‹ L'état mental des hystériquesChapitre 32 sur 290 · Gilles do la Tourelle, op. cit., p · texte numérisé non relu

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des mois. IMusiours iltMitro l'ilos, à cause de leurs oublis et de leurs distractions contiiuielles, sont toutà l'ail incapables de faire un travail. île rendre ijuelques services. I.es envoie-ton l'aire une commission, elles reviennent an bout de (|uel(|nes benres, sans avoir rien iait, avant tout à lait oublié le but de leur st)rtie. L une d elles se fâche un jour contre moi et me fait des reproches imaginaires plus ou moins polis ; le lendemain, je me crois oblitTé de lui témoigner quelque froideur. Elle en est très surprise et vient tt>ut inquiète me demander ce que j'ai contre elle ; elle avait absolument oublié la scène de la veille. En un mot, il sulllt de les interroger au hasard sur leur vie à l'hôpital, comme sur leur vie passée, de leur demander ce (|u'elles ont fait la veille, le matin, sur ce qu'elles (»nt projeté de faire l'après-midi, on en rencontrera certainement |)lusieurs qui ne pourront pas répondre. Elles vivent au jour le jour, ;i |>eine capables, comme on l'a vu, de bien comprendre ce qui se jiasse dans le moment présent et le plus souvent impuissantes (|uand il s'agit de disposer des souvenirs du passé et des images de l'avenir.

Ces oul)lis cttntinuels doivent être bien connus, car on ne pourrait sans cela comprendre la conduite des malades. Comme le disait M. Charcot, c'est de là que viennent, non pas toujours, mais très souvent, les prétendus mensonges des hystériques. Ainsi s'expliquent également bien des caprices, des changements d'humeur, des ingratitudes, des inconséquences en un mot, car la liaison du passé avec le présent qui donne du sérieux et de l'unité à la conduite dépend en grande j)artie de la mémoire. Enfin, ces remarques sont importantes au point de vue clinique; en efTet, bien que cela paraisse peut-être étrange, les oublis des hystériques, nombreux, variables, portant sur des mouvements et des actes aussi bien que sur des idées, peuvent simuler les plus graves démences, et le diagnostic est ici d'une importance capitale.

Pour classer les troubles de la mémoire que présentent lès hvstériques, il faut d'abord mettre de côté les affaiblissements congénitaux de la mémoire qu'elles peuvent présenter, mais qui ne sont pas propres à leur maladie. M. Sollier, qui a très complètement décrit beaucoup de troubles de la mémoire et qui a travaillé à mettre de l'ordre (l;ins tontes ces variétés si nombreuses, reprend une ancienne expression et appelle ces affai-

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blissements des dfsm/tcsics\ L'hvslério pcul atteindre des personnes d'inlclli<ïPnce faible, dont le cerveau, con^'énilalement on aceidentellemenl n'est pas capable de fixer les sonvenirs. Je ne ferai pas allnsion ii ces altérations. La nu-nioire peut aussi pr«'»senter des ni(»(li(ieations délicates portant, non sur le souvenir hii-mêine, mais sur les opérations intellectuelles qui s'v surajoutent d'ordinaire. La localisation des souvenirs en particulier peut être très vague, tandis {|ue le souvenir est en réalité conservé, et diverses illusions assez curieuses peuvent en résulter. Cas par amnésies, pour employer l'exjjression de M. Sollier'^, sont fréquentes chez les hystériques ; il vaut mieux les laisser de côté au début de ces recherches et décrire d'abord des amnésies proprement dites où la perte du souvenir semble plus nette et plus complète.

Ces amnésies me paraissent former d'abord trois grandes classes analogues à celles qui ont été adoptées pour les anesthésies : ce sont les amnésies systématisées, localisées et générales. Mais il sera nécessaire d'ajouter ici une quatrième catégorie, celle des amnésies continues pour un groupe de lésions de la mémoire tout il fait particulier et qui se sépare de toutes les précédentes. Les trois premières formes sont, comme leur nom l'indique, des pertes de souvenirs et, quoique cela semble naïf, il faut remarquer qu'un souvenir ne peut être perdu que s'il a existé ; les amnésies portent donc sur des souvenirs véritables que le malade a possédés et (|u"il a pu manifester pendant un certain temps. On verra que ce caractère si important ne se retrouve pas dans la dernière classe qui est par conséquent bien distincte.

