X. Jolly, Archiv. fur Psycliinlrie, XXV, iMy'i, j
LL TKAITLMENT l'AH \.E SOMMLII, in I'.N(yH<jLE (ÎW
iictisme, je ciois (jii il ne laiil recdiirir n ce procédé chez les enlanls (ju'en cas de nécessité absolue. Ce sont d'ailleurs des malades (|ui se guérissent d'ordinaire facilenicnl par les procédés éducatifs et surtout j)ar 1 isolement. Mais rjuand l'hystérie est évidente, je ne vois pas l'inconvénient du somnambulisme. Ce n'est pas lui (|ui fait naître une anesthésic, une division de la conscience et des phénomènes subconscients qui existent déjii ; il ne peut que les régulariser et nous permettre de les diriger et de les supprimer.
Pour éviter autant que j)ossible ce dangei-, qui consiste à développer la piédisposition hvstéri(|ue par le sommeil hypnotique, il faut prendre une {)it'eautiou (jui a déji» été indiquée cent fois par les anciens magnétiseurs. 11 faut se préoccuper beaucoup du réveil des somnambules ; bien provoquer ce réveil est l'œuvre essentielle de l'hypnotiseur. Les magnétiseurs disaient qu'il ne faut jamais réveiller un sujet tant qu'il présente un trouble quelconque du mouvement ou de la sensibilité, qu'il faut commencer par i'airc disparaître tous ces troubles avant le réveil. En tous cas, il faut bien éviter de laisser le sujet encore engourdi et somnolent. Il faut profiter au contraire du somnambulisme pour le réveiller bien complètement, plus qu'il ne l'était avant la séance. On le constatera surtout en examinant la sensibilité et la puissance de l'attention qui doivent toujours, après un somnambulisme, être plus grandes qu'elles n'étaient auparavant.
Une autre remarque, souvent faite, c'est que les sujets souvent hypnotisés et même guéris par cette méthode conservent un besoin curieux du somnambulisme et en même temps une soumission exagérée à leur hypnotiseur. Cette remaïque est, ii mon avis, très importante, c'est le grand danger, ou plutôt c'est le caractère essentiel, d'un traitement hypnotique'. Ce caractère résulte, non de l'hypnotisme lui-même, mais de la faiblesse cérébrale des sujets, qui les rend incapables de se passer de direction, et qui ramène, si on les abandonne trop tôt, toutes leurs anesthésies, toutes leurs idées fixes, tous leurs accidents ou des accidents équivalents. Cette iniluence de l'hvpnotiseur, c'est précisément le moyen qui nous permet de rendre ces malades raisonnables ; loin de la craindre il faut la souhaiter la plus forte possible, quand
1. L'iiitluence somnambulique et le besoin de direction, Revue philosophique ^ février iSy-, p. ii3, Xéeroses el idées fixes, i8tj8, I, j). ^aS.
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la maladie est gravf. Il ii Cn est pas moins vrai que ce phénomène complique le traitement, et nous oblige à certaines précautions. Il Tant bien savoir qu'un traitement hypnotique, sauf dans quelques cas exceptionnellement heureux, n'est pas un traitement rapide comme une opération chirurgicale, c'est une éducation particulière de l'esprit, qui doit durer un certain temps. Si ce traitement réussit, il ne doit pas être interrompu brusquement, il faut, même après la guérison apparente, répéter les séances en les écartant graduellement. Il est nécessaire, en môme temps, de soumettre à un traitement la volonté du sujet pour apprendie à celui-ci à se passer de son directeur. On peut, dans les cas heureux, voir que le sommeil hypnotique devient inutile, et môme qu'il disparaît spontanément et ne peut plus être provoqué chez le sujet revenu à l'état normal.
Il résulte de cette étude trop rapide, qu'une séance d'hypnotisme isolée est assez insignifiante, surtout si le sujet est bien réveillé, mais qu'un véritable traitement par le somnambulisme provoqué est une chose assez grave. Un traitement de ce genre ne doit pas être entrepris à la légère, il doit être prolongé jusqu'au bout pour avoir tous ses heureux résultats. Mais je crois cependant que dans des cas nombreux d'hystérie, où des para- Ivsies, des contractures, des attaques, des troubles viscéraux, des idées fixes variées se prolongent pendant des années, empoisonnent la vie et préparent de véritables folies, il forme une ressource extrêmement précieuse, la seule peut-être que nous ayons pour rétablir l'intégrité de l'esprit.
D — Les séances d'hypnotisme.
La plupart des auteurs qui ont admis l'elTicacité de l'hypnotisme sont d'accord pour imposer deux règles, ou deux conditions morales aux séances : i" on ne doit jamais hvpnotiser un sujet sans son consentement ; 2" on ne doit jamais hypnotiser une personne sans témoins.
La première règle ne soulève pas de diiïlcultés, et cela à cause d'une raison bien simple, c'est qu'il me semble bien difficile de faire autrement. Les cas où l'on pourrait endormir une personne pour la première fois malgré son consentement doivent être assez rares. Ln question ne pourrait avoir quelque intérêt que
LE TRAITEMENT l'AR LE SOMMEIL IIYPNOTIOLE ÔM
dans le cas tic délire du malade, et alors, comme dans tout Iraitcinenl de raliéiialioii mciilalc, le consentement doit évidemraenl (''tic doniic j):ir les personnes (|ui ont l'autorité moiale sur Ir nialade.
