I. Briquet, //ys/mc. p
3. Duchcnnc (de Boulogne), Elcctrisation localisée. i855, p. ^10.
3. Glev et Marinier, Expériences sur le sens musculaire. Revue philosophique . 1887,1, p. Ai. .
4. Beaunis, communication à la Société de psychologie physiologique sur la mémoire des Sensations musculaires. Revue philosophique, 1888, 1, p. 508.
quer ses procédés d'une manière objective. On place un cravon dans la main du sujet, puis, tandis qu'il détourne la tête, on dirige la main de manière à tracer sur le papier une ligne d'une longueur déterminée, deux points séparés 1 un de l'autre de quelques centimètres ou bien un angle d'une ouverture connue. Cela l'ait, sans perniettre au sujet de regarder, on le prie de recommencer et de refaire lui-même une ligne égale, deux points séparés par la même distance ou un angle de même degré. On compare les deux dessins et on peut dans certains cas en tirer quelcjues indications sur la sensation kinesthésique du sujet. Certains inconvénients de cette expérience peuvent, comme je l'ai montré ', être évités, si on se sert de l'instrument de M. Jean Charcot qui a été décrit au paragraphe précédent.
Dans toutes ces recherches, il faut veiller à ce que le sujet exécute toujours les mouvements demandés consciemment et volontairement, car les sensations kinesthésiques subconscientes sont ici très fréquentes et très nettes. Leur existence a été souvent notée dans les expériences précédentes. Il n'est pas possible d'insister plus longtemps ici sur l'étude des anesthcsies kinesthésiques, ces anesthésies ne sont intéressantes que dans leur rapport avec le mouvement, qui fera l'objet d'un chapitre spécial.
5" Anesthésie tactile. — On sait que plusieurs phénomènes dillérenls sont souvent réunis et confondus sous le nom de sens du toucher; l'hystérie effectue souvent des dissociations intéressantes en effaçant telle ou telle sensibilité particulière, tandis quelle laisse subsister les autres. L'analgésie ou perte de l'émotion de douleur existe fréquemment, tandis que le toucher proprement dit est à peu près conservé. La sensibilité au chaud et au froid peut subsister seule, tandis que la douleur et le tact ont disparu; inversement, le sujet peut sentir comme un simple contact indifférent l'impression d'un objet brûlant ou glacé. Ce dernier cas simule, comme on le voit, la dissociation syringomyélique^ Enfin toutes ces sensibilités spéciales peuvent être perdues simultanément et le sujet, consciemment au moins, ne distingue aucune des impressions faites sur sa main insensible. Quand l'anesthésie est profonde, il suffit, pour la constater, de piquer le
r. Xote sur un appareil destiné à l'ctufle expérimentale des sensations kinesthésiques. Revue philosnphlrjue, i8()2, H, p. 5o6.
'i. A. Souques. Elude des syndromes hystérifjues « simulateurs « des maladies orrjnnif/ues de la moelle épinière, 1891, p. 201.
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sujcl, de mettre un objet dans sa main et de lui demander s'il a pu apprécier quelque chose, en évitant, bien entendu, les mouvements et les réponses subconscientes. Si l'anesthésie est incomplète et se réduit à une hypoesthésie, il est souvent didlcile de la préciser. Je crois que 1 œslhésiomètre, si imparfait qu'il soit, peut rendre ici quelques services, môme au jioint de vue clinique. Pour se servir pratiquement de cet instrument, il faut choisir un point du corps, toujours le mf'me, de sensibilité moyenne, dont on précisera d'abord la mesure normale; puis on cherchera, avec cet instrument appliqué à ce môme point sur la malade, de combien sa sensibilité s'écarte de la normale. J'avais adopté autrefois un endroit qui me paraissait commode, la face inférieure du poignet. La sensibilité normale à ce point m'a paru être de 20 à 35 millimètres; quand on constate sur une malade, comme cela arrive très souvent, des chifî'res de 90, 120, etc., on peut, je crois, sans hésiter, la considérer comme hvpoesthésique et cela peut f|uelc[uei'ois préciser le diagnostic. 11 ne faut pas oublier que souvent un caractère de l'esprit des hystériques rend impossible l'emploi de l'œsthésiomètre. Quelques-unes, comme Marceline sont souvent incapables d'apprécier, jamais deux sensations à la fois. Mais dans ce cas, le symptôme mental est assez net pour affirmer le diagnostic.