Les premières, les amnésies systématisées sont peut-être les plus fréquentes ; les malades perdent, non pas tous les souvenirs acquis pendant une période, mais une certaine catégorie de souvenirs, un certain groupe d'idées du même genre formant ensemble un système. Ainsi, elles oublieront ce qui a rapport à leur famille ou toutes les idées relatives ii telle personne. Une femme, après l'accouchement, oubliera non seulement la naissance de son enfant, mais encore les faits qui s'y rattachent, comme le nom de son mari et même son mariage, tandis qu'elle aura le souvenir des autres faits étrant^ers à la naissance de l'en-

1. Paul Sollicr, Les troubles delà mémoire. 189:!, p. lo. 3. Paul Solliur, op. cil., [). i5.

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Tant. 11 V avait à la Salpèlrièie, depuis plusiours mois, une jeune tille nommée Célestine, atteinte très gravement clhYstérie. Comme celte malade m'intéressait, je m'étais occupé d'elle dès son entrée et à peu près tous les jours; aussi devint-elle bieulùl très familière avec moi. Mais un jour, (juand je lui dis bonjour en passant, elle me regarde avec un air étonné, ne me répond pas, et s en va parler tout bas ii la surveillante de la salle. Comme il était naturel, j ai demandé à M"*^ la surveillante ce qu'avait aujourd'hui Célestine et ce qu'elle disait ainsi en rac désignant : « Ce n'est rien, me répondit-elle, Célestine n'est pas malade, .mais elle semble devenir stupide ; la voici qui demande qui vous êtes, et elle s'étonne qu'un élève, nouvellement arrivé dans le service, l appelle par son petit nom et la connaisse. » Je crus à une mauvaise humeur ou a une plaisanterie, mais après avoir examiné la malade, il fallut se rendre à l'évidence : Célestine avait eu la veille une crise assez forte qui avait bouleversé, comme cela arrive souvent, son état mental, et elle m'avait complètement oublié. Sa mémoire, pour tous les événements survenus pendant son séjour à l'hôpital, était évidemment très faible ; mais elle se rappelait assez bien les autres personnes et me sem blait avoir surtout perdu tout souvenir des faits auxquels j'avais été mêlé. Peut-être cet état bizarre de la mémoire aurait-il duré quelque temps ; mais je fus curieux de provoquer le sommeil hypnotique pour voir s'il avait changé aussi. Dans le somnambulisme elle ne présentait plus le même trouble et se souvenait de moi comme à l'ordinaire ; au réveil tout était rétabli et cette singulière amnésie systématisée, survenue après une attaque, avait disparu.

De tels oublis portent souvent sur le langage, je ne parle pas de la perte absolue du langage, des variétés du mutisme, mais de l'oubli de certains mots ou de certaines catégories de mots. G. , par exemple, à la suite d'une violente émotion, a présenté des somnambulismes spontanés la nuit, puis de grandes attaques d'hystérie. Ce qui est ici intéressant, c'est qu'elle présente un oubli, très systéma- tique, qu'il est facile de constater. Elle a passé trois ans en Angleterre et elle parlait et comprenait la langue anglaise d'une façon très suffisante. Mais, dans ces derniers mois, depuis que la maladie s'est aggravée, elle a complètement oublié la langue anglaise dont elle ne peut plus comprendre ni prononcer un mot. Ces pertes de langage peuvent être encore plus spéciales : Berthe

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«tiihlif les noms pioprcs, elle les toiiloiid d iihurd, dit a chaque instant l'un pour l'autre, puis, elle U'S perd ii pou [)r('s coni|)l<'lonient et, involontairement, elle appelle tout le monde du nom de « Marie ». Justine perd la mémoire motrice de certains mots, elle les entend, mais ne peut pas les prononcer: il faut que son mari les articule nettement devant elle pour (ju'elle i>oie\e mouvement des lèvres et essaye de les rcpr<»duire. Quand elle est seule et ([u'elle veut prononcer ces mots, il laiit (|u Clic évo(|ue l'image visuelle des Icvre^ de son mari pour copicule mouvement. Elle a beaucoup d oublis de l'écriture et tout d'un coup ne sait plus du tout comment s'écrit un mot, ou elle l'écrit avec une orthographe fantaisiste, ou elle le passe tout simplement. Inutile de faire remarquer que ces petits oublis observés dans une parole ou une écriture pourraient faire penser à toute autre chose qu'à de l'hystérie.

Ces derniers exemples nous amènent naturidlement aux oublis qui portent sur des mouvements. Les mouvements, comme on le sait, ne sont que la manifestation extérieure de certaines images. Ces images, de nature variable suivant les individus, sont appelées images motrices et leur perte, qui n'est en somme qu'une amnésie véritable, se manifeste extérieurement par une sorte de paralysie. On peut artificiellement produire par suggestion des paralysies systématisées comme des anesthésies systématisées. J'en ai rapporté déjà de nombreux exemples'. N., par exemple, ne saura plus mettre les mains dans la position de la prière, ne saura plus faire un nœud à une ficelle, etc. Le même fait se produit naturellement: telle malade ne sait plus coudre, telle autre ne sait plus faire son lit. Ces oublis moteurs peuvent porter sur des mouvements très spéciaux, comme ceux des yeux, et contribuent pour une grande part à ce qu'on a appelé Vop/ilalnwpléiiie e.rlerne des hystériques-. Célesline, par exemple, à la suite dune attaque, a perdu le pouvoir de regarder volontairement à gauche, ses yeux s'arrêtent sur la ligne médiane dès qu'on lui demande de les diriger à gauche. La plus importante de ces paralysies systématisées est certainement celle qui porte sur les mouvements de la marche. Elle forme un véritable syndrome

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