Mais la seconde règle soulève des ([ueslions beaucouj) plus délicates. Il est évideniMient utile, et poui' le malade et pour le médecin, qu'il v ait des témoins aux séances d'hvpnotisme. C'est une sécurité pou l' le malade (jiii est, au moins en appaience, abandonné sans défense aux mains du médecin, et c'est une précaution pour le médecin qui, dans des cas de délire hystérique, peut être e\|)Osé à toutes sortes d'accusations. Mais on ne s'est pas demandé si l'application de cette règle si simple ne présentait pas en pratique des dilficultés. Le sommeil hypnotique est surtout utilisé pour que le sujet expiime ses émotions persistantes, indique leur origine et consente ;i se laisser imposer des eflorts de volonté et d'attention nécessaires |)our modilier son é(juilibre cérébral. Kst-il toujours bon qu'il exjjiime de telles pensées devant des témoins qui sont presque toujours des personnes de sa famille? Est-il prudent d'hvj)notiser toujours une (ille devant sa mère, une femme devant son mari, et n'est-ce pas refuser au malade le bénéfice du secret médical que de réclamer toujours des témoins? M. le D"' Gibert(du Havre) m'a raconté qu'ayant à soigner une (cmmc enceinte qui tlélirait depuis la grossesse, il se décida à l'hypnotiser devant son mari. Endormie, elle se hâte de raconter le remords (jui la tourmente, et de dire que l'enfant qu'elle porte n'est pas de son maii. J'ai parlé plus haut de cette jeune fdle qui resta paralysée six ans à la suite de relations qu'elle avait eues avec son père. Le secret avait été complètement gardé, et, ne soupçonnant rien moi-même, j'ai hypnotisé la malade devant sa sœur, jeune lille un peu plus âgée qui servait de témoin. A la deuxième séance, sans que j aie rien pu empêcher, la malade a tout raconté devant sa sœur. Ne valait-il pas mieux, au point de vue du devoir médical, que le médecin fût seul à recueillir de pareils secrets ?
Le plus souvent il n'en sera pas ainsi, les secrets seront moins giaves, et les malades, même pendant le somnambulisme, conserveront assez de présence d'esprit pour ne rien dire devant un témoin. Mais alors le médecin perd en grande partie le bénéfice qu'il espérait tirer du somnambulisme.
Enfin, il ne faut pas croire que la suggestion hypnotique contre
652 LE IRAITEMKNT Pî^YCUOLOllIOlE Di: LinsilRIK
les idées fixes soit toujours lacili', (jur 1 on puisse toujours aisément forcer le sujet à laire les ell'orts d'atteutiou nécessaires pour sentir et se moHvoir, on peut se heurter ;i îles entêtements délirants pendant 1 état hvpuotit[ue comme j)cudaut la veille et les conséquences n eu sont (|ue plus nraves. C est un principe lonilamental eir pédagogie que de pareils entêtements sont toujours beaucoup moins graves si l'itn parle au sujet seul à seul, et c'est ce que Charcot avait bien compris quanti il recommandait 1 isolement des hystériques.
Récemment, une jeune fdle atteinte de coxalgie et de vomissejnents hystériques me déclarait pendant le somnambulisme qu'elle n'aurait jamais consenti à replacer sa jambe correctement et à manger sans vomir si sa mère était restée auprès d'elle. Au contraire elle m'obéissait très facilement (juanil elle était seule avec moi. Bien souvent, la présence d'un témoin change tout à fait I attitude des sujets, même quand ils sont hypnotisés. A ce point de vue encore, l'application stricte de la règle rendrait bien souvent 1 hypnotisme inutile.
En réalité, de tels scrupules n'existent pas quand on place des aliénés dans une maison de santé; il faut savoir qu'une hystérique est tout aussi bien livrée au médecin quand elle est soi-disant éveillée au lieu d'être endormie, et elle peut tout aussi bien inventer il son propos toutes sortes de rêves. Cependant, on n'hésile pas à laisser le médecin les interroger sans témoins. 11 iaut donc que les parents des malades se rendent bien compte d une chose, c'est que le traitement moral exige, encore plus peut-être que le traitement physique, une grande confiance dans le médecin. Qu'ils en soient prévenus et qu'ils agissent en conséquence. On pourra alors concilier autant que possible les exigences de la prudence et celles du traitement. Des témoins en petit nombre et bien spécifiés assisteront aux séances le plus souvent possible, mais sauront s'écaiter quand cela est utile. Leur absence est quelquefois réclamée par les convenances, autant que leur présence peut l'être d'ordinaire.