Je ne parlerai pas des sensations subconscienles du sens tactile, car elles ont trouvé place dans la description générale ; mais j'insisterai sur une conséquence très curieuse de l'anesthésie tactile incomplète, de l'hypoesthésie.
La localisation des sensations, sans en résumer la théorie, dépend en grande partie de la précision et de la délicatesse des sensations tactiles. Chaque point de la peau fournit à l'esprit une sensation spéciale, d une nuance particulière qui est propre à ce point et ne se retrouve pas exactement la même sur un autre. Chaque sensation due à lexcilation d un point du corps devient ainsi un signe spécial à propos ducjuel nous avons, par association acquise, l'image de la partie du corps correspondante. Mais si les sensations deviennent vagues, peu précises, elles sont de mauvais signaux qui se confondent les uns avec les autres et n'éveillent plus des images nettes de la petite partie du corps impressionné. Aussi la localisation est-elle vague chez tous les hypoesthésiques qui sont incapables, par exemple, de mettre exactement leur doigt sur le point qui a été piqué ou qui
confondent deux sensations provoquées sur deux points voisins ainsi qucui le voit dans l'expérience de l'œsthésionièlre.
Mais parmi ces confusions, il y en a une, plus frécpiente (|ir«)ii ne le croit, dont létude est particulirrement ^instructive. Marceline dont i ai communiqué lOhservation à la Société de psvcholoi^ie phvsiologi([ue ', est d Une façon générale et depuis des années anesthésique totale. Dans certaines circonstances, en particulier h la suite dun somnambulisme prolongé ; elle rejirend pour quelque temps dans sa conscience les sensations tactiles, mais d'une manière toujours bien incomplète. Quelquefois la sensibilité semble réapparaître sous la forme vague de douleur, de gêne, sans aucun si^ne dislinctif. Les sensations sont tout à fait indistinctes; le chaud, le froid, le pincement, un objet mis dans la main, tout cela provoque seulement une sensation vague de quelque chose de pénible, sans que le sujet sache ce que c'est. En tous cas, il est certain qu'il n'y a à ce moment aucune localisation, le sujet ne sachant absolument pas où on le pique, où on le touche. Mais il peut arriver que la sensibilité soit plus complète au moins pendant quelque temps. Marceline sent bien partout et distingue assez nettement les diverses sensations: elle reconnaît le chaud, le froid, le pincement, la piqûre, nomme un objet mis dans ses mains, etc. Il y a aussi un remarquable progrès dans la localisation des sensations : « Vous me piquez, vous me touchez, à l'épaule, au bras, au poignet, au genou, à la cheville du pied », me répond-elle tout à fait correctement. Ces sensations et ces localisations se font péniblement, avec un grand retard de la réaction, mais cependant semblent assez parfaites. Eh bien, à ce moment, et c'est sur ce point curieux que j'insiste, malgré cette sensation et cette localisation, elle ne distingue absolument |)as les deux côtés du corps : « Vous me piquez le poignet, dit-elle. — C'est vrai, mais quel poignet, le droit ou le gauche? — Je ne sais pas. » Quand j'insiste trop, elle répond au hasard et se trompe presque toujours. Je la prie de toucher avec son doigt, sans regarder, le point du corj)s que je vais pincer. Elle sent et cherche à toucher le point pincé, mais elle hésite et cherche de quel côté elle doit toucher; enfin, elle se décide et touche au
I . Une altération de la faculté de localiser les sensations. Société de psych. phys., 3i mars 1890 fievue philosophique, i8yo, II, p. 669.
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hiisard soit le point di' l;i [MHtririf (pH' j ;ii [tincé, soit le point exactement symétrique de l'autre côté.
