‹ L'état mental des hystériquesChapitre 269 sur 290 · TRAITEML.NT DE I.A FAIBLESSE MENTALE · texte numérisé non relu

TRAITEML.NT DE I.A FAIBLESSE MENTALE

l<'S accidents apparents disparaissent spontanément parce qn'ils ne sont plus entretenus par cet idée fixe. Les stigmates euxniAmes, et en particulier l'amnésie continue, disparaissent quand l'attention n'est plus absorbée par un rôve sidiconscient '.

Cette lutte contre l'idée fixe primaire me paraît une choseutile dans le traitement de certains accidents hystériques; elle est quelquefois facile, mais souvent, quand 1 idée fixe est ancienne, elle présente les plus grandes dillicultés. Souvent la résistance des sujets est extrême et la destruction de cette idée s'accompagne de maux de tète et de soufTrances curieuses. Elle doit cependant être poursuivie autant que possible, et c'est dans cette voie, dans la recherche des procédés pour détruire les états émotifs qui persistent automati(juement, que seront faites les recherches les plus utiles pour la thérapeutique mentale.

Traitement de la faiblesse mentale.

A. — Les hecultes.

Au premier abord, la destruction de l'idée fixe principale par 1 un des moyens précédents semble avoir un résultat merveilleux. Le sujet, quelque temps après le réveil, car il y a souvent à ce moment une période de fatigue, éprouve un grand bien-être ; non seulement il est débarrassé de ses accidents, de ses idées fixes et de tous ses stigmates, mais il se sent plus énergique, plus allentil, plus intelligent et plus heureux. Malheureusement, cette périotle, que j'ai désignée sous le nom de période d'influence somnambulique, ne se prolonge guère. Il est bien rare (jue la guérison soit immédiate et définitive. .Vu bout d un certain temps, quelques jours ou quelques semaines suivant les cas, on voit le sujet s'assombrir, se fatiguer, reprendre ses stigmates et, au bout d'un certain temps, si on n'intervient pas, ses idées fixes et ses accidents.

I. Amnésie continue. Revue ijéncrale des sciences. 3o mars i8ij.i,p. lO^, Névroses el idées fixes, 1898, I, p. log.

06i i.E rn.\m:MENr psycholocicu l ue i.hystkhik

B. l.\ lUï^SION SOMN \MIU MOLE.

Ces rechutes semblent fré(|iiemment se c«)ni|)li(|iier par un besoin très intense qu'éprouve le sujet, celui dètre iiypnitlisé de nouveau, d'être de nouveau commandé, suggestionné par la personne qui l'avait guéri précédemment. C'est ce sentiment, analofTue à bien des points de vue h la morphinomanie, que j'ai étudié sous le nom de passion somnamtiitli(/ue\ 11 se dissipe d'ordinaire après quelques jours de malaise, si on n'y obéit pas ; mais il peut amener quelquefois, quand il n'est pas satisfait, des troubles assez graves. Si on hvpnotise le sujet, on peut en général assez facilement faire disparaître les idées fixes anciennes ou nouvelles qui ont réapparu, et de nouveau le sujet entre dans la période de bien-être, période d influence soninambulique pendant laquelle n'existent plus ni stigmates ni accidents, mais pour retomber bientôt dans la passion somnambulique. Chez quelques sujets, ces périodes sont si courtes qu'il faudrait hvpnotiser le sujet tous les jours pour qu'il restât bien portant et raisonnable. On connaît cette anecdote rapportée par Charcot : une jeune fdle atteinte de mutisme hvstérique semblait facilement guérie par la suggestion hvpnotique, mais cessait rapidement de parler et il fallait recommencer toutes les deux heures. De tels traitements sont impraticables et inutiles. Chez d'autres sujets, surtout quand on a soigneusement recherché l'idée fixe primaire et qu'on l'a détruite autant que possible, les périodes dintluence sont beaucoup plus longues et remplissent plusieurs semaines. Mais en réalité des rechutes semblables ou un peu difîerentes se manifestent également dune façon périodi(|ue. Ce faita été souvent remarcjué d'une façon plus ou moins nette, et c'est pour cela qu'on a souvent accusé les traitements psychologiques d'être inutiles.

Ce caractère ne dépend pas, ii mon avis, du traitement psychologique, il dépend essentiellement de cet autre grand symptôme de l'état mental hvstérique, Va/faihlissement de la synthèse mentale. L'idée fixe guérie, l'esprit n'en reste pas moins trop

t. L'influence somnamtjuliqiic et le besoin fie direction, Communication an ('.(inçjres <le [isyrlioloijie dt: Miinirli. i8(j6; Revue philosoplàque, février i^\)~, p. il3; !\éoroses cl idées fixes, i^i()^(, p. ia3.