E. Les I'KOCKDKS POUH DÉTF.UMINrii l ini-NOSE.
Ces précautions prises, on cherchera ;i hvpnotiser le sujet, c est évidemment le point délicat du tiaitement, et suivant (jue
Lt TRMIEMLNT PAR LK SOMMKII. HYPNOTIQUE 653
l'on réussit fnclleincnt ou avoc ])eiiic, tout le traitement est singulièrement modifié. Parmi les hystériques l)ien caractérisées, un très grand nombre l'utrcnt laeilcment dans l'état soninambulique ; chez d'autres, l'hvpnose n'est déterminée que peu à peu et ne devient utilisable (|u'après plusieurs séances; chez d'autres, enfin, il est impossible de. réussir. Ces diUei'ences tiennent souvent il des changements minimes dans l'état mental, dans le groupement cb-s j)ht'n(imènes j)SvchoIogiques. et j'ai vu souvent des hvslériques (|u il m'était imj)Ossible d'hypnotiser ii un moment, devenir quelques semaines ou ipielques mois |tlus lard, sans avoir été soumises :i aucune éducation spéciale, très faciles à hvpnotiser. 11 ne faut donc pas se décourager trop vile, et, quand les essais ont échoué, il ne faut pas les prolonger outre mesure, il vaut mieux les repi'endre un peu |)Iiis tiird dans d autres circonstances.
On connaît mal les ciiconstaiices (pii gênent ou (jui favorisent le sommeil hvpnoti(|ue. tout au plus peut-on en remartpier quelques-unes. H faut autant que possible que le sujet n'ait pas peur du "somnambulisme et qu'il sache un peu de quoi il s'agit. Souvent le sujet se prête en apparence à ce qu'on lui demande et résiste en réalité de toutes ses forces. Une des raisons de sa résistance, c'est souvent pnice qu'il a peur de parler pendant le sommeil et c'est un point sur lequel il est bon de le rassurer en lui garantissant, s'il le faut, le secret. T/agitation, les états plus ou moins délirants, 1 instabilité trop grande de l attention gênent beaucoup la production de l hvpnose. Beaucoup de malades, faciles d Ordinaire h hvpnotiser, perdent cette propriété dans la journée qui précède une grande attaque, aux époques anniversaires de grandes émotions, pendant des périodes d'agitation délirante.
D'autres circonstances favorisent au contraire l'hvpnose. Les hystériques qui ont eu déjà des somnani])ulisnies spontanés ou simplement des attaques avec perte de souvenir, celles qui ont de l'anesthésie avec sensations subconsciente m ont semblé plus faciles ii hypnotiser. En effet, les phénomènes précédents peuvent devenir le point de départ du somnambulisme. J'ai souvent réussi à déterminer cet état en parlant aux malades pendant l'attaque, en entrant pour ainsi dire dans leur rêve'; d'autre part,
I. Histoire d'nno idée fixe. Reçue pliilosnpliitjnr. février i8y'|. p. la.ô. Xéi'rvses et idées Jixes, i8{j8, II, p. i5ti.
(534 l.E TU.\ITEM1:NT PSYCHOLOOigiE Dli LinsiKllll^
les anesthésies iU)nnont naissance «à dos iuouvcmiumiIs miIxi iiscients que l'on peut développer et ([ui deviennent le j)i)int de départ des états seconds.
En un mot, sauf chez quelques sujets qui s'endorment immédiatement, nous sommes obligés de procéder par tàtonnemenis, d'user de tous les procédés bien connus et que je n'ai pas à décrire, de profiter de toutes les circonstances favoiables, pour déterminer ces états subsconscients dont nous connaissons bien l'importance sans en savoir sufTisamment la nature et le déterminisme. .
F. DKVELOri'KMENT TiV SOMMEIL IIYPNOTIQl E.
L hvpnotisme une fois produit, il faut chercher à le conserver, il laut habituer le sujet à rester (juelque temps dans cet état, à se rendormir l'acilemcnt par simple suggestion d'une façon aussi simple que possible. Il laut aussi étudier soigneusement le réveil, qui est, comme je viens de le dire, la période la plus délicate, la plus fertile en accidents. On peut rappeler à ce propos la rèo-le posée par les anciens magnétiseurs et encore souvent vérifiée, c'est qu'un accident survenu pendant le somnambulisme est ordinairement aggravé si on réveille le sujet et qu'il faut toujours chercher ii le faire disparaître avant le réveil. II est bon ii mon avis de laisser reposer les sujets dans un sommeil calme avant de les réveiller et en général de les réveiller lentement. Il faut enfin, je ne reviens pas sur ce point déjii signalé à propos des dangers de l'hypnotisme, obtenir un réveil complet, avec sensibilité et pouvoir de l'attention aussi grands que possibles et en tous les cas plus grands qu'ils n'étaient avant le début de la séance.
Comme beaucoup d'auteurs l'ont remarqué, le sommeil hypnotique, ou tout simplement le sommeil artificiellement déterminé et prolongé, indépendamment de toute suggestion, semble avoir une certaine action sur le système nerveux des hystériques.
11 est certain que l'on note, au réveil d'un sommeil de ce genre ayant eu quelque diiiée, une modification notable dans la puissance de synthèse mentale, qui permet de diminuer plus facilement les idées fixes, tous les accidents et tcuis