LU TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE DE L HYSTÉRIE
On comprcmlra facilement ces résistances et ces rechutes, si l'on veut bien se souvenir de l'étude rapide que nous venons de faire des idées fixes chez les hvstériques. 11 est rare, disionsnous (|ut' le malade ait 1 uiée fixe de l'accident lui-nirmc, qu il soit obsédé, par exemple, par la pensée d'être paialvsé ou par la pensée d avoir des attatjues. Le plus souvent de telles idées ne sont que secondaires; elles dépendent tlnne autre idée fixe primaire. Celle-ci est un état psychologique très complexe, un état émotif qui est devenu permanent et qui reproduit constamment tous les éléments qui en dépendent, les mêmes troubles de la sensibilité et de la mémoire, les mêmes souvenirs, les mêmes remords, etc. Vous suggérez au malade de n'avoir plus de troubles de la marche et il vous obéit pour un instant, mais le rêve qui a amené indirectement l'abasie subsiste toujours et il va bientôt amener les mêmes conséquences. Si par des suggestions répétées, vous réussissez à empêcher cet accident particulier de se manifester, la même cause permanente va en déterminer un autre, car elle peut se manifester, comme on l'a vu, de bien des manières.
La suggestion proprement dite, dirigée directement et brutalement contre le symptôme quel qu il soit, est donc un procédé qui peut être utile et efficace dans bien des cas, mais il est bien souvent insuffisant, parce qu'il ne remonte pas suffisamment à la cause des accidents.
D. RrXHERCHE OE l'iDÉE FIXE PRIMAIRE.
Il faut donc avant tout que le médecin sache bien quelle est, dans chaque cas, l'idée fixe primaire, qu'il puisse reconstituer son point de départ, son évolution, ses principales modifications. Trop souvent les insuccès que l'on éprouve quand on fait usage de la suggestion ne tiennent pas, comme on le croit, à une suggestibilité insuffiisante du malade, mais à ce fait beaucoup plus grave, c'est que le médecin n'a pas compris la maladie.
Les procédés de l'écriture automatique, quand ils sont possibles, le somnambulisme lui-même rendent ici de grands services, car ils permettent au sujet de retrouver des souvenirs qu'il a perdus pendant la veille et d'exprimer nettement les idées fixes subconscientes. C'est grâce à eux le plus souvent que l'on pourra
LA SUGGESTION 1:T LA I)ISS0r,L\TION DE L IDÉE FIXE mi
rcconstitiirr 1 histoire des aceiclcnts. Il i-sl surtout iinporlaut, (juaiul on a all'aire ii des maladies hystériques déjà anciennes, d évofjuer eoinplètcnient le souvenir de l'événement initial', parce que cette scène initiale joue ordinairement un grand rôle comme élément du délire. Cette première enquête est, par elle-même, de la plus grande utilité pour le malade.
Il est bon f|uel(|uerois que le malade comprenne sa maladie, qu'il se rende compte de l'origine des svmptOtmes dont il souffre. Il constate souvent avec surprise (ju'un phénomène (ju'il croyait purement phvsicjue. (ju'il rattachait à toutes sortes de lésions des organes, est dû à une rêverie prolongée, à une tristesse, à une mauvaise habitude de sa pensée. J ai vu souvent cette révélation avoir les meilleurs ell'ets et devenir le point de départ des efforts qui amènent la guérison.
D'autre part, cette recherche et cette expression de l'idée fixe, qui était devenue pour le malade plus ou moins subconsciente, sont pour lui un véritable soulagement. On sait la peine que les esprits faibles ont à garder un secret et leur délivrance ([uand ils peuvent le confier à quelqu'un. L'expression de l'idée fixe subconsciente est pour l'hystérique comme une confession qui le délivre. C'est ce que deux auteurs allemands, MM. Breuer et Freud, ont justement remarqué ; après avoir vérifié d'une manière fort intéressante mes anciennes études sur les idées fixes subconscientes, ils ont conclu que le meilleur remède de telles idées fixes était de les faire exprimer, de les amener à la pleine conscience. Cela peut être juste dans certains cas, mais malheureusement il ne suffira pas toujours de faire exprimer une idée fixe pour la guérir et il est nécessaire de lutter contre elle d une manière plus directe.
E. — Dissociation de l'idée fixe.
« C est une grande science, disait Taine, que de savoir oublier. » C'est une science (jue les hvstéri(|ues ne possèdent guère ou du moins qu'elles ne savent pas appliquer à propos. Ces malades, qui semblent avoir si peu de mémoire quand il s'agit d'acquérir des connaissances nouvelles, conservent pendant des années, en