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surjgestible et trop faible poiii' (juc Ir sujet puisse vivre d uiir vie indépendante. Cette faiblesse cérébrale est souvent primitive, antérieuic à tout accident hvstériquc, et alors il est tout naturel qu'elle subsiste niôine api'ès la suppression des états émotifs persistants; elle est aussi l<; résultat de cette persistance de ces mêmes états émotifs (jui ont aflaibli l'esprit par leur répétition. 1/activité cérébrale se rcb've évidemment après la suppression de cet obstacle, c'est ce qui amène la disparition momentanée des anesthésies, mais ce relèvement est insullisant. L'espiit ne sait plus adapter sa conduite aux circontances nouvelles, il ne sait se rést)udre à rien et il a continuellement besoin d'être commandé. Aussi la première ('motion, la première dilHculté de la vie donne lieu ;i de nouveaux phénomènes automati(]ues, à de nouvelles idées fixes. (]'est pourquoi il faut, dans le traitement, se préoccuper aussi de cette faiblesse mentale et ne pas se borner ;i la sufforcstion contre les idées fixes.

Do

C. — La plack et le rôle du tualfement imivsiqle de l'uïstékie.

c'est ici, à mon avis, que devrait prendre place 1 étude du traitement physique de l'hvstérie dont je n ai j)as ii parler'. On se fleure d'ordinaire que les traitements phvsi(|ues, hvdrothérapie, toniques, etc., recommandés dans Ihvslérie, sont destinés à agir ■contre les accidents proprement dits, attaques ou paralysies. Je crois qu'il n'en est rien et qu'une attaque qui dépend le plus souvent d'une idée fixe émotionnelle se reproduisant d'une façon plus ou moins consciente, n'est aucunement modifiée par les douches. J'ai vu tro[) souvent des accidents hvstériques persister indéfiniment malgré tous les traitements phvsiques.

Mais ces traitements sont loin d'être inutiles: ils exercent une ■action incontestable sur la santé générale et, en augmentant la force du système nerveux, développent la synthèse mentale et la puissance de résistance à l'automatisme. Grâce à eux, le sujet.

I. Dans la i"^' édition du Traité de thérapeulique de M. A. Robin, iS()8, l'arliclc sur le traitement plty.siijue de l'hystérie a été fait séparément par M. Gilles de la Tourelle ; dans la seconde édition de ce Irailé, njio. j'ai réuni celteélude avec la mienne «n un seul article.

(•66 LE TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE OK Lll^STKl\U.

débarrassé de ses idées fixes par il aiities méthodes, sera tle moins en moins exposé aux rechutes.

Je n'ai pas à étudier ici \i\ vahMir des dilVérents traitements physiques. Je ferai seuh^iient remaïquer ([u il ne laut pas considérer comme physiques des traitements qui. comme les exercices ^•ymnastiques du membre parésié, l'application de plaques métalliques, d'aimants, les diyerses excitations de la sensibilité, etc., n'agissent probablement que d'une manière morale. En outre, il serait bon de déterminer la yaleur de ces traitements en mesurant l'aufTmentation de l'attention, la diminution de la su";gestibilité qu'ils déterminent. C'est-à-dire que des études morales sont nécessaires pour suiyre l'action de ces traitements et déterminer les plus utiles.

D. — Le sommeil artificiellement prolongé.

. A ces divers traitements physiques j'ajouterai seulement une indication relative à un traitement dont j'ai déjà dit quelques mots à propos du sommeil hypnotique : je veux pailer de l'influence considérable que peut avoir sur certains malades un sommeil artificiellement prolongé. On sait que, souvent, car ce n'est pas toujours vrai, les hystériques qui ont des accès de sommeil survenant naturellement et se prolongeant quelques jours se réveillent avec une notable amélioration de leur état. Elles sont moins engourdies, moins anesthésiques et présentent moins d'accidents. Je me souviens, en particulier, d'une malade qui présentait un état de délire maniaque fort grave, des contractures, des anesthésies très étendues, état que nous ne parvenions pas à modifier et qui se prolongeait pendant plusieurs mois. Spontanément, la malade entrait dans un état léthargique qui durait une dizaine de jours, puis se réveillait sans délire, sans contractures et sans anesthésies. Le même fait avait été observé plusieurs fois déjà chez cette malade, les grands accidents hystériques disparaissaient chez elle à la suite d'un sommeil prolongé.