Celte confusion des deux c(Més du C(»rps existe aussi pour le sens musculaire; elle ne sait le(|uel du hras droit ou du hras gauche j ai remué, quoicpi elle sache hieii que é est le luas et n(»n la jambe. (Cependant, cpielques mouvements sont mieux distingués ; quand on lui lait laire le mouvement de ccuidre une étofVe, elle distingue les deux mains : k II v en a une, dit-elle, qui marche mieux que l'autre. » Une autre malade du môme genre, Cath..., se mettait, à faire le signe de la croix pour distinguer sa main droite de sa main gauche. Certaines sensations musculaires et non toutes ont donc conservé des signes distinctifs. Enfin, cette conlusion persiste même pour les sensations visuelles. Marceline alesypnx ouverts, je lui prends une de ses mains et la lui mets sous les veux : « Quelle est cette main, droite ou gauche? — Je ne sais pas, laissez-moi voir s il v a une i>ague, alors ce sera la droite. » Elle ne reconnaît ses mains qu'à ce signe surajouté : la présence ou l'absence de la i)ague. En un mot, avec une sensation en apparence suHisante et une localisation assez précise dans le sens de la hauteur du corps, elle est absolument incapable de distinguer entre les parties symétriques du corps.
Il est inutile de chercher un nom nouveau pour ce [)hénomène, il peut être désigné par un terme connu, celui dalloc/tirie, car, à mon avis, cette confusion des deux côtés du corps se rattache étroitement au phénomène désigné ordinairement sous ce nom. Cependant, pt)ur la distinguer de l'allochirie complète dont je parlerai dans un instant, je propose d'ap|)eler l'état décrit chez Marceline VaUocInrie simple. Comment se représenter les choses?
Je croyais d'abord (jue Marceline avait tort de ne |)as distinguer ses mains par la vue et qu il y avait lii un trouble visuel. En réalité, j en doute maintenant : Quand nous regardons nt)tre main en usant uniquement du sens visuel, nous sommes dans la situation de l'élève d'anatomie qui reconnaît un humérus droit ou gauche. L'élève ne peut le faire qu'en mettant l'os en position sur un sujet imaginaire qu'il place devant lui et en comparant ensuite les membres de ce sujet aux siens propres qu'il connaît déjà. C'est cette connaissance préalable de nos deux côtés par le sens tactile qui nous permet de faire cette distinction par le sens visuel. En somme, on reconnaît sa main gauche à ce signe qu'étant en pro-
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nation elle a le pouce en dedans et le petit doigt eu dehors. Mais si nous ne distinguions pas nos deux côté, il n"v aurait pas de ligne médiane, pas de dedans et de dehors. C'est cette distinction par le sens tactile qui est ici fondamentale et c est son altération chez Marceline qui amène les autres phénomènes.
Ce qui est dilFicile à comprendre, c'est que le sens tactile ne paraissait pas atteint chez elle à ce moment ; elle reconnaissait bien les objets mis dans sa main, et distinguait des nuances de sensations, puisqu'elle ne confondait pas une piqûre au doigt avec une piqûre au poignet. Nous sommes forcés d'admettre une notion psychologique peu connue, mais qui est, je crois, très importante dans la pathologie de 1 hystérique. Appelons, pour abréger, sensations symétriques, celles qui sont produites par l'excitation de points symétriques du corps. Deux sensations symétriques doivent être très dilllciles à distinguer, c'est-à-dire presque semblables ; il doit être plus facile de distinguer une piqûre à la main d'une piqûre au poignet que de distinguer une piqûre au poignet droit d'une piqûre au poignet gauche. L'hystérie qui nous a appris beaucoup sur les nuances des sensations et sur leurs associations nous fournit encore, grâce à l'allochirie simple, la notion de la ressemblance des sensations symétriques.
Les choses se compliquent malheureusement, et à d'autres moments, chez ce même sujet Marceline, et chez d'autres, on peut observer non plus l'allochirie simple mais Y allochirie complète . Marceline est un peu plus sensible encore que précédemment et on s'attend à ce quelle localise mieux. La voici, en efTet, qui n'hésite plus, elle sent qu'il y a une différence entre ses deux cotés et ''lie répond nettement... Mais elle répond toujours faussement. Je lui mets une plume dans la main et je la prie de marquer sur son corps les points que je vais piquer; elle n'hésite pas et elle marque toujours sur le coté opposé le point exactement symétrique, sur l'épaule droite si j'ai piqué l'épaule gauche et sur le bras gauche si j'ai piqué le bras droit. Ce n'est point une suggestion, le fait est fort ancien et .Jules Janet l'avait déjà remarqué sur elle il y a des années, sans s'occuper de cette question' ; je cherchais, en augmentant la sensibilité, à faire disparaître cette confusion et non pas à l'aggraver. II y a là un fait psychologique singulier qui doit intervenir dans beaucoup d'autres perturbations. Je ne