ix rien (ju'ii perdre un temps précieux (|ui devrait être consacré au travail. C'est au moment des lepas qu'il est bon de chercbei- de l'ouviage. Il y a trop de gens (jui meurent parce qu'ils mandent, on se porte bien mieux quand on ne mange pas... »

A côté de ces idées fixes anciennes on en constate beaucoup de nouvelles qui se forment à chaque instant pendant ces mauvaisespériodes îï propos de n'importe quel petit incident. Si elle assiste à un accident, simplement si elle est frôlée par un cheval ousiclle voit une voiture renversée, elleestobsédéepar cet te |)ensée pendant des jours et des semaines. Si elle apprend la nouvelle d'un décès ou si elle a une diflcullé dans son travail, elle croit qu'elle est coupable d'assassinat ou bien qu'on va la renvoyer de son travail et elle ne veut plus y retourner. Elle se croit attaquée, calomniée par tout le monde et elle parle comme si elle était atteinte du délire de la persécution, ou bien elle a des idées insensées de vovage, de dispaiition: elle veut partir à tout prix, s'en aller n'importe où, fuir sa famille et tous ceux qui l'ont connue.

Toutes ces idées se présentent le plus souvent sous la forme d'obsessions, c'est-à-dire que Marceline soull're de ces idées qui la tourmentent continuellement, dont elle ne parvient pas à se débarrasser, mais qu'elle en reconnaît elle-même l'absurdité et qu'elle y résiste de toutes ses forces. Très souvent malheureusement les choses ne se passent pas ainsi. Marceline accepte ses idées fixes les déclare très vraies: dans ce cas l'idée se transforme facilement et s'accompagne d'hallucinations et d'actions. La malade voit devant elle des voitures renversées, elle se croit frôlée par des clievaux. elle ne peut plus traverser les chaussées. Klle s'obstine dans son refus d'aliments ou bien elle part droit devant elle et exécute des fugues plus ou moins graves. 11 v a 1;» une modilica-

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lion do la mahulie dnus un sens j);u ticnlior dont nous allons voir de plus (Ml plus l'iinpoitance.

Tous c-es houbles de l'intelligence et nii'nie le dernier disparaissent complètement (juand le sujet change d'état et entre dans la période alerte. Elle, peut de nouveau faire attention et s'intéresser à tout ce (juclle voit, elle comprend ce qu'on lui dit et n'a plus aucune dilliculté à suivie une conversation. Mais le j)lus remarquable c'est qu'il n'y a plus d'idée fixe, (^uand on lui parle de ce qui la préoccupait tellement: « Que voulez-vous, ditelle, je prenais probablement tout de travers, je grossissais les choses, c'est mon habitude de prendre tout au tragicjue et de bouleverser ma pauvre cervelle, il ne faut pas y faire attention »

Je ne veux plus indiquer qu'un seul caractère dans ces modifications générales de la conscience pendant les deux états, c'est l'extraordinaire émotivité qui caractérisait l'état de dépression : « Dès qu'une chose n'est pas comme d'habitude, répète-t-elle à chaque instant, je suis perdue, la moindre des choses (]ue j(> prends mal me retourne, je ne com|)reiids plus rien et me voilà perdue. Pour me faire trembler, étoud'er, pour m'empêchcr de faire la moindre action, pour me réduire à l'état de béte, incapable de comprendre un mot il suffit d'un rien, d'une contrariété minuscule. Une mouche qui vole, c'est assez pour me contrarier et me détraquer et il me faut ensuite un temps énorme pour retrouver un peu de calme. » Aussi on ne peut énumérer les circonstances plus ou moins futiles qui ont amené par le mécanisme de l'émolion des accidenls de toute espèce. Une légère remarque faite devant elle sur son état de santé, un petit changement de tiavail, un reproche insignifiant par un chef, ou bien tout simplement la rencontre de M. Richetsur le boulevard et elle éprouvait des émotions terribles avec désorganisation de toutes les fonctions qu'il me fallait soigner pendant trois ou quatre semaines.

En même temps elle semblait présenter un état tout contraire: elle était indifférente à tout, ne prenait jamais de plaisir ii rien et cela depuis fort longtemps, « depuis l'âge de douze ans, disaitelle, rien ne me punit, rien ne me prive, car je ne tiens à rien ». Il n'v a lii lien de contradictoire, et tout cela s'explique fort bien dans la théorie de l'émotion que je soutiens de[)uis longtemps. L émotion est une agitation de toutes les fonctions inférieures, déterminée en graiide partie par dérivation chez un individu qui

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est pluct' rapiilcruoiit dans un cnscniljlc tic; circonstances auxquelles il n'est pas <l«'ja adapté par une éducation antéii(;ure cl auxquelles pour divei'ses raisons il est en ce inoincnt incapable df s'adapter. L'état grave d aboulie, ilindillércnce, cette incapacité à sentir correctement est justement ce qui empêche chez elle toute adaptation ii des circonstances nouvelles et c'est ce qui amène par dérivation les grands accidents émotils. « Je voudrais ne changer jamais, répète-t-elle, je voudrais (jue rien autour de ujol ne changeât jamais et je ne serais pas bouleversée par des émotitms. » Son émotivité est évidemment la conscfjuence de son aboulie. Aussi tlispai-ait-elle en même temps d'une manière très évidente : ({uand Marceline se porte bien, dans létat (jue nous avons appelé alerte, elle ne s'émeut de rien et (juoitju'elle soit bien plus capable de sentir les impressions norfnales, les divers sentiments que les choses doivent éveiller en nous, elle n a plus d'émotions proprement dites à tout propos.

Tous ces troubles psycIioIogi(jues se tiennent et dépendent les uns des autres. Il nous montrent chez ce sujet une disposition à la dépression mentale avec les sentiments de tristesse et d'incomplétude, l'incapacité d'agir et de percevoir avec attention et l'émotivilé énorme qui s'oppose à un autre état mental où lactivilé volontaire et l'attention se rapprochent de la normale et font disparaître l'émotivité et les sentiments pathologi(|ues.

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