D'autre part, dans mes anciennes expériences sur la restauration des sensibilités chez les hystériques, j'ai souvent observé qu'après un sommeil profond de quelque durée, plus ou moins long suivant les sujets, les diverses sensibilités réapparaissaient d'une manière complète. Aussi ai-je été amené à rechercher les

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eFels d'un sommeil In'-s prolongé, non sculcmenl sui les idées fixes des malades, mais sur l'état de leur sensibilité et sur leur activité céiébrale. J'ai pu noter ii diverses reprises des résultats remar(juables non senlemenl au point de vue psvehologi(|ue, mais même an point de vue phvsicpic. Une jeune lille de dix-sept ans, atteinte de contracture de la hanche gauche, coxalgie hystérique, anesthésique du côté gauche, présentait en outre un délire d'opposition tel que, pendant la veille, il était impossible d'obtenir d'elle la moindre obéissance, le moindre efTort d'attention. En outre, elle mangeait peu, digérait difFiciloment, présentait beaucoup de constipation et ne rendait dans la journée que 3oo grammes d'urine, ne contenant que 3 grammes d'urée. Je puis l'endormir pi'ofondément et la laisser endormie : au bout de quelques heures de ce sommeil je puis déjii me laire obéir et régler sa conduite. Je lui commande de rester endormie très profondément, de ne remuer qu'au moment où on lui apportera ii manger et au moment où elle aura besoin d'aller à la garde-robe. Pendant le premier jour, on note qu'elle mange beaucoup mieux, mais qu'il n'y a aucune autre modification. Le second jour, au lieu tle l'anuiie précédente, elle présente de la polvurie et rend 3 litres d'une urine très claire contenant 27 grammes d'urée. Le troisième jour, il n'v a plus (]ue i ôoo grammes d'urine normale avec 21 grammes d'urée et les selles sont normales. Le quatrième jour la. malade se réveille spontanément de la manière la plus naturelle, sans coxalgie et sans aucun stigmate hystérique, et elle reste deux mois sans rechute. Je ne puis discuter ici cette méthode qui ne repose que sur un très petit nombre d'expériences, quoiqu'elle ait été déjii mieux étudiée par M. Wctterstrand. Je ne discute pas l'inteiprélation des phénomènes, ni rinlluence qu'a pu avoir le sommeil prolongé sur ces cerveaux engourdis par épuisement. Il me sulFit de sionaler ici cette méthode de traitement en grande partie physique, en partie psychologique, qui peut dans certains cas jouer un grand rôle.

E. L'.ESTHÉSIOGÉNIE.

Parmi les traitements qui sont dirigés contre l'aflaiblissement des fonctions cérébrales dans l'hvstérie, l'un des plus anciens et des plus importants a pour but de restaurer la sensibilité

0,(i8 LE ÏRAirtMKNT l'SVCUOl.OGlOLE DE LllYSïRRlE

de ces inalailes. L'aiiesthésie en clTei est un des symptômes essentiels de Ihvstéiie, elle accompagne très souvent les accidents, elle peut les précéder, et elle peut survivre à leur disparition, « Un hvstérique n'est complètement guéri, disait Cliarcot, qu'au moment où toute trace d'anesthésie a disparu. » Aussi recherc!iait-il tous les procédés capables de raviver les sensations alîaihlies, les images en apparence ell'acées : « La répétition des exercices dvnamométriques, disait-il ;i pi()[)os du traitement de la paralvsie hvstériques, a pour elVet de raviver dans les centres la représentation motrice, condition piéalable de la mise enjeu de tout mouvement volontaire », et il insistait pour que le malade, en faisant ces exercices, lit bien attention à ce qu'il sentait, se rendit compte des diverses sensations éprouvées dans ses muscles.

Mais au lieu de chercher h rest:iurer particulièrement la sensibilité d une partie du coips où siège l'accident, on peut chercher d'une manière générale à rendre toutes les sensibilités de l hvstérique normales. La première remarque capitale à faire à ce propos, c'est (]ue cette restauration momentanée de toutes les sensibilités est en général possible, même chez les malades les plus anesthésiques. Cette constatation essentielle a été faite à plusieurs reprises par les anciens magnétiseurs à qui il faut savoir rendre justice, elle a été le point de départ d'une des études les plus importantes sur la thérapeutique des hystériques, celle de M. Burq et de ceux qui avec lui ont étudié la métallothérapie. (]'est également ce fait qui a rendu possibles la plupart de mes .inciennes études qui avaient pour but de déterminer les modifications provoquées chez des hystériques anesthésiques par la restauration de toutes les sensibilités'.

La seconde remarque, qui a frappé tous ceux qui se sont occupés de ces phénomènes d'.Tcsthésiogénie, c'est qu'un très grand nombre des accidents hvstéri(]ues disparaissaient quand le sujet était dans ces états où toutes sensibilités étaient restaurées. (( Pendant les crises (c'est-à-diie pendant ces états ])articuliers), écrivait Despine (d'Aix), la sensibilité est partout comme elle était dans l'état primitif de santé... et en même temps Estelle (une jeune fille atteinte de paraplégie hystérique) peut courir et nager-... ». C'est sur ce point que Bur(j insistait avec beaucoup

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